Le 6 février, un jour devenu presque « anonyme » (Par Oumar Boubacar NDONGO)
Il est fascinant d’observer les changements de paradigmes, de perspectives, s’opérer sous nos yeux. Parfois, ils sont si subtils qu’ils pourraient nous échapper. Et pourtant, lorsqu’on s’y attarde un peu, ils se révèlent riches en enseignements.
Le 6 février 2022, le Sénégal était en transe. Le pays venait de remporter sa première Coupe d’Afrique des nations. Les années suivantes, cette date était attendue avec ferveur : pour festoyer, se souvenir, se replonger encore et encore dans les images du sacre. Les médias préparaient des productions à la pelle pour revisiter chaque étape de cette conquête historique. Les larmes de Moustapha Name nous ramenaient inlassablement à ce jour précis, celui où chaque Sénégalais, sans exception, se souvient de l’endroit où il se trouvait et de l’émotion qui l’avait traversé. Mais cette année, la donne a changé. Le 6 février est passé presque dans l’anonymat. Certes, la voix de Lilian Gatounes a résonné sur quelques statuts WhatsApp, des photos ont refait surface, quelques textes ont fleuri çà et là sur des sites internet, accompagnés d’un post de la Fédération sénégalaise de football.
Et puis, plus rien. Comme si cette date avait été, sinon oubliée, du moins banalisée. Il faut dire qu’entre-temps, une autre date s’est imposée dans la mémoire collective : le 18 janvier 2026. Celle de la deuxième étoile, conquise à Rabat, au Maroc. Désormais, les Sénégalais se sont habitués à la victoire. Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas de suffisance. Avant 2022, la célèbre phrase d’Alain Giresse trouvait encore écho dans certaines bouches : « Le Sénégal a une très haute opinion de son football qui n’a jamais rien gagné » . Tout a basculé ce 6 février 2022, lorsque la poussière a été soufflée de l’armoire à trophées, ouvrant une période faste, ponctuée de sacres à la CAN U20, au CHAN, et ailleurs encore. Aliou Cissé a d’abord bâti une machine. Une équipe capable de rivaliser avec les plus grandes nations africaines. Pape Thiaw, arrivé il y a seize mois, a parachevé l’œuvre, installant durablement le Sénégal parmi les références du football mondial. Le Sénégalais n’est pas devenu ingrat, bien au contraire. Il est simplement devenu plus exigeant, toujours affamé de compétitions et de succès.
À l’image du Real Madrid qui, sitôt une Ligue des champions remportée, se remet aussitôt en ordre de bataille pour en conquérir une autre. D’autres dates à écrire Et malheureusement pour la concurrence, le meilleur reste peut-être à venir. Pape Thiaw dispose aujourd’hui d’un groupe exceptionnel. Il suffit d’énumérer les noms pour mesurer la richesse de l’effectif : Kalidou Koulibaly, Elhadj Malick Diouf, Krépin Diatta, Mamadou Sarr, Pape Gueye, Idrissa Gana Gueye, Iliman Ndiaye, Sadio Mané, Ibrahim Mbaye, entre autres. Les mois à venir s’annoncent radieux, mais exigeants, avec des défis de taille : la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Mexique et au Canada, où les Lions croiseront notamment la route de la France de Kylian Mbappé et de la Norvège d’Erling Braut Haaland. Puis viendra la CAN 2027, au cours de laquelle le Sénégal tentera de conserver son titre, un exploit que seule l’Égypte est parvenue à réaliser au XXIᵉ siècle. Pour y parvenir, Pape Thiaw pourra compter sur les forces déjà en place, mais aussi sur celles qui n’étaient pas présentes lors de la CAN 2025.
Assane Diao devrait ainsi réintégrer le groupe, tandis que de nouvelles têtes pourraient venir renforcer l’armada sénégalaise. On pense notamment aux défenseurs Ousmane Diao, Malang Sarr, Nobel Mendy, aux milieux Pape Demba Diop, Andy Diouf, ou encore à l’ailier Adil Hamdani. Vous l’aurez compris : d’autres dates s’apprêtent à s’inscrire dans l’histoire, peut-être encore plus glorieuses, plus légendaires. Le 6 février nous a tous laissés dans l’extase, l’euphorie et une joie immense. Désormais, il est devenu une date parmi d’autres. Non pas qu’il ait perdu de son éclat — loin de là — mais parce que Sadio Mané et ses coéquipiers, depuis la deuxième étoile arrachée le 18 janvier 2026, sont déjà tournés vers de nouveaux sommets. Et c’est là, précisément, la marque des grandes équipes : savoir repartir à la conquête, même après avoir déjà raflé la mise.
Source de l’article : lesoleil.sn



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