Finale de la CAN 2025 : duel suprême entre le Maroc et le Sénégal
Dimanche soir à Rabat, le football africain aura la finale qu’il attendait. Le Maroc, porté par son public et en quête d’un sacre qui lui échappe depuis 1976, face au Sénégal, référence continentale et multi-finaliste. Deux parcours sans faute, deux philosophies, un seul trophée
Dimanche 18 janvier à 20 heures, le stade Prince Moulay Abdellah de Rabat accueillera la finale de la 35e Coupe d’Afrique des nations. Une affiche que tout le continent attendait : le Maroc, pays hôte en pleine ascension, face au Sénégal, référence continentale depuis près d’une décennie. Deux géants, deux philosophies, une seule couronne.
Cette finale était annoncée dès les premiers jours du tournoi. Elle s’est réalisée sans accroc. Dans une compétition souvent propice aux surprises et aux renversements de hiérarchie, les deux grands favoris ont tenu leur rang jusqu’au bout. Le football africain s’organise désormais autour de cycles longs et structurés. Cette finale en est la démonstration.
Deux légitimités distinctes, une même ambition
Le Sénégal n’arrive pas en terre inconnue. Les Lions de la Teranga ont été champions d’Afrique après leur victoire face à l’Égypte lors de la CAN 2021, disputée au Cameroun en 2022. La CAN 2023, organisée et jouée en Côte d’Ivoire en 2024, a vu le pays hôte soulever le trophée, interrompant la dynamique sénégalaise sans l’invalider. Depuis l’instauration du format à 24 équipes en 2019, le Sénégal demeure la seule nation africaine à atteindre trois finales. Une constance récente sans équivalent sur le continent.
Le Maroc écrit une autre histoire. Sacré une seule fois, en 1976, finaliste malheureux en 2004, le pays hôte poursuit une quête de réconciliation avec son palmarès continental. Longtemps perçue comme une sélection talentueuse mais incapable de concrétiser en tournoi majeur, l’équipe marocaine a changé de statut depuis la Coupe du monde 2022. Première nation africaine à atteindre une demi-finale mondiale, elle est passée du rang d’outsider ambitieux à celui de puissance installée à l’échelle internationale. Il lui manque désormais la consécration africaine pour parachever ce cycle.
Cette finale oppose donc deux trajectoires qui se croisent : le Sénégal, puissance continentale stabilisée, et le Maroc, puissance ascendante en quête du titre qui lui échappe encore.
Deux parcours maîtrisés de bout en bout
Le chemin des deux finalistes illustre leur domination sur ce tournoi.
Le Sénégal a traversé la compétition avec une impression de contrôle permanent. Premier de son groupe, vainqueur du Soudan en huitièmes puis du Mali en quarts, il a écarté l’Égypte en demi-finale sur le plus petit des scores, grâce à un but de Sadio Mané. Une équipe capable de décider sans jamais s’exposer. Avec douze buts inscrits et seulement deux encaissés, les Lions de la Teranga affichent l’un des bilans les plus complets du tournoi, alliant efficacité offensive et solidité défensive.
Le Maroc a emprunté un chemin différent mais tout aussi maîtrisé. Une phase de groupes progressivement dominée, une montée en puissance face à la Tanzanie puis au Cameroun, avant une demi-finale haletante contre le Nigeria, arrachée aux tirs au but après 120 minutes d’un match fermé. Un chiffre résume la performance marocaine : aucun but encaissé dans le jeu depuis le début de la compétition. Un seul but concédé, sur penalty. L’une des meilleures performances défensives de l’histoire récente de la CAN.
Fait notable : malgré leur statut commun de grandes nations africaines, le Maroc et le Sénégal ne s’étaient jamais affrontés en phase finale de Coupe d’Afrique des nations. Cette finale constitue donc une première historique.
Le choc de deux philosophies assumées
Sur le plan tactique, cette finale cristallise une opposition de doctrines clairement identifiées.
Le Maroc de Walid Regragui a bâti son succès sur une organisation défensive d’une rare densité. Bloc compact, fermeture systématique de l’axe, gestion mesurée du pressing, patience dans la récupération. Une équipe qui accepte de concéder la possession pour mieux contrôler les espaces et frapper en transition. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : moins de trois tirs concédés par match en moyenne, une domination nette dans les duels défensifs, un volume élevé d’interceptions dans sa propre moitié de terrain.
Le Sénégal privilégie l’approche inverse. La possession — supérieure à 62 % en moyenne — constitue un outil stratégique destiné à asphyxier l’adversaire avant d’accélérer brutalement dans les trente derniers mètres. Changements d’aile rapides, projections des milieux, verticalité assumée dans le dernier geste. Un arsenal offensif qui génère davantage d’occasions franches et une proportion de tirs cadrés supérieure à celle observée côté marocain.
Le Maroc a toutefois enrichi son registre depuis les quarts de finale. Les transitions se sont accélérées, la projection vers l’avant est devenue plus immédiate, la précision technique dans le dernier tiers du terrain témoigne d’une équipe capable de garder sa lucidité sous pression maximale. Les Lions de l’Atlas, forts d’un collectif soudé au mental impressionnant, ne se contenteront pas de subir.
Des équilibres fragilisés à la marge
Le Sénégal aborde cette finale diminué par deux suspensions majeures. Le capitaine Kalidou Koulibaly et le milieu Habib Diarra manqueront ce rendez-vous décisif. Le sélectionneur Pape Thiaw devra réorganiser son axe défensif et son entrejeu. Ces absences pèsent symboliquement, même si la profondeur du banc sénégalais limite le risque de déséquilibre structurel.
Le Maroc, de son côté, dispose de l’intégralité de son groupe, mais sort d’une demi-finale longue et éprouvante, tant physiquement que mentalement. Cent vingt minutes dans les jambes, puis une séance de tirs au but sous haute tension. Le Sénégal, victorieux de l’Égypte dans le temps réglementaire, a bénéficié d’un temps de récupération supérieur. Un élément non négligeable à ce stade de la compétition.
Les hommes qui peuvent faire basculer la finale
Dans les buts, Yassine Bounou réalise un tournoi exceptionnel. Cinq clean sheets et un rôle décisif lors de la séance de tirs au but face au Nigeria. En face, Édouard Mendy apporte l’expérience des sommets européens et la maîtrise émotionnelle des grands rendez-vous.
Sur le flanc droit marocain, Achraf Hakimi incarne à la fois le moteur tactique et le leader émotionnel d’une équipe portée par son public. Défenseur, passeur, meneur d’hommes. Dans la cage adverse, Sadio Mané reste l’un des rares joueurs capables de faire basculer une finale sur une action isolée. Son but face à l’Égypte en demi-finale a rappelé sa capacité à surgir dans les moments décisifs.
Plus haut sur le terrain, Brahim Díaz se présente comme l’un des enjeux individuels de la soirée. Meilleur buteur du tournoi avec cinq réalisations, il n’est qu’à une unité du record national détenu par Ahmed Faras. Marquer en finale reviendrait à inscrire son nom dans une lignée historique longtemps figée.
Une finale ouverte, sans favori désigné
À Rabat, le Maroc bénéficiera d’un soutien populaire massif dans une enceinte acquise à sa cause. Cet avantage psychologique a porté les Lions de l’Atlas tout au long du tournoi. Chaque match à domicile s’est transformé en communion nationale. Le Sénégal oppose à cette ferveur une expérience des finales et une stabilité collective forgées sur plusieurs cycles. Les Lions de la Teranga savent ce que signifie jouer un titre continental. Ils l’ont déjà fait, et ils l’ont déjà gagné.
Les statistiques, les dynamiques et les contextes convergent vers une même conclusion : cette finale ne se jouera pas sur la domination, mais sur le détail. Une erreur individuelle, un coup de pied arrêté, un éclair de génie suffiront à faire basculer le trophée d’un côté ou de l’autre.
Pour le Maroc, un sacre mettrait fin à près d’un demi-siècle d’attente et consacrerait définitivement une génération déjà entrée dans l’histoire mondiale. Pour le Sénégal, une deuxième étoile confirmerait son statut de référence structurelle du football africain contemporain.
Dimanche soir, à Rabat, l’un des deux imposera son récit au continent. L’autre devra patienter, conscient d’avoir, une fois encore, évolué au sommet de la hiérarchie africaine.
Source de l’article : Le Desk



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