la signature marocaine résiste à la sélectivité des marchés

Dans un contexte international marqué par le durcissement des conditions de financement et une plus grande aversion au risque, la gestion de la dette publique marocaine en 2024 a permis de préserver l’accès aux marchés et de contenir les vulnérabilités. Sans rupture spectaculaire, l’année a surtout été celle de la continuité, de la prudence et d’un pilotage attentif des équilibres.

L’année 2024 s’est inscrite dans un environnement financier mondial particulièrement contraignant. Le maintien de taux d’intérêt élevés, la montée des risques géopolitiques et la fragmentation accrue des marchés ont renforcé la sélectivité des investisseurs vis-à-vis des signatures souveraines, en particulier dans les économies émergentes. Dans ce contexte, la capacité des États à démontrer la soutenabilité de leur dette et la cohérence de leur trajectoire budgétaire est devenue un facteur déterminant d’accès au financement.

Pour le Maroc, l’enjeu a consisté à assurer le financement des besoins du Trésor tout en préservant la crédibilité macroéconomique, dans une année marquée par la persistance de la sécheresse et le ralentissement de la croissance chez plusieurs partenaires économiques.

Une trajectoire de dette contenue

En 2024, la dette du Trésor a été ramenée à 67,7% du PIB, contre 68,7% un an plus tôt. Cette évolution modérée s’inscrit dans une logique de stabilisation progressive, privilégiant un ajustement graduel plutôt qu’un resserrement rapide susceptible de peser sur l’activité économique. Selon le rapport d’activité 2024 de la Direction du Trésor et des Finances Extérieures (DTFE), cette trajectoire résulte d’une combinaison entre la bonne tenue des recettes publiques et une gestion rigoureuse des dépenses, tout en maintenant un niveau soutenu d’investissement public.

Le déficit budgétaire a ainsi été contenu à 3,8% du PIB, un niveau inférieur à celui initialement prévu par la loi de finances. Cette amélioration a permis de limiter le recours à l’endettement, dans un contexte où le marché domestique des bons du Trésor est demeuré le principal levier de financement. La profondeur et la liquidité de ce marché ont facilité l’absorption des besoins du Trésor, grâce à une communication renforcée avec les investisseurs et à une meilleure visibilité du calendrier d’émission.

Des fondamentaux externes favorables à la crédibilité financière

La perception du risque souverain marocain a également été soutenue par des fondamentaux externes jugés solides. Les avoirs officiels de réserve se sont maintenus à un niveau couvrant 5,3 mois d’importations, tandis que le marché des changes est resté globalement autosuffisant, sans tension majeure sur la liquidité en devises. Selon le rapport de la DTFE, cette situation a contribué à préserver la stabilité du dirham et à limiter l’exposition de la dette publique aux chocs externes.

Dans ce contexte, la décision de S&P Global Ratings de relever, en mars 2024, la perspective de la note souveraine du Maroc de « stable » à « positive » a constitué un signal favorable pour les investisseurs, sans pour autant occulter les risques liés à l’environnement international. Sans modifier la note elle-même, cette évolution reflète une appréciation plus favorable de la trajectoire budgétaire et financière à moyen terme.

À l’issue de l’exercice 2024, la gestion de la dette publique marocaine apparaît ainsi marquée par une approche prudente et graduelle. Dans un environnement international devenu plus exigeant, cette stratégie n’élimine pas les vulnérabilités, mais elle permet de maintenir la crédibilité financière du pays et de préserver l’accès aux marchés dans des conditions globalement maîtrisées.

Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc