Handicap : vers une évaluation rigoureuse des politiques publiques
Le lancement, à Salé, de la troisième Enquête nationale sur le handicap a coïncidé avec l’ouverture de la Semaine nationale dédiée aux droits des personnes en situation de handicap. Cette initiative marque un tournant majeur dans l’évaluation des politiques publiques, avec pour objectif de produire des données précises et fiables afin de renforcer l’inclusion, l’efficacité et la justice sociale.
Une étape majeure pour les politiques publiques en faveur des personnes en situation de handicap a été franchie mercredi à Salé avec le lancement officiel de la 3e Enquête nationale sur le handicap. Initiée par le Secrétariat d’État chargé de l’Insertion sociale et portée par un consortium d’institutions nationales et internationales, cette enquête se veut bien plus qu’un simple exercice statistique, puisqu’elle incarne une volonté politique d’ancrer l’action publique dans des données solides, multidimensionnelles et directement issues du terrain.
La rencontre de lancement s’inscrit dans le cadre de la Semaine nationale des droits des personnes en situation de handicap, un rendez-vous annuel qui vise à sensibiliser l’opinion publique et à renforcer la mobilisation institutionnelle autour des enjeux d’inclusion.
L’évènement a été marqué par la signature d’un mémorandum d’entente (MoU) entre le ministère de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, le Secrétariat d’État chargé de l’Insertion sociale, le Haut‑commissariat au Plan (HCP), l’Observatoire national du développement humain (ONDH) et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP).
Ce cadre institutionnel de coopération vise à encadrer l’ensemble des phases de l’enquête, depuis la préparation et la collecte des données jusqu’à l’analyse, l’exploitation et la valorisation des résultats.
Un outil stratégique pour mesurer l’ampleur et les besoins
Dans son allocution, la ministre de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, Naïma Ben Yahia, a souligné que le lancement de cette enquête traduit un « choix institutionnel fondé sur la volonté de faire de la connaissance précise et des données fiables le socle de la planification des politiques publiques, de l’orientation des programmes, de l’optimisation des ressources et de la convergence des interventions » .
Cette démarche s’inscrit clairement dans une logique de rationalisation et d’efficacité des politiques sociales, en cohérence avec les recommandations internationales et les engagements du Maroc en matière de droits des personnes en situation de handicap.
L’enquête a pour objectif principal de mesurer les taux de prévalence du handicap aux niveaux national et régional, d’identifier les dimensions quantitatives et qualitatives des situations de handicap et leurs différentes manifestations, ainsi que d’évaluer l’accès effectif des personnes en situation de handicap aux services essentiels. Elle doit aussi permettre de dresser un diagnostic des obstacles entravant leur pleine participation à la vie sociale.
Approche multidimensionnelle et exploitation des données
Le secrétaire d’État chargé de l’Insertion sociale, Abdeljabbar Rachidi, a indiqué que l’enquête ne se limite pas à la continuité des processus de collecte déjà engagés (la première enquête nationale datant de 2004 et la seconde de 2014), mais qu’elle traduit « une conscience institutionnelle avancée de la nécessité d’accompagner les transformations » .
Le HCP, représenté par son Haut‑Commissaire Chakib Benmoussa, a fait remarquer que les données issues des recensements généraux de la population et de l’habitat de 2014 et 2024 montrent que le handicap reste un enjeu structurel au Maroc, avec un taux de prévalence estimé à environ 4,8% de la population totale, contre près de 5,1 % en 2014, tout en révélant des disparités territoriales et de fortes différences entre les milieux urbain et rural.
Ces chiffres, a‑t‑il ajouté, confirment l’importance d’aller « au‑delà d’une lecture purement chiffrée vers une analyse plus approfondie des caractéristiques démographiques, sociales et économiques des personnes en situation de handicap » .
Dans ce cadre, le HCP a annoncé la publication, début avril 2026, d’un rapport national sur les caractéristiques démographiques, sociales et économiques de la population, qui abordera également la situation des personnes en situation de handicap, leur accès aux services de base, leur insertion socio‑économique ainsi que les conditions objectivées par l’enquête.
Un partenariat institutionnel fort au service de l’inclusion
L’ONDH, représenté par son président Otmane Gair, a rappelé que cette démarche se veut prospective, territoriale et fondée sur une approche multidimensionnelle qui prend en compte la complexité des phénomènes sociaux ainsi que l’imbrication de leurs dimensions spatiales, économiques et démographiques.
Pour l’Observatoire, l’ambition est de promouvoir une culture de décision publique fondée sur des preuves tangibles et non sur des impressions ou des hypothèses isolées.
Cette vision a été renforcée par la prise de parole de Marielle Sander, représentante du FNUAP au Maroc, qui a salué « un partenariat institutionnel de qualité » et réaffirmé l’engagement du Fonds à accompagner le Royaume dans ce processus, qu’elle a décrit comme essentiel pour bâtir des politiques publiques inclusives, efficaces et respectueuses de la dignité humaine.
Vers une action publique plus intégrée et mieux ciblée
Les experts et décideurs présents ont unanimement souligné que cette enquête constitue un outil stratégique indispensable pour orienter les politiques publiques vers une meilleure intégration des personnes en situation de handicap.
Les données qui en découleront permettront non seulement de mesurer l’impact des programmes existants, mais aussi d’identifier les lacunes, de prévoir les besoins futurs et d’adapter les interventions selon les profils sociodémographiques et territoriaux.
La signature du mémorandum d’entente a été saluée comme un exemple avancé de coopération institutionnelle multipartite, réunissant compétences techniques, capacités méthodologiques et vision politique. Elle pose les bases d’une démarche partagée qui entend faire de la connaissance sociale un pilier central de l’action publique, ce que l’ONDH décrit comme une « culture de la décision fondée sur l’évidence » .
S.N. / Les Inspirations ÉCO
Source de l’article : LesEco.ma



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