Entre Alger et Bamako, le fossé se creuse
(SenePlus) – Les tensions entre Alger et Bamako ont franchi un nouveau cap dangereux. Entre tirs de drones à la frontière, accusations d’ingérence et discours incendiaires, la crise diplomatique s’installe durablement, attisant les braises d’un Sahel déjà incandescent.
Dans un article publié ce 16 janvier 2026, Benjamin Roger et Frédéric Bobin du journal Le Monde décrivent une confrontation inédite qui se joue le long des 1 300 km de frontière commune. Selon le quotidien français, des drones maliens ont frappé les 9 et 15 janvier la localité de Talhandak, à seulement 15 km de la ville stratégique de Tin Zaouatine, fief des indépendantistes touareg de l’Azawad. Ces frappes, bien que n’ayant causé que des dégâts matériels d’après Le Monde, résonnent comme une réponse directe à l’incident majeur du 1er avril 2025, où l’armée algérienne avait abattu un drone malien accusé d’avoir violé son espace aérien.
Cette guerre des drones illustre la rupture consommée entre les deux voisins. Pour la junte du général Assimi Goïta, la souveraineté est devenue une boussole intransigeante, quitte à froisser le « grand frère » algérien, accusé d’héberger et de soutenir les ennemis de Bamako, qu’il s’agisse des rebelles indépendantistes ou de figures de l’opposition comme l’imam Mahmoud Dicko, expliquent les journalistes.
La tension est montée d’un cran fin décembre 2025, lorsque le président algérien Abdelmadjid Tebboune a fustigé l’ingratitude de ses voisins lors d’un discours devant le Parlement rapporté par Le Monde : « Même l’État qui est en train de nous insulter, leur ministre des affaires étrangères et leur premier ministre ont été formés à l’École nationale d’administration [d’Alger]. Et c’est ainsi qu’ils nous récompensent » .
Ces propos acides répondent aux attaques virulentes de Bamako à l’ONU. En septembre 2025, le Premier ministre malien par intérim accusait Alger de « soutenir le terrorisme international » , provoquant la fureur du chef de la diplomatie algérienne Ahmed Attaf, qui dénonçait en retour une « logorrhée de soudard » , rappelle l’article.
Derrière ce duel de voisinage se profile une lutte d’influence plus large. Alger voit d’un très mauvais œil le rapprochement entre le Mali et le Maroc, son rival régional, qui se positionne comme un partenaire clé de l’Alliance des États du Sahel (AES). « Avoir un pouvoir pro-marocain à Bamako est difficilement concevable pour Alger » , soulignent les auteurs de l’article.
Dans ce jeu d’échecs, la Russie joue les équilibristes. Fournisseur d’armes historique de l’Algérie et nouveau protecteur de la junte malienne via l’Africa Corps (ex-Wagner), Moscou « veille à ne froisser personne » , selon Michael Ayari de l’International Crisis Group cité par Le Monde. Pour le Kremlin, occupé par le front ukrainien, cette crise sahélienne reste secondaire tant que ses intérêts ne sont pas menacés.
Source de l’article : SenePlus



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