Fès : Un programme intégré pour désengorger durablement l’école publique

À Fès, la pose de la première pierre du pôle scolaire intégré de Bensouda, dans le quartier d’El Merja (préfecture de Zouagha), dépasse largement la symbolique d’un nouveau chantier éducatif.

Elle s’inscrit dans une réponse structurelle à une équation devenue critique : absorber la pression démographique, résorber l’encombrement chronique des classes et rapprocher l’offre scolaire des bassins de vie, dans une agglomération en pleine mutation urbaine. Dans une région où l’adéquation entre croissance urbaine et capacités d’accueil des établissements scolaires reste un défi permanent, l’Académie régionale de l’éducation et de la formation (AREF) de Fès-Meknès accélère le déploiement de son programme 2026-2027 dédié à la lutte contre la surcharge scolaire. Le lancement officiel de ce pôle intégré, sous l’impulsion directe du directeur de l’Académie, s’inscrit dans cette dynamique volontariste de rattrapage et d’anticipation.

Le projet se distingue par sa conception intégrée. Regroupant une école primaire, un collège et un lycée qualifiant, le futur pôle de Bensouda vise à fluidifier les parcours scolaires tout en allégeant la pression exercée sur les établissements environnants, souvent confrontés à des effectifs pléthoriques et à des conditions d’enseignement dégradées. Cette approche, de plus en plus privilégiée par les autorités éducatives, répond à un double impératif : continuité pédagogique et rationalisation de l’investissement public. Avec une enveloppe globale de 23 millions de dirhams, le chantier illustre une orientation budgétaire ciblée, articulée autour de l’équité territoriale et de l’amélioration concrète des conditions de scolarisation. En concentrant l’effort dans des quartiers à forte densité démographique, l’Académie cherche à corriger des déséquilibres accumulés au fil des années, tout en limitant les coûts sociaux induits par l’éloignement des établissements scolaires.

Sur le terrain, l’initiative est perçue comme un tournant. Pour de nombreuses familles d’El Merja, l’accès à l’école s’était progressivement transformé en contrainte quotidienne. « Les enfants devaient parcourir de longues distances pour rejoindre des établissements saturés » , confie Ahmed, père de deux élèves. « Ce projet était attendu depuis longtemps. Il traduit enfin une prise en compte des réalités des quartiers populaires » . Même son de cloche chez Nadia, habitante du quartier, pour qui l’enjeu dépasse la simple infrastructure : « Construire une école, c’est investir dans l’avenir et redonner confiance dans l’école publique » . Au-delà des témoignages, le pôle scolaire intégré de Bensouda répond à une problématique de fond. L’expansion urbaine rapide de certains quartiers de Fès a longtemps devancé l’offre éducative, accentuant les risques de décrochage scolaire et les inégalités d’accès. En rapprochant l’école des lieux de résidence, le projet contribue à réduire les déplacements contraignants, à stabiliser les parcours éducatifs et à créer un environnement d’apprentissage plus propice. « C’est une reconnaissance pour El Merja, souvent relégué au second plan » , souligne Laarbi, résident de longue date. À travers ce chantier, l’AREF Fès-Meknès confirme une orientation stratégique assumée : faire de l’école publique un levier central de justice sociale et de cohésion territoriale. La multiplication des projets de construction et de réhabilitation d’établissements accompagne les mutations urbaines tout en plaçant l’élève au cœur de l’action publique.

À El Merja, les fondations qui émergent aujourd’hui portent déjà une promesse tangible : celle d’une école plus proche, plus accessible et plus digne. Une école qui ne subit plus la croissance de la ville, mais qui l’anticipe, afin d’offrir à chaque élève des conditions d’apprentissage à la mesure de ses ambitions.

Y.S.A

Source de l’article : L'Economiste