Le Maroc suspend son projet de terminal GNL à Nador West Med

Le Maroc suspend son projet de terminal GNL à Nador West Med

Le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable a annoncé la suspension de son projet de terminal de gaz naturel liquéfié à Nador West Med, un investissement d’un milliard de dollars qui devait renforcer la souveraineté énergétique du royaume. Cette décision intervient quelques jours seulement après une réunion royale consacrée au développement du complexe portuaire

Le Maroc vient de prendre une décision inattendue dans sa politique énergétique. Le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable a annoncé ce lundi la suspension du projet de terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) prévu au port de Nador West Med, sur la façade méditerranéenne du royaume. Ce projet, évalué à près d’un milliard de dollars (MM $), devait constituer une pièce maîtresse de la stratégie marocaine de diversification énergétique.

Un projet ambitieux mis en pause

Dans son communiqué, le ministère de Leila Benali justifie ce gel par l’émergence de « nouveaux paramètres et hypothèses » liés à ce projet qualifié de « hautement stratégique pour le Royaume » . La décision porte sur l’ensemble du dispositif gazier initialement envisagé : le terminal GNL lui-même, son raccordement au gazoduc Maghreb-Europe (GME), ainsi que l’extension du réseau vers les bassins industriels de Kénitra et de Mohammedia.

Concrètement, le ministère a décidé de surseoir à la réception des dossiers de candidature et à l’ouverture des offres, alors même que les avis de mise en concurrence avaient été publiés le 5 décembre dernier et que des opérateurs nationaux et internationaux avaient déjà manifesté leur intérêt. Selon nos informations, le projet avait suscité un engouement record avec une cinquantaine d’entreprises gazières qui se pressaient au portillon.

Un timing qui interroge

Cette annonce survient dans un contexte particulier. Elle intervient quelques jours seulement après une réunion de travail présidée par le roi Mohammed VI au palais royal de Casablanca, le 28 janvier, consacrée précisément au nouveau complexe portuaire et industriel de Nador West Med. La ministre de la Transition énergétique, Leila Benali, figurait parmi les responsables gouvernementaux présents.

Lors de cette réunion, le terminal GNL était pourtant présenté comme une composante essentielle du projet, répondant « directement aux exigences de souveraineté énergétique » du pays. Le communiqué du cabinet royal évoquait alors « le premier terminal de gaz naturel liquéfié du Royaume, d’une capacité annuelle de cinq milliards de mètres cubes » .

Des capacités largement dimensionnées

Le terminal devait afficher une capacité annuelle de 5 milliards de mètres cubes, soit plus de quatre fois la consommation actuelle du Maroc, estimée à environ 1,2 milliard de mètres cubes par an. Ce dimensionnement généreux s’inscrivait dans une vision de long terme : le royaume ambitionne de porter sa consommation nationale de gaz à 12 milliards de mètres cubes d’ici 2030, dans le cadre d’un programme global de 3,5 MM $ prévoyant également le développement de terminaux GNL sur la côte atlantique.

Nador West Med maintient le cap

Si le volet gazier est suspendu, le complexe portuaire de Nador West Med poursuit quant à lui son développement. Le projet, qui a mobilisé 51 milliards de dirhams (MMDH) d’investissements publics et privés, doit entrer en phase opérationnelle au quatrième trimestre 2025. L’ensemble des infrastructures portuaires de base est achevé : 5,4 kilomètres de digues, quatre kilomètres linéaires de quais et quatre postes énergétiques. Les contrats de concession des deux terminaux à conteneurs ont été signés.

Au démarrage, le port disposera d’une capacité annuelle de cinq millions de conteneurs et de 35 millions de tonnes de vrac liquide et solide, avec un potentiel d’extension à douze millions de conteneurs. Les investissements privés confirmés atteignent 20 MMDH, avec l’installation de plusieurs opérateurs internationaux sur les 700 hectares de zones d’activités prévus en première phase.

Des incertitudes demeurent

Le ministère indique qu’il « communiquera toute nouveauté afférente à ce projet et au processus de concurrence » , sans préciser de calendrier. L’impact de cette suspension sur un appel d’offres distinct, portant sur une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU) destinée à être amarrée à Nador, reste incertain. La date limite de présélection pour ce projet était fixée au 30 janvier.

Cette réévaluation devrait permettre, selon le ministère, « l’examen approfondi des paramètres techniques, économiques et opérationnels » liés à ces infrastructures. Reste à savoir si ce gel traduit un simple ajustement de calendrier ou une réorientation plus profonde de la stratégie énergétique marocaine.

Source de l’article : Le Desk

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