Émancipation économique : ce qui bloque encore les Marocaines (rapport)

Émancipation économique : ce qui bloque encore les Marocaines (rapport)

La Banque mondiale met en lumière, dans son dernier rapport, un écart profond et persistant entre les lois en faveur de l’émancipation économique des femmes marocaines et leur mise en œuvre effective. Pour le Maroc, l’enjeu dépasse désormais la seule réforme des textes : il s’agit de transformer ces droits en opportunités réelles, portées par des institutions solides et une application rigoureuse sur le terrain.

Le nouveau rapport « Women, Business and the Law 2026″ de la Banque mondiale met en évidence un écart persistant entre les avancées juridiques adoptées dans de nombreux pays et la réalité vécue par les femmes dans le monde du travail. Pour le Maroc, l’enjeu des prochaines années sera de renforcer les mécanismes de soutien et l’application effective des lois afin de libérer pleinement le potentiel économique féminin.

L’édition 2026 du rapport a, en effet, introduit une méthodologie élargie articulée autour de trois dimensions : les cadres juridiques, les systèmes de soutien institutionnel et les perceptions de l’application des lois. Le diagnostic est sans appel : malgré des progrès législatifs, l’application concrète des droits reste insuffisante, freinant l’égalité économique entre les femmes et les hommes.

Emancipation: les obstacles persistants malgré les progrès

Le rapport indique que le Maroc fait encore face à des barrières juridiques et institutionnelles limitant l’accès des femmes à l’emploi et à l’entrepreneuriat. Les femmes entrepreneures continuent notamment de rencontrer des obstacles majeurs pour accéder au financement et aux marchés. En l’absence d’une interdiction explicite de la discrimination dans l’accès au crédit, leur capacité à créer ou développer des entreprises demeure restreinte, un frein structurel qui touche l’ensemble de la région.

Le document met également en avant le défi crucial de la garde d’enfants. Le manque de services de garde accessibles, abordables et de qualité constitue l’un des principaux obstacles à la participation des femmes au marché du travail. À l’échelle mondiale, moins d’un tiers des politiques nécessaires pour soutenir ce secteur sont en place, une carence qui se répercute directement sur les taux d’activité féminins, y compris au Maroc.

Enfin, la question de la sécurité et des violences reste un point de vigilance majeur. Si des plans d’action et des services de soutien existent parfois avant même la codification complète des lois, leur application demeure largement insuffisante. Le rapport note qu’au niveau mondial, près de 80% des dispositifs de protection sont jugés inefficaces dans leur mise en œuvre, illustrant l’écart persistant entre les textes et la réalité vécue par les femmes.

Un enjeu économique majeur : 83% du PIB mondial en jeu

L’inclusion économique des femmes est présentée comme un impératif de croissance. Réduire l’écart de participation entre les hommes et les femmes pourrait augmenter le PIB de 15% à 20% dans de nombreuses économies. Pour le Maroc, où une génération jeune arrive massivement sur le marché du travail, ne pas lever ces obstacles reviendrait à se priver d’un levier essentiel de productivité.

Pour transformer les droits théoriques en opportunités concrètes, le rapport recommande d’accélérer les réformes en suspens et d’abroger les dispositions discriminatoires encore en vigueur. Il appelle également à investir dans les institutions — justice, régulateurs, services publics — afin de garantir l’application effective des lois, et à améliorer la collecte de données ventilées par sexe pour mieux orienter les politiques publiques.

Si les bases juridiques de l’égalité sont largement posées, c’est désormais sur le terrain de l’exécution, du soutien institutionnel et de la mise en œuvre que se jouera la véritable émancipation économique des Marocaines.

Source de l’article : H24info

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