entre ouverture stratégique et préservation souveraine
L’adhésion du Maroc à l’initiative chinoise des Nouvelles routes de la soie ne s’est pas traduite par une perte de souveraineté économique. Une analyse académique de l’Université de Floride montre au contraire comment le Royaume a su encadrer les investissements chinois, maîtriser son endettement et intégrer la BRI dans une stratégie nationale fondée sur la solidité institutionnelle et la diversification des partenariats.
Depuis son adhésion à l’initiative chinoise des Nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative, BRI) en 2017, le Maroc est souvent cité comme un cas exemplaire en Afrique : un pays qui accueille les investissements chinois sans sacrifier sa souveraineté économique. Une récente étude de l’Université de Floride offre un éclairage rigoureux sur cette dynamique, mettant en lumière la capacité du Maroc à concilier attractivité pour les capitaux étrangers et maintien de ses priorités nationales.
Contrairement à certains pays où la BRI est perçue comme un vecteur d’influence asymétrique, la relation maroco-chinoise se caractérise par une gestion pragmatique et sélective des engagements. Le Maroc n’a pas consenti de statuts préférentiels généralisés aux entreprises chinoises : celles-ci opèrent dans le cadre du droit commun, respectant les normes fiscales et douanières du royaume. Ce choix délibéré reflète une volonté de préserver l’égalité de traitement entre investisseurs et d’éviter des effets perturbateurs sur le tissu local.
Ce qui distingue particulièrement le Maroc, selon les chercheurs, est la capacité institutionnelle de l’État à encadrer les flux d’investissement. C’est là, plus que dans le volume des capitaux reçus, que réside la clé de l’avantage comparatif du pays. Face à l’afflux d’acteurs extérieurs, Rabat a su mobiliser des structures administratives compétentes et stables, capables d’intégrer les projets étrangers dans une stratégie nationale cohérente. Là où certains pays peinent à aligner les investissements sur leurs priorités de développement, le Maroc a réussi à s’inscrire dans une logique d’ordre et d’anticipation.
Sur le plan financier, la crainte souvent associée à la BRI ( celle d’un endettement excessif menant à une dépendance stratégique ) apparaît modérée dans le cas marocain. L’étude rapporte que, bien que le royaume ait contracté des prêts chinois, le niveau global reste contrôlé et compatible avec les capacités de remboursement, loin des scénarios de vulnérabilité financière observés ailleurs. Cette soutenabilité reflète une politique budgétaire vigilante, où les risques sont pesés avec prudence.
L’autre élément déterminant est l’orientation des investissements vers des secteurs productifs et intégrés à l’économie marocaine, tels que l’automobile, les télécommunications ou les énergies renouvelables. Plutôt que de financer des projets isolés, les capitaux sont dirigés vers des activités qui renforcent les chaînes de valeur marocaines, créent des emplois qualifiés et stimulent l’export. Ce modèle d’absorption sélective des flux étrangers renforce l’autonomie structurelle du pays.
Enfin, au-delà des chiffres et des projets, c’est la nature institutionnelle du Maroc qui ressort comme un facteur de résilience : un État civil, doté d’appareils publics structurés et d’une gouvernance relativement stable, capable de négocier des partenariats sans se laisser subordonner. Dans un paysage mondial marqué par des rivalités géoéconomiques croissantes, cette caractéristique confère au Maroc une marge de manœuvre stratégique que peu de pays africains possèdent.
Ainsi, à l’heure où les débats sur la place de la BRI en Afrique se polarisent souvent entre adhésion enthousiaste et rejet critique, l’expérience marocaine illustre une troisième voie : celle d’un engagement mesuré, cadré par une vision nationale forte, où l’ouverture aux investissements ne se confond pas avec la perte de contrôle. Une leçon de gestion souveraine de l’interdépendance qui, pour beaucoup, constitue l’apport le plus significatif de la coopération sino-marocaine contemporaine.
Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc



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