Jonathan Turnbull : « Pour vivre heureux, restons fidèles à ce qu’on est »

Elle s’appelle Maria. Tenante d’un stand de tir de fête foraine, elle élève seule ses deux garçons, Ryan et Dario. Un jour, le plus jeune disparait pour réapparaitre le lendemain, blessé et mutique. Vingt ans après, après avoir refait sa vie au Canada, il revient pour l’enterrement de sa mère. Dans l’entourage, l’un de ses ravisseurs. La vengeance va alors unir ces deux frères, séparés par ce traumatisme. « Sans pitié » , un western urbain où Jonathan Turnbull est Gabriel, un douanier « ripoux » qui va découvrir la vérité dans le drame qui s’est joué. « Ce qui m’a intéressé dans ce personnage, c’est son humanité et sa vulnérabilité. Au-delà, ce sont trois figures masculines qui s’effondrent, dont Gabriel, qui va se faire complètement broyer. » Un film où la tension ne s’exprime pas que dans les dialogues. Et ça lui va. « Moi, je n’aime pas trop parler. » reconnait le comédien. « Je préfère réussir à passer ça par les silences et être concentré par ce qu’on se raconte quand on se regarde dans les yeux. » La révélation de « Sambre » Etre acteur, pas vraiment une vocation de départ pour ce trentenaire né au Maroc. C’est pour apprendre à se canaliser qu’il participe adolescent à un stage de théâtre avant d’intégrer le cours Florent en Belgique. « C’est la première fois qu’on me disait : c’est pas mal ce que tu fais. Donc j’ai continué et je suis devenu un peu accro à l’adrénaline que peut procurer un plateau de cinéma, de rencontrer des gens, de jouer des rôles. » .

Après des débuts discrets au cinéma, c’est la télévision qui va le révéler au grand public en 2023 dans la série « Sambre » , diffusée sur France 2, où il incarne un violeur en série inspiré d’une histoire vraie. « C’est la première fois que j’ai eu un vrai rôle, de montrer ce que j’étais capable de faire et j’ai tout appris sur ce tournage. » Depuis, on l’a revu aux côtés de Léa Drucker dans « Dossier 137 » de Dominik Moll et bientôt dans « Gourou » avec Pierre Niney ainsi que la deuxième saison de « Sentinelles » sur OCS. Des rôles de « dur » , de « taiseux » qui lui correspondent, même s’il ne serait par contre de jouer dans une comédie. « Je suis plutôt un petit rigolo ! » finit-il par avouer en souriant !

Questions bonheur

Quand vous vous levez le matin, est-ce que c’est tout de suite de bonne humeur ou vous êtes « sans pitié » pour vos proches, tant que vous n’avez pas bu votre café ?

Non, je ne suis jamais sans pitié pour les gens. Généralement, si je m’énerve, c’est à cause de moi. Donc, j’essaie d’abord d’être énervé contre moi avant de m’énerver contre les gens. Mais quand je me réveille le matin, je fais tout le temps « Tsssik » , genre un bruit comme ça, (mélange entre un bruit de sauterelle et de mitraillette – ndlr) je m’étire, j’ouvre les yeux et je me dis « Commence ta journée, à gérer la m… s’il y en a et s’il n’y en a pas, tant mieux » !

Quand vous avez un petit coup de déprime, qu’est-ce que vous faites pour remonter le moral ?

Du ski et du snowboard. C’est la liberté. Figurez-vous que j’ai déménagé, je suis arrivé à Val d’Isère pendant le Covid. Et quand j’ai quitté Paris, on m’a dit : « Tu ne travailleras pas si tu vas là-bas ! » J’ai répondu : « Bon, on verra. » Et je n’ai jamais autant tourné que depuis que j’habite à Val d’Isère. L’énergie qui déborde un peu, là-bas j’ai pu la canaliser.

Justement, est-ce qu’il y a un lieu qui vous apaise, où vous sentez bien ?

Sous l’eau et en montagne. Je fais un peu d’apnée de temps en temps. C’est le silence. Le fait d’être tout à fait concentré sur nos sensations. Ca demande de calmer son cœur pour pouvoir rester sous l’eau Et donc, il y a un espèce de « truc » psychologique ou physiologique qui se passe, où tu es instantanément détendu.

Question gratitude : est-ce qu’il y a une personne qui a beaucoup compté pour vous dans votre vie personnelle ou professionnelle et à qui aujourd’hui, vous avez vraiment envie de dire merci ?

Ma sœur. Si toutes les femmes étaient comme elle, ce serait incroyable. C’est une guerrière. Il n’y a rien qui ne l’a fait flancher. Je ne lui ai jamais dit, mais je pense qu’elle le sait. On n’a jamais verbalisé, on est jumeaux. Et je lui dois beaucoup.

Je pensais aussi à Marc Herpoux et Alice Géraud, réalisateurs de la série « Sambre » , qui vous ont retenu dans le rôle principal ..

Oui, Jean-Xavier de Lestrade (réalisateur aussi de « des Vivants » -ndlr) Même Dominik Moll. Parce que c’est quand même grâce à lui aussi que j’ai eu un rôle un peu plus important dans le cinéma. Et tous ceux qui m’ont fait confiance derrière, que ce soit Yann Gozlan, Julien Hosmalin évidemment sur ce film, Arthur Arari. Tous ces gens qui se disent : « On va essayer de faire confiance à ce gars-là, qui a l’air de sortir un peu de nulle part, qui arrive avec sa chemise à carreaux et sa casquette. Peut-être qu’il a autre chose à raconter que d’être bourru, quoi. Il y a des gens quand même qui arrivent à avoir l’œil pour regarder ça et c’est cool !

Pour terminer, vous connaissez le dicton » Pour vivre heureux, vivons cachés « . Mais pour vous, pour vivre heureux, il faudrait vivre comment ?

Caché. Je vais paraitre pour un vieux con, mais je n’aime pas les réseaux sociaux, j’aime pas tous ces trucs-là. Ca me dérange parce que ça décale un peu la vraie vie, une espèce de » gloubi-boulga « que je ne comprends pas.

Mais quand on est comédien et qu’on devient connu, il faut bien affronter cette célébrité ?

Oui, si un jour je deviens célèbre, bon, je l’affronterai. Mais je le fais à ma manière depuis quelques années. J’essayerai de rester fidèle à ce que je suis et la manière dont j’ai envie de faire les choses, discrètement

Donc restons fidèles à ce qu’on est ?

Oui. C’est hyper important. Sinon, tu vas au diable, tu te vends. Il ne faut pas oublier d’où tu viens. C’est super important.

Source de l’article : RCF Radio