En quoi consiste la difficile mission du copilote ? L’expérimenté Édouard Boulanger, équipier de Sébastien Loeb, raconte
Vainqueur du Dakar en 2021 avec Stéphane Peterhansel chez Audi, double champion du monde de rallye-raid (2024 et 2025) aux côtés de Nasser al-Attiyah et vainqueur en octobre dernier du Rallye du Maroc dès sa première association avec son nouveau pilote Sébastien Loeb, qu’il accompagnera sur le prochain Dakar chez Dacia, Édouard Boulanger s’est construit un sacré palmarès en peu de temps. Passionné d’aventure, ancien motard (il a participé au Dakar 2012 au guidon d’une Aprilia) avant de devenir « map man » (homme chargé d’étudier les parcours des étapes pour aider les concurrents dans leur navigation) pour KTM et Toyota puis de basculer dans le rôle de copilote avec son « héros » Peterhansel, le Nancéien est devenu l’une des références d’un métier à multiples facettes. « Un pilote s’occupe du volant, des pédales et du levier de vitesses, le copilote gère tout le reste » , s’amuse à résumer ce diplômé de l’École nationale d’ingénieurs de Metz.
Ni trop tôt ni trop tard
Dans l’habitacle, il s’agit avant tout de lire le road-book numérique délivré chaque matin sur la ligne de départ et donc de décrypter au fil des kilomètres les quelque 164 abréviations et symboles utilisés par les organisateurs pour « dessiner » le parcours. Charge au copilote de bien les déchiffrer pour les restituer à son pilote en lui indiquant le cap à suivre et les divers dangers. « On doit synthétiser les informations en utilisant les bons termes pour que cela » parle « tout de suite au pilote, décortique Boulanger. Il faut veiller à ne pas rater d’information et à les donner dans le bon timing, pas trop tôt mais surtout pas trop tard. » Le tout en gardant un oeil sur l’instrumentation de bord de la voiture afin de repérer tout souci mécanique.
Mais le travail du copilote ne s’arrête pas aux quatre ou cinq heures passées quotidiennement dans son baquet. Il faut connaître le règlement des épreuves par coeur, suivre une formation mécanique pour être opérationnel en cas de pépin en spéciale, être le plus précis lors des debriefings techniques avec les ingénieurs au retour au bivouac, et bien d’autres tâches encore.
Boulanger, qui est par ailleurs coach sportif, est reconnu comme l’un des plus pointus dans sa préparation, qu’elle soit physique ou mentale. « Dans une auto, on est passif, mais on doit entraîner le cerveau dans toutes les conditions car il va falloir qu’il soit branché en permanence, alors que notre tête est comme une balle de flipper dans la voiture » , explique celui qui a été victime d’un grave accident lors du Dakar 2023 (vertèbre fracturée) et qui a beaucoup oeuvré sur le traitement des commotions cérébrales.
Responsable de la logistique et du sportif dans le Rallye des Pharaons entre ses deux expériences comme concurrent à moto (2005 et 2011), Boulanger a appris la navigation avec les organisateurs de l’époque, Jacky Ickx et Alain Lopes. Il est donc un témoin privilégié pour commenter l’évolution de l’exercice. « À l’époque, il y avait de très grandes distances entre deux notes du road-book, les concurrents roulaient à vue et cela a engendré pas mal d’accidents extrêmement graves. Pour réduire la vitesse, les organisateurs de courses ont décidé de multiplier le nombre d’indications pour forcer les concurrents, et notamment les motards, à ralentir pour lire le road-book. Aujourd’hui, on arrive à un système où il y a environ deux notes par kilomètre, ce qui fait qu’on peut avoir jusqu’à 700 cases à lire sur une étape ! C’est devenu un monologue permanent du copilote et on se retrouve aux antipodes de ce qu’était la discipline à l’origine. Il n’y a plus l’esprit de navigation au sens propre. Un copilote navigue encore, dans le sens où il donne les indications, mais ce n’est plus lui qui choisit sa route ni fait sa trace. On s’est éloigné des bases du rallye-raid mais ce n’est pas une critique car cela a permis de gros gains en termes de sécurité et de sportivité. »
Source de l’article : L'Équipe



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