« J’ai tué madame » : l’histoire vraie de la bonne qui a poignardé l’héritière de la Marquise de Sévigné dans ce premier roman

En 1968, à Montpellier, Marthe, une dame de compagnie, assassine la baronne qui l’emploie. Les histoires de famille et surtout leurs mystères, sont en vogue en ce moment. Mais derrière celle d’Olivier Vonlanthen se cache un ouvrage engagé qui dénonce les ravages de la misère sur ceux qui l’affrontent et sur notre société.

1968. L’arrière-petite fille de la marquise de Sévigné est retrouvée poignardée de neuf coups de couteau chez elle à Montpellier (Hérault). Un crime décrit âprement dès les premières pages. En littérature, donner la mort n’est pas aussi simple et net que dans certains téléfilms. « Venez vite, j’ai tué madame » , avoue par téléphone à la police, immédiatement après son acte, l’autrice du meurtre.

Elle dit seulement qu’elle a bien fait, qu’elle s’expliquera plus tard. Elle craint de tout dévoiler maintenant, elle se garde pour le confessionnal. Elle rêve de son odeur d’encens et de sueurs mêlés, elle sait qu’on lui accordera le pardon. Elle a bien fait.

L’État de démence de la meurtrière finira par être reconnu. Et après quelques mois de prison, elle sera envoyée à Font d’Aurelle, aujourd’hui hôpital de la Colombière. Mais derrière le pourquoi de ce meurtre, ce premier roman nous emmène à la découverte de celle qui l’a commis. Marthe est la grand-tante de l’auteur. Il l’a retrouvée sur une photo. Elle le porte alors qu’il est bébé. A leurs côtés, sa mère, qu’il qualifie d’apeurée sur l’image.

Misère totale

Les premières traces de l’existence de Marthe commencent en 1949 à Ueberstof entre un père, « petit homme bientôt vieux » assurant sa « tâche absurde et infini » de cantonnier de la commune, et sa mère accablée par les tâches ménagères de la famille mais aussi celles des autres. Suite à une épizootie, habitants et paysans construisent, aux abords du village suisse, une réplique de la grotte de Lourdes. C’est le seul endroit où Marthe trouve un peu de paix, près de la petite vierge du Kessilholz.

Elle s’effondre ici soudain, dans sa grotte à elle où la douleur s’est tue, seule avec sa Vierge à elle, dans une apocalypse douteuse et délirante qu’on appelle pour Marthe, pour sa vie vécue et à venir, l’assomption de Notre-Dame-des-Démolies

A 15 ans, Marthe est engagée comme fille au pair d’une famille de médecins et de ses cinq enfants puis s’occupera de ses neveux à Fribourg dans la misère la plus totale. Enfin, elle partira à Rabat comme nourrice pour une famille de diplomates iraniens. Avant son arrivée à Montpellier, elle sera engagée comme bonne et femme à tout faire par un domaine renfermant l’un des plus beaux jardins à la française. « Que faire donc ? Rien sinon courber l’échine jusqu’à demain » , est-il écrit dans ce journal d’une servante qui ne cesse de recevoir des ordres. On ne s’adresse d’ailleurs à elle que pour cela. Elle n’est rien, ni personne. Un objet dont on use et abuse à souhait jusqu’à l’irréversible, l’impardonnable.

(…) ce moment aura définitivement ouvert une large brèche dans ce qui déjà se fissurait, qu’à la passion fugace et étouffée d’une jeune singinoise pour un jardinier se sera substituée une profonde peur des hommes, de l’amour et du sexe, qu’au tréfond de son cœur bigot, se seront déposés les ferments d’une foi noire, maladive et dangereuse, que la tristesse, la soumissions, les humiliations répétées, comme autant de déflagrations silencieuses, auront miné Marthe(…)

Source de l’article : France 3 Régions