Huit avions C295 vendus de l’Espagne à l’Algérie : une opération menée dans la discrétion
Dans la plus grande discrétion, l’Espagne a effectué une vente de huit avions de transport militaire C295 du constructeur européen Airbus à l’Algérie début 2025, ont révélé des sources médiatiques espagnoles. Cette transaction militaire a montré la persistance de liens entre les deux pays qui dépassent le seul cadre économique, en dépit d’un contexte de crise diplomatique. « Le gouvernement espagnol a donné son feu vert à la vente et à l’exportation de huit avions de transport militaire Airbus C295 vers l’Algérie au cours du premier semestre 2025, à un moment où les deux pays tentaient de normaliser leurs relations diplomatiques » , a indiqué le média ibérique Servimedia.
Les informations révèlent que la vente a été effectuée au mois de janvier 2025, pour un montant total de 385,2 millions d’euros, selon les données contenues dans le rapport sur les statistiques d’exportation de matériel de défense et de matériel à double usage publié par le secrétaire d’État espagnol au Commerce
La transaction est restée très discrète et les média espagnols n’ont pas traité l’information, y compris ceux spécialisés en matière de Défense. Le même silence a été observé par les médias algériens.
Les deux pays sont restés discrets sur le sujet, dénotant un malaise mutuel d’annoncer une embellie de leurs relations alors même que les médias algériens continuaient d’entretenir le mythe de la crise diplomatique entre Alger et Madrid, provoquée par la position espagnole soutenant l’intégrité territoriale du Maroc au Sahara.
La réalisation d’une transaction impliquant un groupe industriel européen majeur apparaît comme un signal hautement significatif. Elle suggère que, malgré les crispations diplomatiques affichées, certains canaux économiques et industriels sont restés actifs.
De surcroit, elle implique que la coopération entre les deux pays dépasse le cadre économique puisqu’il s’étend au domaine de la Défense, dans un contexte de crise entre le Maroc et l’Algérie, où ce dernier pays a multiplié les manœuvres inamicales allant jusqu’à la rupture des relations diplomatiques et à créer des foyers de tensions aux frontières.
Cet achat de l’Algérie auprès de l’Espagne s’est réalisé par ailleurs dans un contexte où les deux pays continuaient à acheter ces mêmes modèles auprès d’Airbus. L’Espagne cherche à renouveler sa flotte existante, tandis que l’Algérie continue de s’armer.
En 2004, l’Algérie a été le premier pays africain à détenir les avions militaires C295 et à la date du 30 novembre 2025, le même pays figurait sur le carnet de commandes de l’avionneur européen.
A cette date, selon les données d’Airbus, les commandes totales atteignaient les 311 exemplaires dont 241 livrés. Le constructeur a cité l’Algérie parmi ses clients pour l’année avec 24 appareils commandés.
A la même période, l’Espagne a signé pour une commande de 18 avions de transport militaire C295 pour remplacer les CN235 et C212. Les premiers lots de ces avions devraient être reçus courant 2026, précise-t-on.
Les relations Algérie-Espagne ces derniers mois
Malgré la crise diplomatie manifeste entre l’Algérie et l’Espagne de 2022, le pays maghrébin n’avait pas réussi à faire pression sur son partenaire européen. Ses nombreuses tentatives d’intimidation et de rétorsions n’ont pas changé la position de soutien pour le Maroc dans le dossier du Sahara.
L’Algérie s’est retrouvée avec deux conflits diplomatiques ouverts, avec l’Espagne et la France, mais a dû capituler dans les deux cas. Les déclarations espagnoles ont confirmé qu’en dépit de la « crise » affichée, l’Algérie est restée « un fournisseur fiable » de gaz entre mars 2022 et novembre 2024.
Toujours en 2024, les données officielles ont indiqué une augmentation phénoménale des exportations espagnoles vers l’Algérie, estimées à une hausse de 142% par rapport à 2023.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, avait indiqué à ce titre qu’en plus d’être le principal fournisseurs de l’Espagne en gaz, l’Algérie était « un grand ami » .
Les déclarations espagnoles ainsi que les données chiffrées contrastaient avec le discours politique et médiatique servi à l’opinion publique algérienne.
Plusieurs indicateurs ont néanmoins permis de constater le réchauffement des relations entre les deux pays bien que ces dernières cachaient des contrats de vente en matière de Défense.
En février, le ministre algérien de l’Intérieur, Brahim Merad, avait effectué une visite de travail à Madrid, durant laquelle il a été reçu par son homologue espagnol Fernando Grande-Marlaska. Il s’agissait de la première visite d’un responsable algérien de haut niveau en Espagne depuis la détérioration des relations entre les deux pays en 2022, et scellait déjà les prémices de la réconciliation stratégique.
Avant l’Aid Al Adha, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait annoncé l’importation d’un million de têtes d’ovins en prévision du rituel de sacrifice. L’importation a profité à l’Espagne qui était annoncée comme l’un des principaux exportateurs. En 2026, la même décision a été prise.
En novembre 2025, le chef de la diplomatie espagnole José Manuel Albares et son homologue algérien, Ahmed Attaf, se sont rencontrés en marge du sommet des G20 de Johannesburg en Afrique du Sud, marquant le renouveau des relations entre les deux pays.
La vente d’équipements de défense et la discrétion entourant la vente des C295 d’Airbus, confirme donc que les intérêts sécuritaires et industriels priment sur les tensions conjoncturelles ou les discours médiatiques algériens.
Il apparait donc que les échanges commerciaux, énergétiques et désormais militaires entre Alger et Madrid ne se sont jamais totalement interrompus malgré la crise diplomatique. Cette situation confirme que, malgré le discours officiel, Alger reste fortement tributaire de son partenaire espagnol.
Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc



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