Fondateur de Myotec, ce Marseillais veut faire de l’électrostimulation un standard mondial

À 35 ans, Sophien Boustani avance vite, parle vite, pense encore plus vite. Entrepreneur marseillais, fondateur de Myotec, une entreprise fondée en 2016 et spécialisée dans les salles de sport utilisant l’électrostimulation, une technologie qui provoque la contraction musculaire grâce à de faibles impulsions électriques, il porte dans le regard une intensité forgée par les coups, les chutes et la persévérance. Aujourd’hui, son objectif est clair : faire de l’électrostimulation sportive un standard mondial.

Grandir vite, dans un quartier rude

Sophien Boustani a grandi à La Villette, dans le 3ᵉ arrondissement de Marseille. « J’y ai passé vingt ans » , glisse-t-il simplement. Scolarisé au collège Versailles, l’un des premiers établissements classés ZEP en France, très tôt, le sport devient un exutoire.

Hyperactif, il est inscrit à de nombreuses disciplines pour canaliser une énergie débordante. Après les sports collectifs, il se tourne vers les arts martiaux. Combat, la discipline, le dépassement de soi, une vraie découverte.

Le silence, puis la parole

La vie ne l’épargne pas. Ses parents divorcent alors qu’il n’a que trois ans. À l’adolescence, un bégaiement s’installe. « J’étais déjà très renfermé sur moi-même, ça n’a pas aidé » , confie-t-il. Aujourd’hui, l’assurance est là, la parole fluide. Mais ce chemin-là ne fut ni simple, ni linéaire. Bon élève, il développe très jeune une appétence pour l’informatique. Il répare des ordinateurs, bidouille, apprend seul. « Je gagnais de l’argent en réparant des PC et en téléchargeant des vidéos illégalement » , sourit-il, conscient du paradoxe. Déjà, l’indépendance financière l’attire. Déjà, l’idée d’entreprendre s’impose.

Cette vocation n’est pourtant pas soutenue par son entourage. « Ma mère ne me parlait plus, j’ai divorcé, mes amis d’enfance m’ont tourné le dos. » Des phrases blessantes, des doutes projetés sur lui. Mais Sophien Boustani a une conviction chevillée au corps : « Le sacrifice est une étape obligatoire dans la vie. » Entre 18 et 22 ans, il s’engage dans une carrière en boxe thaïlandaise. Le combat, encore. Puis la paternité arrive, bouleversant ses priorités. Il devient père d’une fille et choisit de passer semi-professionnel pour pouvoir être présent. En parallèle, il travaille comme bagagiste à l’aéroport de Marignane. C’est là que tout bascule.

La chute qui change tout

En 2013, un accident du travail met un coup d’arrêt brutal à sa trajectoire sportive. Des bagages mal arrimés chutent. Par réflexe, il saute de la soute arrière et s’écrase lourdement sur le coude. « Pour quelqu’un de très sportif, ça a été extrêmement dur. » Le corps lâche, mais l’esprit reste en mouvement.

La rééducation devient un tournant. Il découvre alors l’électrostimulation, une technologie venue d’Allemagne. Le principe l’intrigue, le potentiel le fascine. Il se rend sur place, rencontre des fournisseurs, s’informe. L’idée de Myotec prend forme.

Créer son entreprise à 26 ans sans réseau financier solide relève du parcours du combattant. Les banques refusent. Trop jeune, trop risqué. Il lève des fonds, enchaîne les rendez-vous, s’expose. « J’étais complètement à nu » , dit-il sans détour. Le soutien de Pays d’Aix Initiatives finit par faire basculer la décision bancaire.

De la première salle à l’international

Il ouvre son premier club à Aix-en-Provence en septembre 2016. Le succès est rapide, mais la rentabilité tarde. Sophien multiplie alors les concours, les pitchs, les dossiers. En 2017, le grand prix national du concours Talents des Cités marque un tournant. L’entreprise se développe, se déploie à Londres, au Maroc, et même en Suisse.

Puis le Covid frappe. Les salles ferment. La société ne bénéficie que de peu d’aides, son statut hybride la laissant en marge des dispositifs classiques. Sophien repart au combat. Il part à Dubaï, observe un marché où l’électrostimulation est déjà ancrée dans les usages. Il pivote et devient franchiseur.

Le pari américain

Aujourd’hui, Myotec continue de se structurer, portée par une ambition internationale. La récente learning expedition remportée grâce à l’association Les Déterminés ouvre les portes des États-Unis, un marché colossal où l’électrostimulation n’est autorisée que depuis 2022. « Tout est à construire » , résume-t-il. Et c’est précisément ce qui l’anime.

Sophien Boustani ne dissocie pas sa vie de son entreprise. « Je dors Myotec, je mange Myotec. » Mais au-delà du business, il porte une autre ambition : inspirer. Montrer que l’origine sociale, les accidents de parcours, les regards sceptiques ne sont pas des freins définitifs. « Ou ça passe, ou ça casse. Tant pis. » Chez lui, ce n’est pas de la provocation. C’est une ligne de vie.

Source de l’article : La Provence