Le Maroc face à l’éclipse royale : qui tient les rênes du pouvoir ?
Des décisions royales qui restent lettre morte
Il est frappant de constater que certaines des décisions du Roi, réputées incontestables, demeurent parfois sans suite. Les deux immenses théâtres de Rabat et de Casablanca, voulus par prestige par le Palais, sont ainsi toujours vides et fermés, en dépit de leur achèvement, il y a déjà plusieurs années. Plus probant encore : en 2015, le Roi fixait par communiqué les conditions d’une réforme de l’avortement. Dix ans plus tard, le statu quo législatif perdure. La réforme du droit des femmes, pourtant annoncée en grande pompe il y a deux ans par le roi lui-même, piétine également.
Le premier ministre marocain dans le viseur des jeunes manifestants « Tout dépend des sujets, relativise un ancien journaliste marocain. Sur les sujets essentiels pour la monarchie, le Roi est très actif et réactif. La rédaction du Plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, réclamé par les États-Unis, a été faite en un mois seulement. Dans les autres cas, il ne s’agit pas d’une perte d’influence, je pense, mais d’un manque d’intérêt du Roi. » De proches amis du Roi ont cependant été cloués au pilori par la presse marocaine, y compris par les médias les plus proches du pouvoir, laissant penser qu’il perdait le contrôle. L’affaire des frères Azaïtar — trio de champions de MMA devenus influents intimes du souverain en 2018 — a révélé ces tensions internes. Après avoir été encensés, ils ont été violemment pris pour cible par la presse proche du Palais en 2021. « Cette amitié portait préjudice à l’institution. Les proches du Roi ont utilisé la presse pour faire pression sur lui » , explique Ignacio Cembrero, journaliste à El Confidencial. Un signe que l’entourage proche se montre parfois plus royaliste que le Roi.
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Une nouvelle génération de faiseurs de pouvoir
Abdellatif Hammouchi, le patron de la DGED (le principal service de renseignement extérieur du pays), est pour sa part devenu, ces dernières années, une personnalité marquante dans les médias marocains. « Il est devenu l’homme le plus important du système sécuritaire interne du Maroc. Il n’a même pas de comptes à rendre à son ministre Abdelouafi Laftit. Il a participé à ses côtés à la rédaction du volet sécuritaire du Plan d’autonomie marocain. C’est le flic le plus puissant du Maroc » , conclut Ignacio Cembrero.
Abdellatif Hammouchi n’est pas le seul à avoir émergé dans la sphère du pouvoir. Mostafa Terrab, patron de l’OCP, le géant marocain des phosphates − longtemps qualifié de boîte noire, voire d’État dans l’État −, a également gagné en influence. Il a notamment créé l’Université Mohammed VI Polytechnique. Depuis 2020, Moulay Hassan, le prince héritier, y poursuit même ses études en relations internationales. « Mostafa Terrab est devenu ainsi le précepteur du prochain Roi » , résume un ancien journaliste marocain indépendant.
Pour sa part, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères depuis 2017, « est sur le point d’obtenir l’officialisation de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Certes, il n’a pas participé à la rédaction du Plan d’autonomie, mais c’est lui qui va le porter auprès des autres États pour les convaincre. Si le Maroc parvient à ses fins, Nasser Bourita sera l’une des personnes les plus influentes du pays » , estime ce même journaliste.
Fouzi Lekjaa, le patron de la Fédération marocaine de football depuis 2014, a également gagné en pouvoir. Avec l’accueil de la Can 2025 cet hiver, puis de la Coupe du monde de football avec l’Espagne et le Portugal en 2030, il devient un personnage incontournable. Au point qu’à l’approche des législatives prévues à l’automne prochain, son nom circule pour prendre la tête du Parti Authenticité et Modernité (PAM).
Le Maroc mise sur les méga événements sportifs : « N’importe qui, avec un peu de bon sens, vous dira qu’il y a d’autres priorités » Pourtant, aucune de ces personnalités montantes, si influentes soient-elles, ne saurait faire de l’ombre au Roi. Au contraire : « Avec Lekjaa pour l’image du Maroc à l’étranger, Hammouchi à la sécurité intérieure, Nasser Bourita pour résoudre le problème n° 1 du Maroc, et Mostafa Terrab en soutien du nouveau règne, le Roi s’est très bien entouré. Ils forment ensemble une structure solide sur laquelle s’appuie le pouvoir, tous issus de la méritocratie makhzenienne » , analyse l’ancien journaliste marocain.
Plusieurs autres figures, parmi lesquelles Fouad Ali El Himma, ami intime du Roi depuis l’enfance, ou encore Mounir Majidi, secrétaire particulier de Mohammed VI et directeur général d’Al Mada, la holding royale, conservent la confiance du Roi et l’autorité qu’elle confère. Tout comme ceux qui ont été chargés de rédiger le Plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental.
Source de l’article : La Libre.be



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