Ikram Chahine : « La Chaire contribuera à construire une perception plus réaliste du Maroc »

Quelle a été l’impulsion décisive derrière la création de cette Chaire d’Études sur le Maroc en Catalogne, et comment s’inscrit-elle dans la stratégie globale de coopération culturelle et académique du Maroc avec l’Espagne, et plus spécifiquement avec la Catalogne ?

La création de cette Chaire s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par le Consulat Général du Royaume du Maroc à Tarragone, dans un contexte où les relations bilatérales connaissent un moment particulièrement dynamique. Justement, quelques jours auparavant, les deux pays ont tenu à Madrid la 13ᵉ Réunion de Haut Niveau (RHN), au cours de laquelle des accords de coopération ont été signés et les relations institutionnelles consolidées, illustrant les bonnes relations politique, sociale et économique entre le Maroc et l’Espagne. La Chaire du Maroc à l’Université Rovira i Virgili constituera un espace pour développer la recherche scientifique, la formation académique et les initiatives culturelles, tout en favorisant la coopération entre institutions et la participation active de la communauté marocaine locale. L’objectif est de mieux connaître le Maroc contemporain ainsi que son histoire partagée avec la Catalogne et d’élargir les perspectives sur les relations euro‑méditerranéennes. Cette initiative, financée par l’Autorité portuaire de Tarragone et le Centre Kassid Formation, répond à un besoin croissant de construire des ponts durables entre les deux rives de la Méditerranée, dans un contexte marqué par la mobilité humaine, les échanges économiques et la diversité culturelle.

Au-delà des trois axes annoncés (recherche, enseignement, transfert), quels sont les premiers projets concrets et mesurables que la Chaire ambitionne de réaliser dans les 12 à 24 prochains mois ?

La Chaire prévoit de lancer plusieurs projets concrets qui traduisent ses trois axes d’action. Sur le plan de la recherche, nous allons commencer par des études interdisciplinaires sur l’histoire partagée entre les comarques de Tarragone et le Maroc, en particulier autour des liens humains, économiques et culturels qui se sont tissés depuis le XIXᵉ siècle. Des travaux sur la documentation d’archives locales seront également développés pour valoriser ce patrimoine commun. En matière d’enseignement et de formation, nous organiserons des séminaires et ateliers destinés aux étudiants et jeunes chercheurs, ainsi que des voyages d’étude immersifs au Maroc pour favoriser la connaissance directe et les échanges interculturels. Enfin, pour le transfert de connaissances, nous mettrons en place dès l’an prochain, un cycle de conférences et de colloques, dont le colloque « Puentes del Mediterráneo. Tarragona y Marruecos, historias compartidas » , qui sera organisé le 10 avril 2026 et qui réunira chercheurs, institutions et représentants de la communauté marocaine locale. L’objectif est de créer des espaces de dialogue et de collaboration mesurables, tout en impliquant activement les associations marocaines du territoire.

Comment cette Chaire, présentée comme un outil pour « dépasser les stéréotypes » , peut-elle contribuer à façonner une perception plus nuancée et contemporaine du Maroc en Catalogne et en Espagne ?

La Chaire vise à créer des espaces de connaissance et de dialogue qui vont bien au‑delà des idées préconçues. En combinant recherche interdisciplinaire, échanges académiques et initiatives culturelles, elle permet de montrer le Maroc dans sa complexité contemporaine : société diverse, dynamique et riche de ses héritages historiques. Elle offre également l’opportunité aux étudiants, chercheurs et au grand public de découvrir des expériences concrètes et actuelles, de la culture à l’économie en passant par la coopération internationale, en donnant la parole aux acteurs marocains résidant en Catalogne et en favorisant leur participation dans des projets et colloques. De cette manière, la Chaire contribuera à construire une perception plus réaliste, ouverte et constructive du Maroc, loin des clichés et stéréotypes habituels.

Quels types de programmes (échanges semestriels, doubles diplômes, écoles d’été) seront développés en priorité pour les étudiants marocains et catalans ?

La Chaire prévoit de développer plusieurs programmes prioritaires pour favoriser les échanges entre étudiants marocains et catalans. Justement nous travaillons à la mise en place de doubles diplômes et programmes de mobilité, pour renforcer les parcours académiques et offrir des expériences concrètes de collaboration internationale. À titre d’exemple, des projets concrets sont déjà prévus, comme l’organisation d’une exposition sur le site archéologique d’Oudja et des ateliers associés lors du Symposium prévu les 9 et 10 avril, permettant aux étudiants de s’impliquer activement dans la recherche et la diffusion scientifique. Ces initiatives visent à offrir une formation interculturelle riche, combinant connaissances académiques, expériences pratiques et rencontres avec des chercheurs et professionnels des deux rives de la Méditerranée.

Source de l’article : femmesdumaroc.com