Interconnexion électrique Maroc-Mauritanie : la première phase opérationnelle est lancée

Interconnexion électrique Maroc-Mauritanie : la première phase opérationnelle est lancée

L’ONEE vient de lancer un appel d’offres pour l’étude topographique du futur tronçon électrique à très haute tension qui reliera Dakhla à Boulenouar en Mauritanie. Une étape technique inaugurale pour ce mégaprojet structurant, porté par l’Initiative royale atlantique, qui ambitionne de faire des deux pays une plateforme énergétique majeure, au carrefour des flux entre l’Afrique et l’Europe.

Premiers pas dans le méga chantier d’interconnexion électrique Maroc-Mauritanie. L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a lancé un appel d’offres pour la réalisation de l’étude topographique du couloir destiné à accueillir la future ligne d’interconnexion électrique à très haute tension (400 kV) entre le Maroc et la Mauritanie. Une étape technique décisive pour un projet stratégique aux ambitions résolument continentales, qui pourrait à terme rebattre les cartes du marché énergétique ouest-africain.

Ce projet d’envergure, qui concerne un linéaire d’environ 370 kilomètres entre la région de Dakhla (Maroc) et Boulenouar (Mauritanie), s’inscrit dans le cadre de l’Initiative royale atlantique. Portée par le Roi Mohammed VI, cette vision stratégique vise à faire de l’espace atlantique africain un hub d’intégration régionale, de coopération Sud-Sud et de développement partagé.

L’interconnexion électrique entre les deux pays en constitue l’un des piliers opérationnels les plus tangibles, matérialisant sur le terrain une ambition politique de long terme, celle de bâtir des infrastructures communes, génératrices de valeur et de souveraineté énergétique pour l’ensemble de la sous-région.

Conformément au dossier technique dudit appel d’offres qui sera tranché le 8 avril prochain, il s’agit de réaliser l’étude topographique d’un couloir de 50 mètres de part et d’autre de l’axe de la future ligne, entre Dakhla et Boulenouar. Une étape qui comprendra, dans le détail, la prise de contact avec les autorités locales, la réalisation d’enquêtes publiques, la reconnaissance, ainsi que le balisage du tracé et le levé topographique complet.

L’estimation du coût des prestations s’élève à 1.440.000 dirhams TTC. Le délai d’exécution, quant à lui, est de quatre mois à compter de la notification de l’ordre de service au prestataire choisi. Autre aspect technique : ce marché prévoit une préférence de 15% en faveur des entreprises marocaines.

Une interconnexion historique

Ce projet est le fruit d’une maturation diplomatique et technique engagée depuis plusieurs mois. Le 23 janvier 2025, les ministres en charge de l’Énergie des deux pays, Leila Benali et Mohamed Ould Khaled, signaient à Rabat un protocole d’accord visant à structurer le partenariat dans les secteurs de l’électricité et des énergies renouvelables. Quelques jours plus tard, le 4 février 2025, les directeurs généraux de l’ONEE et de la SOMELEC, la société mauritanienne d’électricité, paraphaient à Nouakchott une convention pour le développement et la réalisation de cette interconnexion historique.

Au-delà de la simple liaison technique, cette interconnexion poursuit des objectifs multidimensionnels qui en font un projet structurant à l’échelle ouest-africaine. L’objectif premier est d’accroître considérablement la résilience des réseaux électriques des deux nations. En interconnectant leurs systèmes, le Maroc et la Mauritanie se dotent d’une béquille mutuelle : meilleure gestion des pics de consommation, mutualisation des réserves de puissance, sécurisation face aux aléas techniques ou climatiques.

Pour la Mauritanie, dont les coûts de production de l’énergie figurent parmi les plus élevés de l’espace CEDEAO, ce partenariat ouvre la voie à une réduction significative des coûts, avec un impact direct sur la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages. La zone traversée par cette ligne – le Sud marocain et le Nord mauritanien – bénéficie par ailleurs de conditions naturelles exceptionnelles pour les énergies renouvelables, avec un ensoleillement parmi les meilleurs de la planète et des régimes de vents constants et puissants, notamment autour de Dakhla et Nouadhibou.

Cette interconnexion permettra d’évacuer et de valoriser la production future des parcs éoliens et solaires qui seront développés de part et d’autre de la frontière, facilitant ainsi l’intégration massive de ces énergies propres dans le mix électrique national et réduisant corrélativement la dépendance aux hydrocarbures importés.

Les experts évoquent d’ores et déjà la création d’un véritable « corridor énergétique vert » entre les deux pays. Mais l’ambition du projet dépasse très largement le cadre bilatéral. Il s’agit ni plus ni moins que d’intégrer le Maroc et la Mauritanie dans un marché électrique régional élargi, en synergie avec le West African Power Pool (WAPP), le système d’échange d’énergie électrique qui regroupe quatorze pays d’Afrique de l’Ouest.

Grâce à la position géographique unique du Maroc – déjà interconnecté avec l’Europe via l’Espagne, avec une troisième liaison en projet et un câble sous-marin avec le Portugal à l’étude – cette future ligne agira comme un pont naturel entre les deux continents.

L’Europe y trouvera une source supplémentaire d’électricité décarbonée contribuant à ses objectifs climatiques, tandis que l’Afrique de l’Ouest bénéficiera d’un accès facilité à une énergie plus abondante et moins chère. La Mauritanie, de son côté, déjà interconnectée avec le Sénégal (225 kV) et travaillant sur une liaison avec le Mali, conforte son rôle de hub énergétique régional et d’interface naturelle entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.

S.N. / Les Inspirations ÉCO

Source de l’article : LesEco.ma

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