Feurat Alani, prix Albert-Londres, invité de la librairie Apostrophe

Feurat Alani, prix Albert-Londres, invité de la librairie Apostrophe

Culture. Feurat Alani, journaliste, grand reporter et écrivain, était l’invité de la librairie Apostrophe, jeudi 26 février. L’homme, qui a reçu en 2019 l’équivalent d’un Nobel pour son roman d’enquête illustré « Le parfum d’Irak » , est venu présenter son dernier ouvrage.

Il était l’invité de James Hugueny et Gérard Meudal au sein de la librairie Apostrophe, pleine, comme à l’accoutumée, jeudi 26 février. Feurat Alani est un phénomène peu banal, celui du journalisme, d’abord. Né en France en 1980 de parents irakiens réfugiés politiques (son père, Amir Alani, était opposant politique à Saddam Hussein), « l’enfant d’Irak » se sent « le marginalisé des marginalisés » . L’Irak n’avait pas de passif colonial, une diaspora d’à peine 2 000 âmes sur toute la France : « Je ne ressemblais à personne » . Feurat Alani se lance en journalisme comme on part au combat en 2003, après avoir découvert les bombardements américains en Irak à la télévision. Étudiant, ces images accélèrent son départ pour Bagdad où il réalise ses premiers reportages en immersion dans sa famille. Il devient alors correspondant pour I-Télé, Ouest France, La Croix, Le Point… Rentré à Paris, il collabore avec Canal + depuis l’Irak, les Etats-Unis, l’Egypte, l’Algérie, le Maroc. Il réalise une enquête « Irak: les enfants sacrifiés de Fallujah » , sur les conséquences de l’usage massif de bombes à l’uranium appauvri. Il a régulièrement collaboré avec le journal Le Monde diplomatique et le magazine Géo. Depuis 2012, il est fidèle à Arte Reportage et Arte Regards, pour qui il se rend en Afghanistan, en Libye, dans la bande de Gaza, et depuis 2021, sollicité par Mediapart pour des enquêtes au long cours. Feurat Alani s’interroge constamment dans son travail sur « Pour qui travaillent les journalistes ? » Mais jeudi 26 février, à Chaumont, c’est le romancier qui est venu parler de lui.

Des Irakiennes instruites qui fument la clope « Je suis en perpétuel questionnement. C’est une forme de quête que je ne parviens pas à formuler. J’ai besoin de mettre la lumière sur les oubliés, quels qu’ils soient. Réfugié, je me suis senti oublié. Mais j’ai trouvé des limites dans l’écriture journalistique. Je fouille constamment, je flaire l’air comme un chien, et j’imagine ce qu’il peut se passer. » Dans son dernier roman « Le ciel est immense » , Feurat Alani fouille justement, creuse et déterre une histoire vraie, familiale, intimement liée à l’histoire de l’Irak : celle d’un oncle, pilote d’exception, envoyé par l’armée de l’air pour être formé en URSS, et disparu en 1974, entre Bagdad et Krasnodar. De lui ne reste qu’une photo enfouie sous une montagne de secrets. « Toutes les familles ont un secret. Faut-il les déterrer ? Là est la question. J’ai tenté une exploration du secret. Dans ma famille, il n’est pas honteux. Alors pourquoi cette légende familiale, avec ce beau grand héros de guerre dont on ne parle pas ? Il y avait forcément autre chose, un souterrain. Les silences, ça se transmet aux générations, ça hurle. J’ai pour ma part une obsession pour la vérité. C’est sans doute pour ça que je suis devenu journaliste. » « Le ciel est immense » devient dès lors une odyssée brillante, haletante, nostalgique voire de science-fiction pour les profanes des jours heureux en golfe persique. On y croise des femmes dans l’Irak des années 50-60, libres, instruites, créant des cercles littéraires et fumant la clope…

Elise Sylvestre

[email protected]

Lauréat du prix Albert-Londres

Le prix Albert-Londres, créé en 1932, couronne chaque année, à la date d’anniversaire de la mort d’Albert Londres, les meilleurs grands reporters francophones. Récompense d’excellence dans le domaine du journalisme, il est considéré parmi les plus prestigieux du monde, l’équivalent d’un prix Nobel, inexistant pour le journalisme. Il est également régulièrement considéré comme une sorte de prix Goncourt du journalisme ou encore comparé au prix Pulitzer américain. À partir de 1985, le prix se décline en deux catégories : prix de la presse écrite, celui créé à l’origine, et prix de l’audiovisuel. À partir de 2017, s’ajoute une troisième catégorie, le prix du livre.

Source de l’article : JHM

Laisser un commentaire