le Maroc s’impose comme un nouveau leader continental

le Maroc s’impose comme un nouveau leader continental

Les chiffres sont tombés : en 2025, les pays africains ont expédié vers l’étranger quelque 430.432 tonnes d’avocats, soit une hausse de 16,67% par rapport à 2024 (368.845 tonnes), selon les résultats préliminaires d’un examen du marché des fruits tropicaux publié par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture le 28 janvier.

Derrière cette croissance continentale se dessinent toutefois des évolutions contrastées et un renversement notable. Pour la première fois, le Maroc s’impose comme le principal exportateur africain d’avocats, avec 141.000 tonnes exportées en 2025, en hausse de 90% sur un an.

Cette performance place le Royaume loin devant le Kenya (105.164 tonnes, -19%), et l’Afrique du Sud (80.423 tonnes, -6%). Ensemble, ces trois pays représentent environ 326.587 tonnes, soit près de 75,9% des exportations africaines de l’année ; une concentration des débouchés qui souligne à la fois le rôle central de ces filières nationales et la vulnérabilité du continent aux chocs régionaux et internationaux.

Facteurs de la percée marocaine

Plusieurs éléments expliquent l’ascension marocaine. D’abord, une amélioration de la production locale rendue possible par des conditions climatiques favorables durant la campagne 2024/2025, notait déjà l’Association marocaine de l’avocat au printemps 2025.

Ensuite, les statistiques communiquées par le ministère de l’Agriculture font état d’une expansion significative des superficies récoltées. Entre 2022 et 2024, la surface dédiée a crû d’environ 40%. Sur la même période, la production aurait augmenté de 17%, tandis que les exportations progressaient de 34%.

Le secteur privé marocain a joué un rôle moteur dans cette transformation : plantations nouvelles, modernisation des vergers existants, renforcement des capacités de conditionnement et montée en gamme des standards phytosanitaires ont permis d’accroître les volumes commercialisables à l’export.

À cela s’ajoute un calendrier de récolte qui permet au Maroc de proposer des créneaux d’approvisionnement complémentaires à ceux de l’hémisphère sud, séduisant des marchés européens en quête d’étalement saisonnier.

Les gagnants et les perdants : du producteur local aux transporteurs

Si le Maroc récolte aujourd’hui les fruits de ses orientations stratégiques, d’autres grands exportateurs africains ont été pénalisés par des facteurs externes. Le Kenya, longtemps leader historique, a vu ses expéditions chuter de 19% en 2025.

La FAO attribue principalement ce recul aux goulots d’étranglement logistiques liés à l’instabilité en mer Rouge. Une série d’attaques contre des navires commerciaux avait en effet contraint les armateurs à éviter le canal de Suez, rallongeant sensiblement les trajets vers l’Europe, principal marché kényan.

L’Afrique du Sud, quant à elle, a également enregistré une baisse de ses expéditions (-6%), que la FAO lie pour partie aux mêmes difficultés de routage et de coûts maritimes. Ces perturbations révèlent la fragilité des chaînes logistiques mondiales : lorsque des détours augmentent les durées de trajet, les fruits périssables subissent davantage de risques et certaines cargaisons peuvent tout simplement être annulées ou redirigées.

Le dynamisme africain s’inscrit par ailleurs dans une tendance mondiale. La FAO estime que les exportations mondiales d’avocats ont cru d’environ 13% en 2025, pour atteindre près de 3,3 millions de tonnes. La demande mondiale, portée par des habitudes alimentaires changeantes et l’essor de l’avocat dans l’offre industrielle (transformations, snacking, restauration), soutient les prix et motive de nouveaux entrants.

Pour autant, la très forte concentration des volumes africains (trois pays représentant près de 76% des exportations) interroge. D’un côté, cela signifie que quelques filières nationales structurées peuvent capter des parts de marché importantes et générer des recettes export. De l’autre, cela expose le continent aux risques géopolitiques, climatiques ou logistiques qui toucheraient ces principaux pays. Une crise locale pourrait ainsi produire des effets de contagion sur l’offre africaine globale.

Enjeux durables : eau, sols, normes et traçabilité

La montée en puissance de la production fruitière pose aussi des questions de long terme. L’avocat est souvent pointé du doigt pour son empreinte hydrique et son appétence pour des sols fertiles à travers l’extension rapide des surfaces plantées, comme celle observée au Maroc, appelle des politiques publiques claires pour assurer une gestion durable des ressources en eau, la préservation des sols et la prévention de conflits d’usage avec d’autres cultures ou besoins domestiques.

Parallèlement, l’accès aux marchés européens et internationaux repose sur des exigences sanitaires et phytosanitaires de plus en plus strictes. La capacité des producteurs à répondre aux normes, à fournir des chaînes de traçabilité crédibles et à obtenir les certifications nécessaires conditionnera l’accès aux meilleurs segments de marché et la stabilité des prix.

À court terme, l’essor des exportations peut générer plusieurs retombées économiques positives, que ce soit la création d’emplois dans les vergers, la logistique et le conditionnement ou l’accroissement des recettes d’exportation et la stimulation d’activités en amont (intrants, équipements).

Mais la transition vers une filière exportatrice compétitive doit être accompagnée pour limiter les risques sociaux. À titre d’exemple, l’augmentation des surfaces dédiées à l’avocat peut mettre sous pression les petits exploitants et modifier les rapports fonciers. Des politiques d’inclusion, de formation et d’accès au foncier seront nécessaires pour éviter que la concentration des terres et des capitaux ne transforme durablement les équilibres locaux au détriment des petits producteurs.

Par ailleurs, la crise de la mer Rouge, en réduisant l’efficacité du routage maritime vers l’Europe, a agi comme un révélateur. La dépendance à quelques corridors de transport vulnérabilise plusieurs filières. Les acteurs publics et privés gagneraient à accélérer la diversification des routes, à renforcer les capacités de stockage à température contrôlée, et à négocier des mécanismes d’assurance contre les surcoûts d’affrètement. À l’échelle régionale, une coordination portuaire et logistique peut contribuer à amortir les chocs et à maintenir la compétitivité des flux périssables.

Source de l’article : Lebrief

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