Joueurs, sélectionneurs ou formateur, les Sénégalais espèrent des adieux en beauté à la CAN pour leur star : « On se doit de ramener à Sadio Mané sa deuxième étoile »

Qui d’autre que Sadio Mané (33 ans) pouvait fracturer le coffre-fort égyptien en demi-finales de la CAN (1-0) ? À l’aube de la finale contre le Maroc ce dimanche (20 h 45), la star rêve d’une deuxième étoile avant de s’en aller, comme il l’a annoncé, une fois la Coupe du monde terminée. C’est la dernière fois que l’attaquant passé par Metz (2011-2012) foulera une pelouse lors de cette épreuve qui a bercé toute sa jeunesse. Des gens qui l’ont côtoyé ont accepté d’évoquer Mané. Paroles de connaisseurs. « Je l’ai illico considéré comme important, souligne son ancien sélectionneur Alain Giresse (2013-2015). Je n’ai pas fait l’équipe autour de lui car il y avait des personnalités fortes et il était jeune. Sadio, encore un peu brut, avait un talent énorme. En quittant le Sénégal, j’avais déclaré qu’il serait Ballon d’Or africain. Il était réservé mais attention, il a du caractère ! Il n’extériorise pas trop mais quand il faut être là… Si tu veux le bouger, tu peux le regretter. Il repartira à la charge. Il ne s’échappe jamais. Et il est très respectueux. Quand on joue le Sénégal en Égypte avec la Tunisie (dont Giresse est alors le sélectionneur), il vient me faire l’accolade juste après les hymnes. Il ne va pas mobiliser comme un Platini, il serait plus dans le registre Messi, on ne le voyait pas trop rameuter, un peu comme Zizou. » « C’est mon jardinier qui me l’avait recommandé car il était fort dans les navétanes (tournoi populaire de quartier), se souvient Mady Touré, président de Génération foot, son club formateur. Ce qui m’a beaucoup touché, c’est qu’il a perdu son papa très jeune comme moi. Est née entre nous une relation père-fils. Je lui ai donc donné des conseils. Quand il est arrivé à GF, il avait beaucoup d’ambition et était convaincu qu’il réussirait. Et Sadio bossait. À Liverpool, je suis allé chez lui, il avait installé sa salle de sport, sa salle de récupération, il avait son kiné etc. Il a tout fait pour réussir. Il a pourtant été diabolisé à un moment par les supporters au Sénégal, tout le monde disait qu’il devait prendre sa retraite. Aujourd’hui, qui pense ça ? » « Il a toujours dit que j’étais son idole, rappelle l’ancien attaquant El-Hadji Diouf, star du Sénégal (25 buts en 69 sélections entre 2000 et 2008). On a donc des relations de grand frère à petit frère. L’héritage était lourd mais il a été léger à porter pour lui. C’est quelqu’un qui ne montre pas trop ses émotions. Il me voue un respect, une sympathie. On a le Sénégal au coeur quel que soit le domaine. Et Sadio a vachement progressé en tout. Il faut comprendre par où il est passé, et on ne parle pas ici de foot. Il y avait la barrière de la langue. Nous n’avons pas été dans les » meilleures écoles « , c’était dur de s’exprimer donc de s’expatrier. Il part de moins que zéro comme moi, et aujourd’hui on est des héros nationaux. C’est fabuleux. Avec ses équipiers, si on ne dit pas que c’est Sadio, on ne peut pas le croire vu sa simplicité. Il veut rendre les gens heureux. » « Il a une grande responsabilité dans ma venue au Sénégal en poussant Aliou Cissé à me prendre avant le Mondial 2022, explique Moussa Niakhaté, son équipier en sélection. Quand on voit un joueur de sa trempe qui frappe à ta porte pour que tu rejoignes la sélection… Sadio, c’est l’humilité, c’est le travail, l’amour de son pays. C’est sa sixième CAN, ça montre sa longévité et sa constance. On se doit de ramener à Sadio sa deuxième étoile qui fera de lui l’un des meilleurs joueurs que le continent ait connu. Il aurait mérité d’être Ballon d’Or. » « Quand on s’appelle Sadio Mané, la décision de s’arrêter ne lui appartient plus, estime son sélectionneur Pape Thiaw. Il y a un peuple derrière. Sadio a pris sa décision à chaud et le peuple n’est pas d’accord. On veut le garder le plus longtemps possible. Il représente le Sénégal, l’Afrique, le monde. C’est un exemple. Il donne des leçons de vie. Il a donné sa vie pour qu’on obtienne notre première étoile. Donc est-ce qu’on a envie de le voir partir ? Moi non, et ses équipiers pareil. »

Source de l’article : L'Équipe