le Maroc, carrefour stratégique entre deux continents

Pour Meryem Mahfoud, associée chez Inskip Entrepreneurs, le constat est clair : les PME représentent plus de 90% du tissu économique et sont donc au cœur de toute stratégie industrielle durable.

Le Maroc, positionné comme une plateforme ouverte sur l’Europe, le Royaume-Uni, l’Autriche et l’Afrique de l’Ouest, doit permettre à ces entreprises de s’internationaliser, d’intégrer des chaînes de valeur transfrontalières et de tirer parti des nouvelles dynamiques industrielles. Cette ouverture ne se limite pas aux flux commerciaux, mais englobe également les talents, la culture et le capital humain, des dimensions essentielles de l’industrie 4.0.

La notion de « gateway » revient fréquemment dans les échanges. Selon Aminou Akadiri, PDG et directeur exécutif de la Fédération des chambres de commerce et d’industrie d’Afrique de l’Ouest (FEWACCI), le Maroc n’aspire pas à devenir un hub : « il l’est déjà depuis plusieurs années » .

Les liens historiques avec l’Afrique de l’Ouest, les accords bilatéraux, les cadres régionaux comme la CEDEAO, ainsi que la mobilité des étudiants et des entrepreneurs, ont progressivement structuré un espace économique intégré. Dans ce contexte, le Maroc joue un rôle d’interface entre marchés, technologies européennes et besoins africains, avec un potentiel estimé à plusieurs centaines de millions de consommateurs.

L’un des enjeux majeurs réside dans l’intégration effective des PME au sein des chaînes de valeur industrielles. Aminou Akadiri souligne le rôle des chambres de commerce et des organisations de soutien aux entreprises pour accompagner les PME vers la certification, l’accès aux marchés et la structuration de partenariats public-privé. Ces mécanismes sont essentiels pour transformer les opportunités macroéconomiques en croissance inclusive, notamment dans les secteurs industriels et technologiques à forte valeur ajoutée.

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L’expertise industrielle autrichienne au service de la montée en gamme marocaine

Du côté européen, l’Autriche se positionne comme un partenaire industriel de premier plan. Dr. Albrecht Zimburg, conseiller commercial et responsable d’Advantage Austria à Casablanca, souligne que l’économie autrichienne repose largement sur des PME industrielles hautement spécialisées, souvent qualifiées de « champions cachés » . Ces entreprises sont actives dans des secteurs clés de l’industrie 4.0, notamment les machines industrielles, les équipements de haute précision, les technologies de production, l’innovation et l’automatisation.

Le secteur automobile illustre parfaitement cette coopération industrielle avancée. Plusieurs entreprises autrichiennes ont implanté des sites de production au Maroc, notamment pour les composants automobiles, l’ingénierie d’équipements, l’emballage industriel ou encore les infrastructures de transport.

Le cas de Hirschmann Automotive, présent au Maroc depuis 2012 et en phase d’expansion continue, illustre la capacité du Royaume à accueillir des investissements industriels de long terme tout en respectant les standards internationaux de qualité et de performance.

Les relations économiques entre le Maroc et l’Autriche connaissent une dynamique particulièrement soutenue. Dr. Albrecht Zimburg souligne une hausse significative des échanges commerciaux depuis 2023, plaçant désormais le Maroc parmi les trois principaux partenaires commerciaux autrichiens en Afrique.

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Le nombre de sites industriels autrichiens implantés au Maroc a presque doublé en peu de temps, confirmant l’attractivité du Royaume comme base industrielle et plateforme régionale vers l’Afrique de l’Ouest.

Le Royaume-Uni et le Maroc : vers un partenariat industriel élargi

Le Royaume-Uni partage cette vision stratégique. Tom Hill, directeur national et consul général britannique au département des Affaires, met en avant l’évolution rapide des relations commerciales bilatérales.

Longtemps considéré comme un marché secondaire, le Maroc suscite désormais un intérêt croissant des entreprises britanniques, notamment dans les secteurs des infrastructures, des services, de la santé, de l’éducation et de l’industrie manufacturière.

Au-delà des investissements, la question des compétences reste centrale. Tom Hill souligne l’augmentation du nombre d’étudiants marocains au Royaume-Uni, le renforcement de la maîtrise de l’anglais et l’installation croissante de cabinets de conseil, de banques et de cabinets juridiques britanniques au Maroc.

Cette dynamique reflète la qualité du capital humain local et renforce les synergies indispensables à une industrie 4.0 axée sur l’innovation, les services avancés et la co-création de valeur.

Les intervenants s’accordent également sur l’importance du développement des corridors logistiques. Le transport maritime, ferroviaire, aérien et énergétique constitue des infrastructures stratégiques pour soutenir l’intégration industrielle régionale.

Grâce à sa connectivité et à sa stabilité politique et économique, le Maroc se positionne comme un nœud central reliant l’Europe, le Royaume-Uni et l’Afrique de l’Ouest, un atout clé pour l’émergence d’un écosystème industriel régional compétitif.

Source de l’article : Lebrief