Football : comment la CAN marque le coup d’envoi d’une nouvelle ère marocaine

La France black, blanc, beur de la Coupe du monde 1998 n’a pas duré longtemps mais elle a marqué une génération. Les exemples passés rappellent que, le temps d’une compétition à domicile réussie, le football peut faire société. C’est une union nationale comparable qui rassemble le peuple marocain depuis le match d’ouverture remporté le 21 décembre et se prolongera tard la nuit prochaine si les joueurs de Walid Regragui triomphent du Sénégal au stade Prince-Moulay-Abdallah de Rabat (20 heures, M6 et beIN Sports). L’endroit est idéal : à la Coupe d’Afrique des nations, le pays organisateur a remporté le trophée onze fois en trente-quatre éditions.

L’historien Pierre Vermeren parle d’une « mobilisation patriotique » au sein d’une société minée par les inégalités sociales. « Le football fait partie, au même titre que le TGV, des symboles qui permettent de se dire un pays normal, ajoute le spécialiste de l’Afrique du nord et auteur de plusieurs ouvrages sur le Maroc. Afficher cette modernité aux yeux de l’Occident est très important pour la monarchie. » Un symbole pratique pour un régime qui, traditionnellement, s’exprime peu. Ainsi, la présence au stade du futur roi Hassan III a été vue comme un moyen de préparer le pays à la succession.

C’est l’image qui a marqué Leïla Slimani, présente ce jour-là dans l’enceinte. « Le voir sur le terrain, sous la pluie, prendre le temps de parler aux joueurs, c’est sans précédent » , pose l’écrivaine franco-marocaine, par ailleurs subjuguée par la fluidité de l’organisation et la chaleur de l’accueil local : « Cela a dépassé mes espérances. Tant dans le stade que dans les rues, l’atmosphère était vibrante. On pouvait voir les Soudanais se balader en musique, les gens participer et même la police applaudir. Ou encore des Marocains et des Algériens se prendre dans les bras, sur le mode » on est des frères « , alors même que le contexte géopolitique est difficile. »

Source de l’article : La Tribune