GMT+1 : Les Marocains en colère

GMT+1 : Les Marocains en colère

Dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 mars 2026, les Marocains devront à nouveau avancer leurs montres de soixante minutes. À deux heures du matin, le Royaume repassera officiellement à l’horaire GMT+1, marquant la fin de la parenthèse du GMT observée pendant le mois de Ramadan. Un rituel devenu familier depuis l’adoption, en 2018, du décret n°2.18.855 qui a instauré l’heure avancée de manière permanente, avec une suspension temporaire pour ramadan.

Comme chaque année, ce retour à l’heure dite « supplémentaire » ne se limite pas à un simple ajustement technique. Un changement d’heure qui ravive le débat et suscite la critique. Sur les réseaux sociaux, dans les médias et jusqu’au Parlement, la question de l’heure légale divise. Faut-il maintenir le GMT+1 toute l’année, comme le défend le gouvernement au nom de l’efficacité économique ? Ou revenir définitivement au GMT, jugé plus conforme au rythme naturel de la société ?

Un débat récurrent

Le retour temporaire au GMT pendant le ramadan agit désormais comme un révélateur d’un malaise plus profond. À chaque changement d’heure, une grande partie de l’opinion publique exprime un sentiment de soulagement, évoquant une meilleure organisation du temps et un rythme quotidien plus équilibré.

En ce ramadan 2026, la polémique s’est également invitée au Parlement. Le conseiller Khalid Satti, représentant de l’Union nationale du travail au Maroc à la Chambre des conseillers, a interpellé le chef du gouvernement Aziz Akhannouch en appelant à une évaluation globale des effets du maintien du GMT+1 tout au long de l’année.

Dans sa question, l’élu s’est interrogé sur les données scientifiques et économiques sur lesquelles s’est basée cette décision et si une analyse indépendante a été menée concernant ses impacts sur la santé, la scolarité, la productivité ou encore la qualité de vie des citoyens. il s’est également interrogé sur le bilan énergétique et économique réel de cette mesure, et sur la possibilité d’ouvrir un débat national associant experts, institutions et société civile.

Pétition pour « l’heure naturelle » Parallèlement, la contestation s’est organisée en ligne. Une pétition électronique intitulée « Rendez-nous notre heure » a été lancée sur la plateforme Change.org pour réclamer le retour définitif au GMT. En moins de quatre semaines, cette pétition a déjà recueilli plus de 12.490 signatures. Une initiative qui s’est par ailleurs organisée sous l’impulsion d’un mouvement baptisé « La Campagne nationale pour le retour à l’heure légale » .

À travers cette initiative, les signataires dénoncent l’impact du décalage horaire permanent sur la vie quotidienne. Selon eux, l’heure avancée impose aux enfants de se rendre à l’école avant le lever du jour, perturbant leur sommeil et leur humeur. Le texte évoque également des répercussions sur la santé physique et psychologique des citoyens, ainsi que sur leur équilibre familial.

Les initiateurs de la pétition s’appuient notamment sur les travaux de chronobiologie qui soulignent l’importance d’aligner les horaires sociaux sur les cycles naturels de la lumière. Imposer un réveil avant l’aube de manière répétée pourrait, selon eux, provoquer des troubles du sommeil, accroître le stress et fragiliser le système immunitaire, en particulier chez les plus jeunes. Dans cette perspective, le retour à l’heure solaire serait moins un simple choix technique qu’une condition nécessaire pour préserver un mode de vie équilibré et stable.

Une étude qui relance la controverse

Des arguments qui ont été par ailleurs confirmés par une note analytique publiée, en février dernier, par le Centre africain d’études stratégiques et numériques (CAESD). Alimentant la polémique, le document propose l’un des bilans les plus détaillés et les plus « choquants » depuis l’instauration du GMT+1 permanent en 2018.

Selon cette analyse, le maintien de l’heure avancée engendrerait des coûts sociaux et sanitaires mesurables, tandis que ses bénéfices économiques seraient « plus limités » . Le principal avantage identifié réside dans la synchronisation des horaires avec l’Europe, facilitant certaines activités économiques comme l’offshoring ou les échanges commerciaux.

Cependant, l’étude souligne l’absence de preuves empiriques démontrant une réduction durable de la consommation énergétique ou un gain significatif de productivité à l’échelle nationale. Elle estime que la décision relève davantage d’une logique d’opportunité économique que d’une évaluation globale de ses effets sur la société.

Effets sur le sommeil, l’école et la sécurité

Le cœur de l’analyse porte sur l’écart entre l’heure légale et l’heure solaire, particulièrement marqué durant l’hiver. Ce décalage perturbe le rythme biologique d’une large partie de la population et affecte la qualité du sommeil, souligne l’étude. Les élèves et les adolescents seraient les premiers concernés. Leur horloge biologique, naturellement plus tardive, les rend particulièrement sensibles à un réveil précoce dans l’obscurité.

Selon certaines études internationales citées dans la note, vivre à l’ouest d’un fuseau horaire, situation comparable à celle du Maroc avec le GMT+1, pourrait entraîner une perte moyenne d’une vingtaine de minutes de sommeil par nuit. À long terme, cette privation chronique est associée à une augmentation des risques d’obésité, de diabète ou de maladies cardiovasculaires. Elle pourrait également affecter la concentration et les performances scolaires.

Avis médical

Dans une vidéo publiée sur Instagram, Dr Imane Makhloufi, pédiatre qui compte un million de followers, rejoint le mouvement et attire l’attention sur les conséquences de ce décalage horaire sur la santé des enfants. Selon elle, l’adoption du GMT+1 impacte négativement la santé et en particulier celle des enfants en perturbant leur bien être physique et mental.

La spécialiste rappelle que les enfants ont besoin d’un rythme stable et d’un sommeil suffisant pour assurer leur développement, leur concentration et leurs performances scolaires. Pour conclure son plaidoyer, la spécialiste lance un appel direct aux responsables pour « renoncer au GMT+1 et préserver notre santé et celle de nos enfants qui restent une priorité ! » .

Au-delà de l’impact sur la santé, la note du CAESD évoque les implications en matière de sécurité routière. Les déplacements matinaux dans l’obscurité, combinés aux heures de pointe, pourraient accroître les risques d’accidents, en particulier pour les piétons et les usagers de deux-roues.

L’argument énergétique

L’un des principaux arguments avancés lors de l’adoption du GMT+1 permanent concernait les économies d’énergie. Or, selon l’analyse du CAESD, les expériences internationales tendent à relativiser cet effet. Dans les pays au climat chaud, le coucher tardif du soleil pourrait au contraire favoriser une utilisation accrue de la climatisation en soirée, compensant les économies réalisées sur l’éclairage matinal.

Plusieurs études menées à l’étranger n’ont ainsi pas mis en évidence de réduction significative de la consommation électrique liée au maintien de l’heure d’été. Pour les auteurs de la note, la question de l’heure légale dépasse largement l’organisation administrative du temps. Elle touche à l’équilibre entre plusieurs dimensions : santé publique, organisation du travail, performances éducatives, sécurité routière et intégration économique internationale.

Le choix du GMT+1 permanent représenterait ainsi un arbitrage entre deux logiques : d’un côté, un meilleur alignement avec les partenaires économiques européens ; de l’autre, un décalage potentiel avec les rythmes biologiques et sociaux de la population.

Débat public

Dans ce contexte déjà animé, le débat s’est structuré ces derniers jours avec le lancement d’une campagne nationale en faveur du retour à l’heure légale. Dans un communiqué publié le 10 mars, ses initiateurs annoncent vouloir ouvrir un « débat public responsable » sur l’adoption permanente de l’heure supplémentaire au Maroc.

La campagne appelle chercheurs, médecins, éducateurs et acteurs de la société civile à contribuer à une discussion fondée sur des données scientifiques et une évaluation objective des impacts sociaux et économiques.

Source de l’article : lobservateur.info

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