Financement, transparence, libertés : La CDT réclame un nouveau cadre pour la société civile

La question de la valorisation des initiatives de la société civile a refait surface à la Chambre des conseillers, où le groupe de la Confédération démocratique du travail (CDT) a appelé le gouvernement à dépasser les discours pour instaurer des mécanismes concrets, équitables et transparents. Pour la formation syndicale, l’enjeu dépasse le simple soutien associatif : il touche au cœur même de la maturité démocratique du pays et à la crédibilité de l’État dans l’implication effective des citoyennes et des citoyens dans la gestion des affaires publiques.

Dans une réplique adressée au ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, le coordinateur du groupe, Lahcen Nazihi, a souligné que, si la réponse gouvernementale a présenté une image globalement positive de la réalité de la société civile marocaine et des efforts consentis pour l’accompagner, cette représentation demeure, selon lui, largement en décalage avec la réalité du terrain. « Cette image ne reflète pas avec précision la pratique quotidienne ni les défis réels auxquels sont confrontées les actrices et acteurs de la société civile » , a-t-il estimé, mettant particulièrement l’accent sur les difficultés rencontrées par les associations sérieuses, indépendantes et disposant d’un véritable ancrage social.

Le groupe CDT insiste sur un point central : la valorisation effective des initiatives citoyennes ne peut se limiter à des déclarations de principe ou à l’énumération de chiffres globaux. Elle suppose, au contraire, l’adoption de politiques publiques claires, justes et transparentes, capables de garantir l’égalité des chances entre les associations. À défaut, prévient-il, la relation entre l’administration et la société civile continuera d’être marquée par « la sélection arbitraire et le clientélisme » , une logique que le groupe considère toujours à l’œuvre dans une partie des pratiques administratives.

La Confédération démocratique du travail rappelle, par ailleurs, que la société civile joue aujourd’hui un rôle structurant, parfois même compensatoire face aux insuffisances de l’action publique dans plusieurs domaines sociaux essentiels. Lutte contre la précarité, encadrement social, défense des droits économiques et sociaux, soutien aux catégories vulnérables ou encore contribution au développement local : autant de missions assumées par le tissu associatif. Pourtant, constate le groupe parlementaire, nombre de ces initiatives se heurtent encore à la marginalisation, à la complexité des procédures administratives ou à l’insuffisance des moyens financiers.

C’est dans ce contexte que Lahcen Nazihi a interrogé la pertinence de tout discours sur la valorisation des initiatives associatives en l’absence d’une évaluation objective et indépendante de leur impact social. Il a également soulevé les obstacles structurels freinant l’action associative, notamment la fragilité des mécanismes de financement, les retards dans le décaissement des subventions publiques et l’absence de protection juridique claire pour les acteurs du monde associatif.

Face à ces constats, le groupe CDT appelle à un changement de paradigme. Il exhorte le gouvernement à abandonner une approche fondée sur l’ « autonomisation conjoncturelle » au profit d’un véritable partenariat stratégique avec la société civile. Un partenariat qui reposerait sur la clarté des règles, l’indépendance des acteurs et le principe de la reddition des comptes, loin de toute logique d’allégeance ou de proximité administrative. Pour la formation syndicale, la valorisation des initiatives citoyennes reste également indissociable de l’élargissement des libertés publiques et de la garantie effective de la liberté d’organisation.

Dans le même esprit, la Confédération démocratique du travail plaide pour l’instauration d’un cadre national unifié, transparent et lisible de soutien et de financement des initiatives de la société civile. Elle réclame aussi une implication réelle et effective des associations sérieuses dans les différentes phases d’élaboration, de suivi et d’évaluation des politiques publiques. Le groupe insiste, en outre, sur la nécessité de reconnaître pleinement le rôle critique de la société civile, sans la cantonner à des fonctions purement exécutives ou caritatives, et de lier toute démarche de valorisation à la réalisation de la justice sociale et territoriale, plutôt qu’à de simples approches techniques. « La société civile n’est ni un décor démocratique ni un outil de communication politique » , affirme le groupe, qui la considère comme un partenaire central dans la construction d’un Maroc fondé sur la démocratie, la dignité et la justice sociale. Une ambition qui, selon lui, exige une volonté politique réelle, capable de traduire les engagements en actions concrètes.

Le groupe a également attiré l’attention sur la situation particulière des associations opérant en milieu rural. Celles-ci font face à des contraintes multiples : faiblesse des financements, difficultés d’accès aux sources de soutien, manque de formation et d’accompagnement technique, fragilité des infrastructures et insuffisance de la coordination avec les acteurs locaux. Autant de facteurs qui entravent la mise en œuvre de projets de développement, alors même que ces associations jouent un rôle clé dans l’animation et le développement des territoires ruraux.

En réponse à ces différentes interventions, le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, Mustapha Baitas, a affirmé partager avec les intervenants les mêmes valeurs quant à la reconnaissance du rôle de la société civile. Il a rappelé que le Maroc compte aujourd’hui plus de 400.000 associations, formant un tissu associatif dynamique et actif, engagé dans des actions qu’il a qualifiées de « louables » et contribuant de manière significative au développement.

Le responsable gouvernemental a indiqué que les problématiques soulevées font l’objet d’une attention soutenue au sein de son département. Il a précisé qu’un projet de nouveau décret est actuellement en cours d’élaboration afin d’encadrer et d’organiser le partenariat entre l’État et la société civile, en remplacement de la circulaire du Premier ministre qui fait office de référence jusqu’à présent. Ce chantier, a-t-il ajouté, s’inscrit dans le cadre d’un dialogue avec les partenaires et les secteurs concernés.

Selon Mustapha Baitas, le futur décret devrait répondre à plusieurs interrogations majeures, en particulier celle de la démocratisation de l’accès au financement public. Il a souligné que les rapports de partenariat des dernières années font état de l’allocation de montants compris entre 12 et 13 milliards de dirhams tous les deux ans au profit des projets associatifs. Un volume financier conséquent qui, selon lui, impose un renforcement des mécanismes de suivi et d’évaluation, ainsi que la mise en place de canaux d’accès clairs, de plateformes électroniques dédiées et de délais précis, afin de garantir la transparence et l’égalité des chances.

Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc