Espagne : au moins 40 migrants sont morts en 2025 en tentant d’atteindre l’enclave de Ceuta

En 2025, la route migratoire menant du Maroc à l’enclave espagnole de Ceuta a été plus meurtrière que jamais. Plus de 40 migrants sont morts en tentant d’atteindre le territoire espagnol à la nage en contournant la digue de Tarajal, selon la presse espagnole.

L’ONG Caminando fronteras estime, elle, que ce nombre s’élève à 139 victimes. « En 2025, nous avons constaté une augmentation considérable des tentatives d’atteindre Ceuta et des tragédies survenues lors de la traversée maritime vers la ville autonome. Notre Observatoire des droits de l’Homme a recensé 139 victimes, dont 24 % étaient des enfants et des adolescents » , écrit l’association dans son dernier rapport « Droit à la vie » .

Le nombre de victimes révèle effectivement la hausse de la fréquentation de cette route en 2025, par rapport à 2024. Le ministère espagnol de l’Intérieur a comptabilisé 3 396 entrées irrégulières à Ceuta par la voie terrestre (ces données comprennent les entrées à la nage, sans embarcation). Elles étaient 2 386 en 2024, soit une hausse de plus de 42%.

Et ces chiffres sont probablement inférieurs au nombre réel de départs car il s’agit de données compilées uniquement par les autorités espagnoles. Le média local El Faro de Ceuta souligne qu’ « il n’existe aucun registre officiel des personnes disparues ou retrouvées au Maroc » . En 2024, le nombre de morts totalisés sur cette route était de 24.

Ces décès s’expliquent par la présence de courants forts mais insoupçonnés par les candidats à l’exil, l’hypothermie, les dérives au large ou encore les blessures contre les rochers.

Des profils de plus en plus variés

Les candidats à la traversée à la nage sont de plus en plus nombreux et leurs profils sont également de plus en plus variés. La grande majorité des exilés sont de jeunes Marocains qui rêvent d’une vie en Europe où ils espèrent trouver de meilleures opportunités économiques que dans leur pays. Mais des Algériens et de jeunes Égyptiens tentent aussi parfois la traversée. Et de plus en plus de jeunes femmes originaires du Maroc prennent également cette route. Des traversées qui « bousculent les représentations sociales » , analysait récemment pour InfoMigrants Ali Zoubeidi, spécialiste de l’immigration basé au Maroc.

Une mère et son enfant de 10 ans atteignent Ceuta à la nage « Dans notre société, on stigmatise les femmes en estimant qu’elles ne peuvent rien faire sans les autres. Mais en franchissant cette barrière à la nage seules, elles prouvent qu’elles sont aussi capables de le faire, au même titre que les hommes » , ajoutait-il.

Le matériel utilisé pour ces traversées est extrêmement précaire. Au mieux, les candidats au départ ont une combinaison de plongée, des palmes et une bouée. « Des patrouilleurs ont intercepté des mineurs qui nageaient avec des tongs coincées sous le bras en guise de flotteurs de fortune ou agrippés à des chambres à air usées » , rapportait le journal espagnol El Mundo en novembre.

Problèmes d’hébergement

La hausse des traversées en 2025 a mis à rude épreuve les maigres capacités d’accueil de l’enclave espagnole. Durant l’été, au plus fort des arrivées, des tentes ont dû être installées au sein du centre d’accueil temporaire pour migrants (CETI) de l’île, selon le journal local El faro de Ceuta. Environ 900 exilés se trouvaient alors dans cette structure de seulement 512 places.

À Ceuta, les tentatives de traversées se multiplient alors que les centres pour migrants sont saturés

La situation est encore plus critique concernant les mineurs. En septembre, le porte-parole du gouvernement de Ceuta, Alejandro Ramírez, avait indiqué que les installations d’hébergement accueillaient environ 560 mineurs dans un centre de seulement 132 places. « Nous connaissons un taux de surpopulation de près de 2 000%. La pression que subit Ceuta est bien plus forte que celle de tout autre territoire du pays » , avait-il souligné.

Source de l’article : InfoMigrants