Intelligence artificielle : Un Marocain sur trois l’a déjà adoptée
En l’espace de quelques années, l’intelligence artificielle a quitté les cercles spécialisés pour s’imposer dans le quotidien des Marocains. Son adoption rapide transforme les usages liés à l’éducation, au travail et à la création de contenus, traduisant une mutation numérique profonde qui redessine les pratiques sociales et transforme les rapports aux technologies.
En l’espace d’un triennat, l’adoption de ces technologies au Maroc a connu une progression remarquable, remodelant les pratiques professionnelles, éducatives et, par extension, le tissu social au Maroc. Une enquête réalisée par le groupe Sunergia, et publiée en janvier 2026, met en lumière l’ampleur et la portée de cette révolution numérique.
L’année 2026 se profile comme un tournant décisif, marquant l’ancrage définitif de l’IA dans le paysage marocain. Le taux d’adoption, qui stagnait à un modeste 6% en 2023, a bondi à un impressionnant 33% de la population interrogée, soit une augmentation exponentielle de 27 points en l’espace de trente-six mois. Cet essor massif s’accompagne d’une perception largement favorable quant à l’utilité de l’IA. En effet, une écrasante majorité des usagers (86%) confère à cette technologie un caractère « utile et important » dans leur vie. Cette adhésion se décline en une reconnaissance de son importance « très significative » pour 52% d’entre eux, et « précieuse » pour 34%, attestant d’une intégration profonde et non superficielle.
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L’analyse sociodémographique de cette pénétration révèle une diffusion qui dépasse les clivages traditionnels. Le taux d’adoption est particulièrement élevé chez les 18-24 ans (71 %), mais aussi parmi les 25-34 ans et les femmes. Il demeure soutenu aussi bien en milieu urbain (41 %) que rural, notamment dans les régions septentrionales et orientales. Cette répartition géographique et sociale démontre que l’IA n’est pas l’apanage des métropoles, mais s’insère dans une dynamique d’inclusion numérique à l’échelle nationale.
Études, travail, création : Les multiples visages de l’IA
Le spectre des applications est large et touche aux fondements de la productivité et de la connaissance. L’IA est principalement sollicitée comme outil d’appui à la recherche d’information, un usage privilégié par 67% des répondants. Elle joue également un rôle prépondérant dans le soutien aux études (48%) et l’optimisation des processus professionnels (34%).
Au-delà de ces fonctions utilitaires, une frange non négligeable de 10% l’emploie pour des créations plus sophistiquées, englobant la production de contenus textuels, iconographiques ou vidéographiques. Plus singulièrement, 1% des sondés explorent des usages plus intimes, recourant à l’IA pour animer des débats, des conversations, ou même tenir le rôle d’un ami virtuel, soulignant une dimension affective et sociale émergente.
Dans l’écosystème des outils, une hégémonie se dessine clairement. ChatGPT s’impose comme la plateforme de prédilection, mobilisée par 89% des adeptes marocains de l’IA. Les autres solutions se partagent un marché plus fragmenté : Gemini (29%), DeepSeek (7%), Meta AI (3%) et Midjourney (1%). Cette concentration de l’usage sur un acteur dominant pose, de facto, la question de la dépendance technologique.
Interrogés sur leur capacité à se soustraire à l’usage de l’IA, les avis dessinent un clivage intéressant. Si une majorité relative (63%) s’estime en mesure de s’en passer, une proportion substantielle de 37% exprime une forme d’attachement ou d’interdépendance. Pour 9% des utilisateurs, la séparation est jugée impossible, tandis que 10% la considèrent comme très difficile, et 18% comme possible, mais au prix d’un effort considérable. Ce paysage contraste de manière saisissante avec la situation prévalant en 2023, où 86% des Marocains ignoraient jusqu’à l’existence de ChatGPT.
À cette époque, alors que seuls 16 % de la population avaient connaissance de l’IA, 52 % de ces initiés percevaient cette technologie comme une menace potentielle pour l’humanité. Le chemin parcouru en si peu de temps témoigne d’une réappropriation rapide de l’outil, transformant l’appréhension initiale en une adoption enthousiaste et généralisée.
Source de l’article : Maroc Diplomatique


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