il réussi son pari avec la CAN 2025 ?

Cinq jours après la finale de la Coupe d’Afrique des nations, le roi Mohammed VI a adressé, vendredi 23 janvier, un communiqué pour remercier « l’ensemble des composantes de la Nation qui ont admirablement contribué à la pleine réussite de cette magnifique manifestation » .

Malgré la défaite du Maroc face au Sénégal en prolongations, le souverain s’est félicité « d’un résultat remarquable fruit notamment d’une politique sportive et infrastructurelle volontariste et de haut niveau » . « Cette édition de la compétition continentale fera date, car au-delà de ses excellents résultats sportifs, elle aura permis de mesurer le bond qualitatif que le Royaume a réalisé sur la voie du développement et du progrès » , a-t-il ajouté.

Jean-Baptiste Guégan, expert en géopolitique du sport, partage ce constat : « Cette CAN 2025 a montré la capacité du continent africain à répondre au plus haut niveau d’exigence internationale » . Pour le coauteur de « Géopolitique du sport » (éd. Autrement), « elle était objectivement mieux organisée que la dernière Copa America aux États-Unis. Le Maroc en sort grandi » « .

Le Maroc était en effet attendu au tournant avec l’organisation de cette 35e édition, même s’il n’en était pas à son premier coup d’essai après avoir accueilli récemment le Championnat d’Afrique des nations en 2018, la CAN féminine de futsal, la CAN féminine ainsi que la Coupe du monde U17 féminine en 2025. Il a réussi à prouver une nouvelle fois à un autre niveau sa capacité à accueillir des événements d’envergure continentale et mondiale.

Comme l’a précisé Ryad Mezzour, le ministre de l’Industrie et du Commerce sur France 24, l’événement a contribué à accélérer la croissance marocaine, portée à 4,5 % en 2025, avec plus de 100 000 emplois créés et une forte hausse de la consommation. » En 24 mois, nous avons gagné une dizaines d’années de développement en termes d’infrastructures « , assure-t-il, citant des bénéfices durables pour les transports et la santé.

Pour lui, les investissements, estimés à un milliard d’euros, ont été rentabilisés par les revenus directs de la CAN en termes touristiques, en termes de créations d’emplois, en termes d’accélération de la consommation et de l’implication des PME. Ryad Mezzour estime qu’il s’agit d’une édition » parmi les plus rentables de l’histoire, pour la CAN comme pour le pays organisateur « , avec un effet multiplicateur des investissements » par 1,8 à 2 « .

Selon Jean-Baptiste Guéguan, le ministre a des raisons de se réjouir. » D’un point de vue économique, c’est effectivement une réussite. Si on regarde les revenus générés, on constate une hausse de plus 90 % par rapport à la précédente qui était déjà exceptionnelle en Côte d’Ivoire « . La billetterie aurait ainsi généré à elle seule 55 millions de dollars, un record pour le football africain. L’affluence totale dans les stades dépasse 1,25 million de billets vendus, même si beaucoup se sont plaints d’une revente massive de tickets sur le marché noir. » C’est une vraie réussite du point de vue du public et de la capacité à remplir des stades, ce qui inquiétait un peu au départ. Évidemment, tous les stades n’ont pas été remplis parce que certains matches étaient moins attirants, mais on a quand même eu une belle fête pour le football « , souligne Jean-Baptiste Guéguan.

D’un point de vue sportif, les sélections africaines ont également haussé leur niveau de jeu. Le reste du monde ne regarde plus ces nations d’un œil condescendant. » On a vu des équipes très organisées, structurées, capables de répondre aux ambitions de la modernité du foot d’aujourd’hui « , estime le chercheur en géopolitique. » Le Maroc est la première équipe africaine à être dans le top 8 de la Fifa. Il y a aussi le Sénégal, le Nigeria et même l’Algérie qui, malgré un échec en quart de finale, propose quelque chose de solide. On est aujourd’hui sur une montée en gamme du foot africain. Je ne serais pas surpris si ces équipes étaient capables de vraiment performer en 2026 au Mondial aux États-Unis « , ajoute-t-il.

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Le couac de la finale

Ces louanges ont toutefois été ternis par quelques minutes de chaos lors de la finale, dimanche 18 janvier, entre le Sénégal et le Maroc. Après un pénalty sifflé en faveur des Lions de l’Atlas, le match a été perturbé par des incidents et une interruption de près de 20 minutes. » La fin du temps réglementaire a été très mal gérée par l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala Ngambo. Il a été complètement dépassé par les événements « , a ainsi critiqué le journaliste Xavier Barret. » Malgré tous les efforts qu’on fait les Marocains pour offrir des beaux stades, des belles infrastructures, le football africain en général n’est pas encore assez mature pour gérer ce genre de situation « , a-t-il regretté.

Jean-Baptiste Guégan estime cependant que » ces problèmes récurrents ne sont pas forcément liés à l’arbitrage, mais avant tout à la CAF et à son incapacité à structurer finalement son autorité et à montrer vraiment son efficacité à l’échelle du continent « . Malgré ce couac de la finale, le chercheur estime que le Maroc a réussi son test en vue de la Coupe du monde 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal : » Cette CAN a fait entrer l’Afrique dans une nouvelle ère qui est celle de la professionnalisation du sport africain et de son industrie. Ce n’est plus un angle mort compliqué pour les organisations sportives « .

La seule fausse note pour le royaume est finalement de n’avoir pas pu soulever le trophée : » La réussite marocaine aurait été complète s’il y avait eu cette victoire, conclut Jean-Baptiste Guégan. Mais le Sénégal la mérite et le Maroc aura tout le temps de se reprendre après. « 

Source de l’article : France 24