Huile d’olive : et si le Maroc devenait le fournisseur modèle de l’Europe ?
Alors que l’Union européenne dépend de plus en plus des importations pour couvrir sa consommation d’huile d’olive, un rapport de la Cour des comptes européenne pointe de sérieuses lacunes dans les contrôles aux frontières. Dans ce contexte, le Maroc, quatrième fournisseur hors UE, apparaît comme un acteur stratégique capable de transformer ces failles en levier de crédibilité et de croissance. Reste à jouer la carte de l’excellence.
Alors que l’Union européenne importe aujourd’hui 9% de sa consommation d’huile d’olive depuis des pays tiers, ce qui représente plus de 100.000 tonnes par an, la question de la fiabilité des fournisseurs extra-européens devient cruciale.
Dans un marché tendu par la baisse des rendements dans les pays producteurs historiques comme l’Espagne ou l’Italie et face à une demande qui reste forte, l’Europe cherche des solutions pour garantir à la fois la quantité et la qualité.
La publication en janvier 2026 du rapport spécial 01/2026 de la Cour des comptes européenne, consacré aux systèmes de contrôle de l’huile d’olive importée, jette une lumière crue sur les limites de ces dispositifs. Le constat dressé par les auditeurs européens est sans appel. Les systèmes de vérification des importations d’huile d’olive depuis les pays tiers sont à la fois hétérogènes, peu transparents et souvent défaillants.
Dans plusieurs États membres, comme l’Espagne, la Grèce ou la Belgique, les autorités de contrôle ont réalisé un nombre extrêmement limité d’analyses. Ainsi, entre 2018 et 2023, seules trois vérifications ont été menées en Espagne sur les huiles d’olive importées.
Ce déficit de surveillance concerne notamment les résidus de pesticides et les substances interdites. Il remet en cause l’efficacité du régime communautaire censé garantir la sécurité alimentaire et la loyauté des transactions commerciales. Cette carence dans les contrôles s’inscrit dans un contexte plus large de déstabilisation du marché oléicole européen.
La production espagnole, longtemps pilier du secteur, a été fragilisée par plusieurs années de sécheresse répétée et une pression accrue sur les coûts de production. L’Italie et la Grèce, autres poids lourds du secteur, connaissent également des difficultés structurelles, entre vieillissement des oliveraies, manque d’investissements et pression foncière.
Dans ce contexte, les importations se sont imposées comme une soupape nécessaire pour maintenir les équilibres de l’offre. Les pays exportateurs sont rarement mis en lumière autrement que par leurs volumes. Le Maroc figure ainsi parmi les quatre principaux fournisseurs hors UE, derrière la Tunisie (qui assure à elle seule 75% des importations), la Turquie et l’Argentine.
Avec une part de 3,5% du marché, le Maroc n’est pas un acteur marginal. Il est un partenaire potentiel majeur, notamment du fait de sa proximité géographique, de la diversité de ses terroirs, et de sa capacité à adapter sa production à une demande européenne en mutation.
Le diagnostic de la Cour des comptes européenne
Dans son rapport spécial 01/2026, la Cour des comptes européenne consacre plusieurs passages aux importations d’huile d’olive en provenance du Maroc. Si les critiques de l’audit s’adressent à l’ensemble des systèmes de contrôle des importations extra-européennes, le Maroc est identifié comme l’un des quatre principaux fournisseurs hors UE, avec une part de 3,5% des importations.
La Cour souligne que ces volumes ne sont pas négligeables, et qu’ils augmentent dans un contexte de crise de production au sein de l’UE. Le rapport note que les huiles marocaines, comme celles venant d’autres pays tiers, ne font l’objet que de contrôles très limités à l’entrée sur le marché européen. Aucun État membre n’a mis en place un dispositif systématique de vérification des pesticides ou de la conformité des résidus dans les huiles d’origine marocaine. Cela expose le marché européen à des risques potentiels, mais cela signale aussi un vide réglementaire que le Maroc pourrait transformer en levier de différenciation.
La Cour des comptes appelle à harmoniser les pratiques de contrôle aux frontières et à exiger des documents de traçabilité plus rigoureux. Elle recommande également que des audits ciblés soient menés dans les pays tiers fournisseurs, y compris le Maroc, pour s’assurer de la qualité des procédures internes.
En clair, le rapport ne dénonce pas directement la qualité de l’huile marocaine, mais met en évidence l’absence de données et de vérifications suffisantes. Cela offre au Maroc l’occasion d’anticiper les futures normes, de se mettre en conformité avant même qu’elles ne soient imposées, et de se présenter comme un modèle de transparence dans un secteur en pleine mutation.
Quelles opportunités pour le « Made in Morocco » ?
Il faut dire que le Royaume dispose en effet d’atouts indéniables. Son agriculture oléicole est ancienne, structurée et présente sur tout le territoire national, du Rif à l’Atlas, en passant par les plaines atlantiques. Les coopératives y sont nombreuses, les savoir-faire transmis depuis des générations, et l’encadrement public de la filière croissant.
Le plan « Génération Green 2020-2030 » , lancé par les autorités marocaines, prévoit d’ailleurs une montée en gamme de l’ensemble de la production agricole, avec un accent particulier sur les filières à forte valeur ajoutée comme l’huile d’olive. L’enjeu aujourd’hui ne se limite plus au volume. Il porte sur la qualité, la traçabilité et la conformité aux normes européennes, de plus en plus scrutées par des consommateurs exigeants. C’est sur ce terrain que le Maroc peut faire la différence.
Le rapport de la Cour des comptes met en évidence un écart entre les exigences imposées aux producteurs européens et la relative indulgence accordée aux produits importés. Cette faille constitue une menace pour la réputation du marché européen, mais aussi une opportunité pour les pays qui sauraient s’en servir intelligemment. Le Maroc pourrait précisément choisir cette voie.
En renforçant ses mécanismes de certification, en assurant une traçabilité stricte de ses lots, en publiant des données d’analyse régulières et comparables aux normes UE, il pourrait se positionner comme un fournisseur exemplaire, sûr et haut de gamme. Cette stratégie volontariste, qui repose sur la transparence et la rigueur, permettrait à l’huile d’olive marocaine de sortir du segment à bas prix pour conquérir celui de la confiance et de la durabilité.
Ce positionnement aurait également un impact interne. Il permettrait de structurer encore davantage la filière oléicole marocaine, en professionnalisant les petits producteurs, en renforçant les capacités d’analyse et de contrôle, et en améliorant la valorisation des produits en amont. La création de labels d’origine, adossés à des cahiers des charges stricts, permettrait de développer une image forte du « goût marocain » , identifiable et rassurant.
L’enjeu est à la fois économique et diplomatique. Dans un moment où l’Europe tente de sécuriser ses approvisionnements en dehors de ses frontières classiques, et où les questions de souveraineté alimentaire deviennent stratégiques, le Maroc dispose de toutes les cartes pour proposer un partenariat moderne et fiable.
L’huile d’olive, produit identitaire, peut devenir l’emblème d’un nouveau rapport commercial fondé sur l’exigence mutuelle. Pour cela, encore faut-il que le pays structure sa filière dans ce sens, en misant encore plus fort sur le soutien à l’équipement des coopératives, l’accompagnement des producteurs dans les démarches de certification, la création de labels reconnus et la communication ciblée vers les acheteurs européens. Ce virage qualité pourrait être l’atout maître d’une filière qui souffre encore d’un déficit de valorisation sur les marchés extérieurs.
Selon les dernières données du ministère de l’Agriculture, le pays produit entre 150.000 et 200.000 tonnes d’huile d’olive par an, avec des pics à plus de 210.000 tonnes lors des bonnes campagnes. Environ 20% de cette production est orientée vers l’export, soit près de 30.000 à 40.000 tonnes par an, l’Union européenne représentant le principal débouché. Ces exportations génèrent plusieurs centaines de millions de dirhams de recettes annuelles.
Le potentiel de croissance est significatif, notamment si le Maroc parvient à mieux valoriser ses huiles par la certification, la segmentation géographique et l’orientation vers des circuits haut de gamme. À titre comparatif, la Tunisie exporte entre 100.000 et 150.000 tonnes d’huile d’olive par an vers l’UE, avec une image de qualité construite sur plusieurs décennies.
Le Maroc pourrait réduire cet écart via une stratégie de transparence et de montée en gamme. Les filières bio et éthiques progressent fortement. Le Maroc, avec ses terroirs peu industrialisés et ses coopératives familiales, peut jouer cette carte de la durabilité. Enfin, l’internalisation de laboratoires de contrôle et la création d’un portail numérique d’exportation pour les acheteurs européens seraient des leviers puissants pour améliorer la traçabilité et renforcer la confiance.
L’absence de plans de contrôle spécifiques
L’un des points les plus préoccupants soulignés par le rapport est qu’aucun des États membres audités (Espagne, Italie, Grèce, Belgique) n’a mis en place un plan de contrôle spécifique pour les huiles d’olive importées. Ces plans, pourtant requis par la réglementation européenne, devraient prévoir des analyses systématiques en fonction de l’origine des lots, du risque pays, et des précédents en matière de non-conformité.
Leur absence laisse un vide réglementaire dangereux que des pays tiers comme le Maroc pourraient combler stratégiquement en développant de leur côté des procédures d’auto-contrôle robustes et documentées. Une telle démarche anticipative renforcerait leur crédibilité aux yeux des partenaires européens, tout en assurant une meilleure visibilité de la chaîne de production marocaine. Le constat dressé par les auditeurs européens est sans appel. Les systèmes de vérification des importations d’huile d’olive depuis les pays tiers sont à la fois hétérogènes, peu transparents et souvent défaillants.
Dans plusieurs États membres, comme l’Espagne, la Grèce ou la Belgique, les autorités de contrôle ont réalisé un nombre extrêmement limité d’analyses. Ainsi, entre 2018 et 2023, seules trois vérifications ont été menées en Espagne, sept en Belgique, et aucune en Italie sur les huiles d’olive importées. Ce déficit de surveillance concerne notamment les résidus de pesticides, les substances interdites, ainsi que les défauts d’étiquetage ou l’usage de variétés non déclarées.
Dans certains cas, ces non-conformités ont été détectées malgré le faible nombre d’analyses, ce qui laisse présager un niveau de risque plus élevé que ce que les chiffres officiels laissent entendre. Ce manque de contrôle généralisé remet en cause l’efficacité du régime communautaire censé garantir la sécurité alimentaire et la loyauté des transactions commerciales.
Le Maroc figure ainsi parmi les quatre principaux fournisseurs hors UE, derrière la Tunisie (qui assure à elle seule 75% des importations), la Turquie et l’Argentine. Avec une part de 3,5% du marché, le Maroc n’est pas un acteur marginal. Il est un partenaire potentiel majeur, notamment du fait de sa proximité géographique, de la diversité de ses terroirs et de sa capacité à adapter sa production à une demande européenne en mutation.
H.K. / Les Inspirations ÉCO
Source de l’article : LesEco.ma



Laisser un commentaire