Fidélité(s) ou la Panenka d’Hakimi : Une histoire entre deux mondes

Fidélité(s) ou la Panenka d’Hakimi : Une histoire entre deux mondes

Ali Esmili (Mimoun et Zatopek) et l’autrice comédienne Mona El Yafi (Ma nuit à Beyrouth) forment une bonne équipe (Anouk et moi). S’ils s’inspirent de l’histoire d’Achraf Hakimi, footballeur international hispano-marocain qui a permis à l’équipe nationale du Maroc de se retrouver en demi-finale de la coupe du Monde de 2022, leur spectacle Fidélité(s) ou la Panenka d’Hakimi se déroule dans une famille franco-marocaine. Au centre, leur fille Lila, jeune prodige du ballon rond. « Tu es la première à mettre de la politique au bout de tes crampons. » Le dilemme de Lila est celui de bien des enfants nés dans un pays mais dont les racines sont ailleurs. Considérés des deux côtés comme venant d’autre part, leur place est souvent instable voire fragile. À seize ans, en pleine crise d’adolescence, Lila comprend qu’à la différence de son ballon, le monde n’est pas si simple.

Si cette graine de championne veut faire carrière, elle doit choisir entre les deux pays de son cœur. Celui où elle est née et a grandi, ou celui qu’elle ne connaît que de loin à travers les traditions familiales. Perdue dans ses repères, dans une rage non contenue, elle se demande où est vraiment sa place. On suit son cheminement et son parcours. Ayant fait son choix, l’adulte Lila a trouvé sa réponse avec une belle carrière au Maroc. Elle reste une étrangère ici et là-bas, mais c’est ici qu’elle a grandi et s’est forgée.

Un vaste champ d’exploration

Cette idée de composer au féminin ce rapport footballistique à l’identité est de prime abord très séduisant. Mais n’abordant pas vraiment la place d’une femme dans ce monde d’hommes, comme dans la société musulmane, et abordant trop de sujets – les rapports aux parents, leurs liens avec leur pays d’origine, leur quotidien, l’histoire de l’immigration maghrébine –, l’autrice se prend les pieds dans le filet. C’est dommage, tous les sujets abordés offrent de belles réflexions sur ce que la société a fait, ou n’a pas fait, de ces exilés et de leur descendance.

Une mise en scène poétique

Tout le premier acte se passe en bord de scène, devant un rideau de tulle, qui représente le salon des parents de Lila. Celui-ci est éternellement en travaux, comme si cette famille ne parvenait pas à faire des choix et à trouver définitivement son ancrage. Mais cela réduit considérablement le champ d’exposition des personnages.

Puis l’espace va s’agrandir, offrant un terrain de jeu plus aéré. Le spectacle prend alors un beau rythme autour du deuil du grand-père, symbole pour Lila de ce choix à faire. Pour le dernier tableau, on retrouve le salon après la mort des parents. Il faut à nouveau décider : vendre la maison, comme le voudrait le grand frère, ou la garder, comme le souhaite Lila pour assumer enfin cette double appartenance.

Une pièce chorale

Par sa construction narrative – des histoires qui s’entrecroisent, se superposent – comme par sa mise en scène, cette pièce chorale est dans la veine de celles d’Alexis Michalik ou d’Aïda Asgharzadeh. On retrouve d’ailleurs le remarquable Azize Kabouche (Les poupées Persanes, La main de Leila) dans le rôle du père, et la délicate Ysmahane Yaqini (Passeport) dans celui de Lila adulte. Fejria Deliba est bouleversante dans le personnage de la mère. Ali Esmili irréfutable en grand frère qui n’a su dire son échec. Saffiya Laabab s’est emparée, avec toute la rage et l’intransigeance de l’adolescente, des troubles que traverse Lila. Leurs interprétations constituent l’ossature solide du spectacle.

Fidélité(s) ou la Panenka d’Hakimi, de Mona El Yafi

Théâtre Gérard Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis

Du 11 au 21 mars 2026.

Durée 1h30.

Tournée 2026

27 mars 2026 – Théâtre de la Manekine

8 au 25 avril 2026 – Instituts Français au Maroc

Source de l’article : coupsdoeil.fr

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