Entre la face de Bellevarde et la piste Oreiller-Killy, deux façons de préparer le terrain pour les équipes de Val d’Isère :  » Une belle piste de descente, c’est une pente où on peut se lâcher « 

Val d’Isère n’en a pas fini avec son Critérium de la Première Neige. Une semaine après le géant et le slalom masculins sur la face de Bellevarde, au centre de la station savoyarde, la Coupe du monde se déplace ce week-end de deux kilomètres vers le Nord. Comme tous les deux ans actuellement, direction le hameau de la Daille et la piste Oreiller-Killy pour deux épreuves féminines, une descente samedi (10 h 30) et un super-G dimanche (11 heures).

Les services de la station ont passé trois semaines à préparer une piste bien différente de la précédente. Explications avec Paul Gaté, superviseur des sites de course, en tant que chargé de sports du club de Val d’Isère.

Même pente, piste différente

Pour connaître le profil d’une pente, il faut venir la voir l’été. « C’est la montagne qui est faite comme ça, pose Paul Gaté. On peut façonner certaines portions l’été, à la pelle mécanique, comme cette année, pour faire un nouveau départ dans la Face. L’hiver, une fois qu’on a la quantité de neige, on profile la piste, comme la FIS (la Fédération internationale) le demande, et comme on voit un peu la course. »

En 2023, les pisteurs avaient eu la bonne surprise de pouvoir modeler la « O.K. » avec les flocons tombés en début de saison. La plupart du temps, ils doivent faire avec la neige de culture. « Les années où on a beaucoup de neige, on peut plus s’amuser, faire des rollers plus gros, accentuer des mouvements de terrain, décrit Gaté. Quand on a peu de neige, ou sans période de froid pour la préparation, c’est plus compliqué, il faut suivre le terrain initial. »

Une base glacée

Première étape, primordiale : concevoir une couche de glace. C’est la grande différence avec les pistes utilisées par les vacanciers, juste damées. « On essaie d’avoir une surface très compacte et dure, poursuit Gaté, 33 ans, dont dix-sept à travailler dans les pentes. D’abord pour avoir une vraie équité entre le premier et le dernier coureur, que ça ne creuse pas. Ensuite, sur le plan logistique, ça permet de retrouver cette base lorsqu’il neige. » Déneiger, lisser, injecter (ajouter de l’eau)… Le travail est quasi quotidien. « Avec l’eau, la densité de la neige augmente, et on compte sur le froid pour assurer cette base gelée », explique le pisteur, qui a appris son métier sur le tas.

Des différences entre technique et vitesse…

La Face, pour le géant et le slalom, est plus glacée que la « O.K ». « On ne fait pas de la vitre non plus, mais en technique (slalom et géant), les appuis sont plus forts, donc il ne faut pas que la couche de neige casse. » Ils sont en revanche plus longs en vitesse (super-G et descente). « C’est plus rond, les courbes sont plus longues… » Mais la plus grande différence réside dans la sécurité. Filets A, B, C, matelas, contrôle des bosses pour les sauts… Ce sont des kilomètres de matériel et des heures de contrôle pour valider l’utilisation d’une piste de vitesse.

Pourquoi la descente et le super-G ne se déroulent pas sur la face de Bellevarde, déjà préparée la semaine dernière, comme aux Jeux Olympiques en 1992 ? « C’est très raide, et dans ce cas on doit mettre des portes de freinage, et les athlètes doivent contrôler leur vitesse, explique Gaté. Pour moi, une belle piste de descente, c’est une pente où on peut se lâcher, rechercher la vitesse et la glisse. »

… et entre hommes et femmes

« Les hommes sont en général plus lourds, plus puissants, avec des appuis plus costauds, et engagent un peu plus que les femmes sur les sauts, résume le responsable des pistes. Pour les femmes, on fait très attention, à ce qu’elles arrivent dans l’axe après les sauts, alors qu’on pourra dessiner une courbe pour les hommes. » Si le record de vitesse en Coupe du monde est détenu par Johan Clarey (161,9 km/h en 2013 à Wengen), les femmes atteignent régulièrement les 110 km/h.

Des inspirations à l’étranger

Cette année, le service des pistes de Val d’Isère a procédé aux injections d’eau, sur la face de Bellevarde, à l’aide d’une machine conçue en Italie, à La Thuile. Accrochée à une dameuse, elle permet de réduire de 30 à 5 le nombre de personnes nécessaires à l’opération, dangereuse pour les volontaires en crampons. « On réduit aussi un peu la marge d’erreur sur l’homogénéité de la piste », juge Paul Gaté, qui se rend chaque année en Autriche, pays de référence en matière de préparation de pistes, à Kitzbühel notamment.

Source de l’article : L'Équipe