Le Maroc croule sous le cash
Le décalage entre l’offre technologique et les usages quotidiens reste marqué. En 2024, seuls 10 % des détenteurs de portefeuilles électroniques avaient activé leur compte, tandis que l’usage de la carte bancaire demeure marginal pour les paiements de proximité. Cette préférence pour les espèces s’explique par les habitudes de consommation dans le commerce traditionnel et les souks, mais aussi par une faible adhésion des commerçants aux terminaux de paiement électronique (TPE), dont le taux d’équipement ne dépasse pas 13 %.
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Le poids de l’économie informelle, estimé à un tiers du PIB avec plus de deux millions d’unités de production, soutient massivement la demande en liquidités. Le recours au cash permet d’éviter la traçabilité fiscale et de contourner la TVA, l’impôt sur les sociétés (IS) et l’impôt sur le revenu (IR). De nombreuses entreprises structurées utilisent également ce canal parallèle pour une partie de leurs transactions afin de réduire leur charge fiscale, privant ainsi l’État de recettes budgétaires importantes, indique Challenge.
Cette forte demande en monnaie fiduciaire pèse sur la liquidité du système bancaire. Le besoin de liquidité des banques s’est creusé à 129 milliards de dirhams en moyenne à fin novembre 2025. Pour garantir l’approvisionnement des guichets automatiques et le financement de l’économie, Bank Al-Maghrib a dû porter ses injections de liquidités à 143 milliards de dirhams. Le cadre réglementaire actuel permet encore des retraits massifs en agence sous réserve d’un préavis court, une pratique qui assèche les dépôts bancaires.
Le Code Général des Impôts (CGI) intègre déjà plusieurs mesures restrictives pour limiter l’usage des espèces. Les charges déductibles au titre de l’IS et de l’IR sont plafonnées à 5 000 dirhams par jour et par fournisseur. De plus, une sanction de 6 % est appliquée pour tout règlement en cash d’une transaction égale ou supérieure à 20 000 dirhams. Les contribuables réalisant plus de 2 millions de dirhams de chiffre d’affaires sont également soumis à un droit de timbre de 0,25 % sur les règlements en espèces.
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Les autorités monétaires envisagent désormais un durcissement législatif pour s’aligner sur les normes internationales. Un projet de plafonnement légal des paiements en espèces est à l’étude, prévoyant une limite de 50 000 dirhams pour les entreprises dès 2026, avec un abaissement progressif à 20 000 dirhams d’ici 2028. Par ailleurs, la Loi de Finances (LF) 2026 instaure un droit d’enregistrement supplémentaire de 2 % sur les cessions immobilières ou de fonds de commerce dont le mode de paiement ne peut être justifié par un canal bancaire.
Source de l’article : Bladi.net



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