Ilyes Djadel : le roast à la française
A seulement 28 ans, Ilyes Djadel s’est déjà bien imposé dans le milieu du stand-up français : passé par le Jamel Comedy Club, il s’est révélé au Festival d’humour du Marrakech du Rire, et a connu un franc succès avec son premier spectacle Vrai, produit par Jamel Debbouze.
Aujourd’hui, il est en rodage de son nouveau spectacle, et surtout, il a lancé Le Djadel Show sur YouTube : un véritable show à l’américaine, avec des humoristes, des rappeurs, des invités de toutes les cultures… et un roast (réunion au cours de laquelle un humoriste prononce une série de remarques satiriques sur une personne invitée, laquelle est tenue de les prendre avec bonne humeur) final, un exercice « classique » outre-Atlantique mais pourtant peu pratiqué en France.
De la salle de classe au Starbucks algérien : la naissance d’une vocation
L’histoire d’Ilyès Djadel commence par un acte de foi : celui d’une professeure de français qui, face à un élève turbulent mais attachant, décide de l’inscrire à une scène ouverte. « Elle a pris de son temps personnel, elle a pris sa voiture et elle m’y a emmené » , raconte-t-il avec reconnaissance. Ce premier passage sur scène, bien que difficile, fut une révélation : « Je me suis dit, c’est ça que je veux faire plus tard, c’est incroyable, tu peux parler pendant 10 minutes et les gens, ils t’écoutent » .
Cette anecdote fondatrice éclaire le rapport particulier de l’humoriste à l’éducation et à la reconnaissance. Loin d’être « le cauchemar des profs » , Djadel était plutôt un élève mal orienté : « Ils se disaient, c’est un bon mec, il n’est juste pas intéressé par l’école » . Une observation qui le conduit à une réflexion profonde sur le système scolaire : « Souvent, on se dit qu’ils sont nuls alors que pas du tout, c’est juste qu’ils ne sont pas à leur place » . Son sketch sur le Starbucks algérien, diffusé en ouverture de l’émission, illustre parfaitement son style : un humour qui observe le monde avec tendresse et malice, transformant les situations du quotidien en moments de comédie universelle. « Vrai » : quand l’authenticité devient un spectacle
Le titre de son premier spectacle n’a rien d’anodin. Vrai incarne une triple promesse : raconter des histoires authentiques, présenter le véritable Ilyès sur scène, et surtout, rendre hommage à sa mère qui lui a dit avant son départ pour Paris : « Sois toujours toi-même, toujours vrai, peu importe ce qui se passe » . Un conseil maternel transformé en ligne directrice artistique.
Le succès du spectacle repose sur un sketch devenu culte : celui du lycée catholique. Ce sketch touche aujourd’hui plusieurs générations : « Les gens dans la rue m’appellent parfois le lycée catholique » , confie l’humoriste, qui compare ce succès à celui d’un artiste musical : « C’est un hit, les gens le finissent à ma place sur scène » . Pourtant, aborder la religion aurait pu être périlleux. Mais Djadel l’affirme avec conviction : « On peut tout dire tant que c’est bien fait » . Cette philosophie lui a même ouvert les portes du cinéma, puisqu’un film (Tombé du ciel de Mohamed Hamidi) tiré de ce sketch vient d’être sélectionné au festival de l’Alpe d’Huez. La preuve, selon lui, que la bienveillance et l’audace ne sont pas incompatibles.
Le « Djadel Show » : importer le roast en France, un pari audacieux
Avec le lancement du Djadel Show sur YouTube, Ilyès Djadel franchit une nouvelle étape. L’émission mélange sketchs, stand-up et surtout roast, ce format américain où une célébrité se fait « clashée » par des humoristes. Un concept qui n’a jamais vraiment fonctionné en France : « Ils ont déjà essayé, ça a déjà été à deux doigts de se faire, même chez Netflix, et finalement ça n’a pas été fait » .
Les raisons de cet échec culturel sont multiples : « Ce n’est pas la même culture, parce qu’on n’a pas l’habitude de ça, parce que les invités aussi, les célébrités ont peur de se faire roaster, parce que les humoristes aussi ont peur de roaster » . Djadel a choisi de relever le défi en faisant confiance à ses invités : « Je ne voulais pas vérifier les roasts avant. Je disais aux gens, allez-y, je vous fais confiance » .
Le résultat ? Une progression notable entre les épisodes : « Entre le premier et le quatrième épisode, tu vois que les roasts sont différents » . Même si l’humoriste admet une certaine frustration initiale, il reste convaincu du potentiel du format : « Je pense qu’on peut aller encore plus loin, évidemment , sans manquer de respect, mais le concept du roast c’est d’allumer » .
Pour en savoir plus, écoutez l’émission…
Source de l’article : Radio France



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