La Zarra ne veut pas mourir sur scène

La Zarra ne veut pas mourir sur scène

« Je serais tombée encore plus dans les Xanax et dans l’alcool, et on m’aurait retrouvée morte. » Voilà comment La Zarra décrit ce qui se serait produit si elle était restée plus longtemps dans le cercle de la multinationale qui la représentait. Deux ans après la controverse du doigt d’honneur à l’Eurovision, la Québécoise lance son deuxième album, Der Himmel ( « le ciel » en allemand), comme indépendante.

Avant l’Eurovision, on lui disait quoi chanter, quoi dire et de quelle couleur teindre ses cheveux pour ne pas avoir l’air trop arabe. On prévoyait la sortie d’un autre album afin qu’il plaise aux radios. Et sa santé mentale en a pris un coup. « Le stress commençait à sortir physiquement, explique La Zarra. J’ai composé avec des crises de panique et des troubles obsessionnels compulsifs assez violents. Parfois, je criais en studio sans m’en rendre compte. » La pression était aussi grande que les sacrifices qu’elle s’imposait. « J’ai perdu énormément d’argent en payant pour l’Eurovision et j’ai fait plusieurs sacrifices familiaux. Je suis mère monoparentale et je suis partie pendant des mois sans voir ma fille. » Devant les 162 millions de téléspectateurs du concours planétaire, elle a fait un « toz » à la caméra, interprété comme un doigt d’honneur. Il s’agissait plutôt d’une sortie de secours.

On lui a vite fait comprendre qu’elle avait tout gâché. « L’industrie et mon entourage m’imposaient un échec en fonction de leurs paramètres et de leur vision de moi. Ce n’est pas comme ça que je vois la vie. » Par instinct de protection, Fatima-Zahra Hafdi – son vrai nom – s’est tenue loin du tapage médiatique. « J’étais la troisième personne la plus cherchée sur Google France. » Elle a voyagé au Maroc et en Italie pour se connecter avec la nature et les animaux. « C’est comme ça que je réussis à transcender mes émotions. J’avais besoin de rallumer la flamme. » Se considérant comme une artiste qui n’avait pas encore trouvé sa voix à ses débuts, La Zarra s’est ensuite donné le temps pour se reposer et se trouver. Aujourd’hui, elle s’exprime plus librement. « Ce n’était pas voulu d’avoir une aura de mystère en entrevue. J’avais l’impression que j’avais tout dit dans mes chansons. Je réagissais par gêne et par pudeur. » Avec le temps, elle a assumé sa nature d’artiste. « Pendant des mois, on m’a vue comme la pire personne au monde et on m’a mise à nu. Inévitablement, la gêne est disparue. Comme j’écris des histoires, j’ai besoin de raconter les choses telles qu’elles sont. Je dois laisser rentrer les gens complètement pour partir en voyage avec eux. » Indépendante

Désormais artiste indépendante, elle a profité des conseils de la chanteuse Dominique Fils-Aimé pour apprivoiser le côté administratif de sa carrière. « J’avais peur de ne pas être capable d’être cheffe de projet, mais j’ai monté ma boîte ici et en France. J’ai réussi à obtenir des subventions et j’ai pioché dans mes économies. Maintenant, personne ne m’appelle pour me dire que je prends une mauvaise direction. » Alors que son deuxième album est un mariage de la chanson française et de la chanson américaine, avec des touches gitanes, des clins d’œil au flamenco et des accents arabisants plus assumés, on lui demande si elle embrasse davantage ses origines marocaines, qu’elle taisait à ses débuts.

Si ce nouvel opus compte une chanson intitulée Fuck You, la chanteuse jure que le lien avec le doigt d’honneur est involontaire. « Je ne voulais pas jouer là-dessus trois ans plus tard. C’est plus une façon de dire fuck off à plein de choses que je ne voulais pas et de passer le message qu’on ne peut plus m’approcher avec les mêmes intentions qu’avant. » Dans cette même chanson, elle affirme « ne plus vouloir des rêves de gloire, car à quoi bon marquer l’histoire, si cette putain d’histoire n’est pas la [s]ienne » .

À quoi rêve donc La Zarra ? « Je veux surtout écrire des chansons et les offrir. Je rêve d’une longue carrière. Je veux prendre mon temps pour apprécier cet art qui est noble et pour offrir quelque chose de plus en plus vrai. Je veux apprivoiser la scène et trouver la balance avec ma santé mentale. J’y vais doucement. »

Source de l’article : La Presse

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