Exclusif. Amina Benkhadra : « A ce jour, 379 puits d’exploration ont été forés sur le territoire marocain, dont 47 en offshore »

Amina Benkhadra

Directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM)

Sollicitée par Les Inspirations ÉCO, Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), dresse un état des lieux détaillé du paysage gazier marocain, marqué par des zones de production établies, des projets structurants en développement et un potentiel encore largement sous-exploré. Du bassin du Gharb à celui d’Essaouira, en passant par le projet stratégique de Tendrara et les perspectives offshores atlantiques, le Maroc affine sa stratégie d’exploration gazière. La DG de l’ONHYM revient également sur les acteurs engagés, les programmes en cours, les licences en négociation et les avancées du gazoduc Nigéria-Maroc, appelé à renforcer la sécurité énergétique régionale.

Quelle est la cartographie actuelle du paysage gazier au Maroc ?

En termes de gisements déjà exploités, le bassin du Gharb, situé au nord de Rabat, constitue une région productrice de gaz depuis plusieurs décennies. Il s’agit d’un gaz biogénique qui alimente de nombreux industriels dans la région de Kénitra. Nos partenaires y ont mis en évidence plusieurs découvertes commerciales de gaz. Les nombreux gisements de petite taille et peu profonds découverts à ce jour se sont révélés rentables grâce à l’étendue du réseau de gazoducs et à la forte demande industrielle locale, notamment dans les secteurs de l’automobile, de la papeterie et des matériaux de construction.

La région d’Essaouira constitue également une zone productrice, notamment avec le gisement de Meskala, dont le gaz et le condensat associé sont fournis aux usines de séchage et de calcination de l’Office chérifien des phosphates (OCP). Le bassin d’Essaouira onshore produit du gaz et du condensat à partir du Trias depuis les années 1980, ainsi que du pétrole qui a été produit à partir du Jurassique depuis les années 1970.

Le gaz produit est vendu à OCP pour alimenter le centre minier de Youssoufia. Les dernières activités de forage dans ce bassin ont révélé des accumulations de gaz, dont le potentiel est en cours d’évaluation. En complément de ces deux zones de production, le développement de nouvelles découvertes concerne le gisement de Tendrara, situé dans le Maroc oriental.

Ce projet est en cours de développement, avec les sociétés MANA Energy (marocaine) et Sound Energy (britannique), à travers deux axes : une production de GNL destinée aux industriels et une production de gaz naturel pour les centrales de l’ONEE, via la mise en place d’un gazoduc reliant Tendrara au gazoduc Maghreb–Europe.

Situé au sud du Maroc, le bassin paléozoïque de Zag–Bas Drâa demeure une région encore peu explorée en matière d’hydrocarbures. Une récente campagne sismique 2D de 1223 km, acquise par l’ONHYM entre 2021 et 2022 et complétée par plusieurs études géologiques, a permis d’améliorer la compréhension de la structure de ce bassin et d’identifier des indices favorables confirmant son potentiel, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles perspectives d’exploration approfondies par l’ONHYM et ses partenaires potentiels dans cette zone.

En offshore Atlantique, au large de Tanger–Larache, une découverte réalisée sur les permis Lixus par la société britannique Chariot est actuellement en phase d’étude détaillée afin d’affiner l’estimation des ressources en gaz.

Dans les autres zones, les puits forés en offshore atlantique ont mis en évidence des découvertes non commerciales d’hydrocarbures ainsi que de roches mères de bonne qualité le long de la marge atlantique marocaine, notamment dans le segment offshore Agadir–Tarfaya (accumulations d’huile lourde et légère et indices de gaz) et dans le bassin de Boujdour (gaz et condensat).

Cependant, malgré la diversité des plays identifiés, le nombre de puits forés sur la marge atlantique marocaine reste limité, avec seulement 45 forages au total. L’onshore compte 332 puits, majoritairement concentrés dans les régions du Gharb et d’Essaouira.

Dans l’ensemble, le volume des forages réalisés demeure largement en deçà des standards internationaux. En bilan, à ce jour, 379 puits d’exploration ont été forés sur l’ensemble du territoire marocain, dont 47 en offshore (45 dans l’offshore atlantique et 2 dans la Méditerranée) et 332 en onshore.

Quels sont actuellement les acteurs de l’exploration gazière au Maroc ?

Actuellement, l’exploration gazière au Maroc mobilise plusieurs partenaires opérant aux côtés de l’ONHYM, aussi bien des acteurs établis que de nouveaux entrants. Parmi les sociétés engagées dans des activités d’exploration gazière figurent notamment MANA Energy, Sound Energy, Chariot, NewMed, Predator ainsi que d’autres opérateurs, actifs sur différents permis onshore et offshore du Royaume.

Concernant les évolutions du portefeuille d’opérateurs, certaines sociétés ont quitté le secteur de l’exploration gazière marocain en 2025, notamment Energean. Par ailleurs, le Maroc continue de susciter l’intérêt de nouveaux investisseurs et de compagnies internationales de renom, attirés par la stabilité du pays, la qualité du partenariat institutionnel proposé par l’ONHYM, ainsi que par le potentiel encore largement sous-exploré de plusieurs bassins sédimentaires.

Cet intérêt se traduit concrètement par des discussions en cours et par l’organisation de data rooms au profit de sociétés intéressées par l’investissement dans l’exploration pétrolière et gazière au Maroc.

Dans un contexte de transition énergétique, l’intérêt renouvelé pour le gaz naturel en tant qu’énergie de transition, conjugué aux efforts continus de l’ONHYM pour promouvoir une exploration responsable et durable des ressources nationales, positionne le Maroc comme une destination crédible et prometteuse pour les activités d’exploration gazière.

Pour ceux opérant encore dans le Royaume, où en sont-ils dans leurs différents programmes ?

Pour les partenaires opérant actuellement au Maroc, les travaux progressent selon les engagements contractuels définis lors de la signature des accords pétroliers. Ils poursuivent activement leurs programmes d’exploration à travers la réalisation des travaux géologiques et géophysiques, contribuant de manière significative à l’enrichissement de la base de données géo-scientifiques nationale.

Cette contribution se matérialise notamment par l’acquisition de nouvelles données sismiques 2D et 3D, leur traitement, ainsi que par le retraitement des données sismiques historiques disponibles dans la base de l’ONHYM, en intégrant les dernières avancées scientifiques et technologiques en matière de traitement sismique actuellement disponibles sur le marché.

En parallèle, des opérations de forage sont planifiées aussi bien en onshore qu’en offshore dans les prochaines années, mobilisant des investissements conséquents et renforçant les efforts de prospection des hydrocarbures dans le Royaume.

Ces activités s’inscrivent dans un cadre plus large incluant plusieurs programmes d’exploration et de développement offshore et onshore planifiés à court et moyen termes. À titre d’exemple, Sound Energy, en partenariat avec le nouvel acteur marocain MANA Energy et l’ONHYM, progresse dans le développement par phases du champ gazier de Tendrara, incluant la mise en place d’une unité de micro-GNL ainsi que des raccordements par pipeline.

Des licences sont-elles en cours de négociation ou en cours d’étude avant leur octroi ?

Oui, des licences font actuellement l’objet d’études et de discussions avancées avant leur éventuel octroi, traduisant l’intérêt soutenu des investisseurs pour la prospection pétrolière et gazière au Maroc.

Cet intérêt se manifeste concrètement par l’organisation de data rooms dédiées à la promotion du potentiel amont national au profit de sociétés internationales et nationales désireuses d’investir dans l’exploration pétrolière et gazière du Royaume.

Par ailleurs, deux blocs en offshore atlantique sont actuellement en phase de négociation, confirmant le dynamisme des échanges avec les opérateurs et la maturité croissante de certains projets.

Ces initiatives s’inscrivent dans la stratégie de l’ONHYM visant à renforcer l’attractivité du domaine minier national en hydrocarbures, à valoriser les bassins sous-explorés et à assurer un renouvellement continu du portefeuille de partenariats.

Quel est l’état d’avancement du projet de gazoduc Nigeria-Maroc ?

Les partenaires du projet se félicitent des avancées réalisées dans le projet du Gazoduc Africain Atlantique (AAGP) Nigéria-Maroc. Les études d’ingénierie détaillées sont achevées avec un concept robuste. Les études de survey et ESIA sont pratiquement finalisées pour le tronçon Nord (Sénégal-Mauritanie-Maroc) et en cours pour le tronçon Sud (Nigéria-Sénégal).

Ces études sont financées directement par l’ONHYM et la Compagnie pétrolière nationale du Nigeria (NNPC), avec le support, pour une partie, de la BID et de l’OPEC FUND à travers divers prêts. L’engagement des pays traversés est fort et régulièrement réaffirmé, à travers des accords bilatéraux et trilatéraux, préparant la signature prochaine de l’Accord intergouvernemental sur le Gazoduc, un traité qui rassemblera l’ensemble des États.

L’ONHYM et la NNPC collaborent activement à la préparation à la prise de la décision finale d’investissement à travers la mise en place des montages financiers et la coordination des contrats d’approvisionnement et de commercialisation du gaz.

Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ÉCO

Source de l’article : LesEco.ma