En Gambie, la 7ème édition des Financial Afrik Awards fait des PPP une alternative stratégique à l’endettement

Inaugurée par S.E. le Président Adama Barrow, cette 7ème édition des Financial Afrik Awards, qui s’est tenue à Banjul les 22 et 23 janvier, a réuni 400 participants venus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord. À l’instar de l’édition précédente à Abidjan, l’accent a été mis sur le partenariat entre l’Afrique et le monde arabe, avec la présentation de pas moins de 29 opportunités d’investissement couvrant la Gambie, le Sénégal, la Sierra Leone, le Gabon, la Guinée et le Burkina Faso. Le cœur des débats a porté sur les Partenariats Public-Privé (PPP) dans un contexte marqué par le surendettement, le rétrécissement des marges budgétaires, la hausse des taux d’intérêt et la limitation des garanties souveraines par les institutions financières internationales.

Par Christine Holzbauer, envoyée spéciale à Banjul

En accueillant cette 7ème édition, la Gambie a offert des enseignements précieux à travers ses propres ambitions économiques et ses réformes. Ouvert officiellement par le Président Adama Barrow, ce rassemblement annuel de décideurs économiques, financiers et institutionnels du continent s’est une nouvelle fois imposé comme une plateforme majeure de réflexion stratégique et de réseautage de haut niveau autour des grandes transformations économiques de l’Afrique.

Dans son discours inaugural, le Président Barrow — un ancien homme d’affaires ayant supervisé l’augmentation de la couverture électrique gambienne de 30 % à 80 % — a qualifié le recours au financement privé de « nécessité de survie » dans une économie mondiale volatile. « Le forum de cette année se tient sous un thème à la fois opportun et d’une grande pertinence. Partout sur le continent, les gouvernements font face à une pression accrue pour répondre aux aspirations de développement tout en préservant la stabilité macroéconomique. Dans ce contexte, les partenariats public-privé, la finance mixte (blended finance) et les structures d’investissement innovantes ne sont plus optionnels : ce sont les piliers essentiels d’un développement durable. » Le Président Barrow a également lancé un défi direct au secteur financier : « Nous invitons vos banques ! Sans la mobilisation des banques et leur capacité à financer l’avenir, les projets d’infrastructure — vitaux pour la croissance et l’intégration régionale — resteront de simples déclarations d’intention. » Rappelant sa première rencontre avec le président de la Banque Africaine de Développement (BAD), Sidi Ould Tah, il lui a résumé sa vision en trois mots : « Infrastructures, infrastructures et encore infrastructures ! » . Le forum a également été l’occasion de réaffirmer que la Gambie est un pays « sûr et pacifique » , « ouvert aux affaires » et « orienté vers l’action » dans les secteurs de l’énergie, du numérique, de l’agriculture, du tourisme, de l’immobilier et de l’emploi.

L’ « urgence stratégique » des infrastructures

Les discussions ont débuté par la Zone Économique Spéciale du Corridor Trans-Gambien (TGC-SEZ), examinant comment les corridors de transport et les zones économiques spéciales (ZES) peuvent servir de puissants leviers de facilitation du commerce et de logistique grâce aux PPP. Le panel réunissait notamment Hamey B. Jawara (GIEPA), Njundu Fatty(GCCI), Pierre Goudiaby Atepa (Groupe ATEPA), Alagie Sanyang (The Cornerstone Group) et Mirco Martins (Angola).

Le panel suivant a exploré la manière dont les PPP peuvent mobiliser les capitaux et l’expertise du secteur privé pour accélérer la livraison des projets et moderniser la gestion publique, tout en évitant de peser excessivement sur les bilans de l’État. Ce débat a rassemblé le ministre gambien des Finances, SeedyK.M Keita, son homologue sierra-léonais Ahmed Sheku Fantamadi Bangura, des banquiers tels qu’Ibrahima Diouf (BOAD) et Mamadou Faye (BNDE Sénégal), ainsi que des experts comme Khady Evelyne Denise Ndiaye (UEMOA), Ebrima Sawaneh (ARISE II), Amadou Thiam et Mohamed H’Midouche (IACG).

Ce dernier a rappelé son passage en tant que représentant résident de la BAD dans la région, qualifiant le financement du pont de la Sénégambie de « projet historique ayant fondamentalement remodelé la mobilité sur le corridor Dakar–Banjul. » Les exemples de PPP réussis en Afrique sont nombreux : autoroutes et ports au Maroc, énergie en Afrique du Sud, infrastructures urbaines en Côte d’Ivoire, ou encore le recyclage d’actifs du pont de la Sénégambie par Africa50. Ces succès prouvent que des PPP bien structurés sont des instruments de souveraineté et d’efficacité fiscale. Pour les panélistes, le défi consiste désormais à « industrialiser » ces modèles en renforçant l’expertise locale, en attirant les fonds de pension et fonds souverains et en professionnalisant les unités nationales de PPP.

Renforcer l’axe Afro-Arabe

Une avancée notable de cette édition aura été de mettre en avant l’ « alliance naturelle » qui existe entre l’Afrique et le monde arabe. Avec un Groupe de Coordination Arabe (GCA) gérant près de 400 milliards de dollars et des fonds souverains du Golfe dépassant les 1 000 milliards de dollars, le forum entend d’ailleurs servir de plateforme de co-investissement avec l’Alliance des Institutions Financières Multilatérales Africaines (AAMF / Africa Club).

Selon Ibrahima Dia, directeur général des Financial Afrik Awards, ce partenariat vise à « libérer les complémentarités et accélérer le développement durable des deux régions. » Avec une population de 1,4 milliard d’habitants et une zone de libre-échange continentale (ZLECAF), l’Afrique n’est plus seulement une destination de financement, mais un « partenaire stratégique pour les chaînes de valeur industrielles, agricoles et logistiques. » Développer des champions africains

Le forum a mis en lumière 29 opportunités d’investissement bancables dans six pays. Pour Didier Acouetey (AfricSearch), chargé de l’élaboration de la Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA) à la BAD, il est crucial de corriger les distorsions de concurrence : alors que des firmes étrangères se financent à 2 % ou 3 %, les entreprises africaines doivent emprunter à des taux de 8 % à 10 %.

Mohamed H’Midouche a insisté, quant à lui, sur la confiance régionale : « Les capitaux sont naturellement craintifs ; ils vont là où ils se sentent en sécurité. » Au-delà de la haute finance, notamment une table ronde remarquable sur les Sukuks (finance islamique), le forum a souligné le rôle du capital humain. L’entrepreneur Thione Niang a délivré un plaidoyer vibrant pour l’autosuffisance : « Investir dans la jeunesse, c’est investir dans l’avenir économique de l’Afrique. Nous devons créer nos propres champions. » Pierre Goudiaby Atepa a ajouté que le problème n’est pas le manque de projets rentables, mais que les États africains facilitent les mises en relation internationales.

Du dialogue à l’impact

En clôture de cette 7ème édition, lors d’un dîner de gala honorant les « 100 personnalités qui transforment l’Afrique » , le message de Banjul était limpide : l’Afrique passe de la théorie à l’impact, et du surendettement à l’investissement. Les lauréats de cette année incarnent d’ailleurs ce « Consensus de Banjul » sur les PPP et l’intégration régionale.

Source de l’article : Financial Afrik