le chemin reste long
Fort de son potentiel solaire et éolien et de sa proximité avec l’Europe, le Maroc ambitionne de devenir un hub africain de l’hydrogène vert. Mais le Royaume se heurte encore à l’absence de contrats d’achat fermes, à des infrastructures limitées et à la dépendance aux équipements importés, ralentissant la concrétisation des projets annoncés.
Le Maroc se positionne comme un acteur clé de l’hydrogène vert en Afrique, porté par son potentiel solaire et éolien et sa proximité avec les marchés européens. Selon un rapport récent du Energy Industries Council (EIC), le Royaume figure parmi les trois pays africains concentrant l’essentiel des projets annoncés, aux côtés de l’Égypte et de l’Afrique du Sud. Pourtant, derrière l’enthousiasme des annonces, la réalité des investissements et de la mise en œuvre reste fragile.
Sur le continent, soixante-dix-huit projets d’hydrogène vert sont recensés, mais seuls deux projets de petite taille, tous deux en Namibie, sont aujourd’hui opérationnels, avec une capacité combinée limitée à dix-sept mégawatts. Au Maroc, comme ailleurs, les initiatives ambitieuses peinent à franchir le cap de la décision finale d’investissement, freinées par l’absence de contrats d’achat fermes, la rareté des infrastructures et les contraintes liées aux chaînes d’approvisionnement locales.
Le rapport EIC souligne que la capacité totale d’électrolyse prévue en Afrique pourrait atteindre trente-huit gigawatts, pour un coût estimé à 194 milliards de dollars. Une partie de cette somme reflète les besoins d’infrastructures de soutien essentielles : réseaux électriques, conduites de transport et unités de dessalement pour sécuriser l’eau nécessaire à la production. Pour le Maroc, cette dimension infrastructurelle constitue un défi central, malgré les projets pilotes et les zones industrielles dédiées au développement de l’hydrogène bas carbone.
La majorité des projets marocains sont orientés vers l’Europe, l’Allemagne étant souvent citée comme débouché prioritaire. Cette orientation commerciale implique que la crédibilité des annonces dépend autant de la capacité à sécuriser des accords d’enlèvement que de la disponibilité des réseaux et des ressources énergétiques. Selon les auteurs du rapport, sans garanties de recettes via des contrats fermes, même les projets les mieux situés risquent de stagner ou d’être retardés.
Le Maroc, à l’instar de ses voisins nord-africains, importe la quasi-totalité des électrolyseurs et équipements spécialisés, ce qui ajoute un facteur de complexité et de coût. L’expérience égyptienne, qui impose un taux de contenu local de vingt pour cent et limite le recours à la main-d’œuvre étrangère, illustre la difficulté de concilier développement local et dépendance aux technologies importées.
Pour avancer, les analystes de l’EIC plaident pour une régulation claire et stable, des procédures d’autorisation rapides et des mécanismes financiers capables de partager les risques, en particulier tant que les coûts restent élevés. Dans ce contexte, le Maroc demeure un pôle stratégique pour l’hydrogène vert africain, mais la traduction des ambitions en projets tangibles reste conditionnée par sa capacité à aligner ressources, infrastructures et marchés exportateurs.
Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc



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