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elle plus de 70 % des décès maternels dans le monde ? [GLOBALEMENT CORRECTE]

« Plus de 70 % des décès maternels surviennent en Afrique subsaharienne » , a déclaré, le 5 mai 2025, le Dr Sennen Hounton, directeur régional de l’Unfpa, lors de la célébration de la Journée internationale de la sage-femme. Ces propos ont été repris par la presse nationale sénégalaise. L’Afrique subsaharienne concentre-t-elle plus de 70 % des décès maternels dans le monde ? Pour vous, Le Soleil a vérifié.

Décès maternel, qu’est-ce que c’est ? Les décès maternels désignent, selon l’Organisation mondiale de la santé, le décès d’une femme pendant sa grossesse, au moment de l’accouchement ou dans les six semaines qui suivent. Ces décès sont souvent causés par des complications liées directement à la grossesse ou à l’accouchement, comme une hémorragie ou une infection. Parfois, ils résultent de maladies déjà présentes, comme des problèmes cardiaques ou rénaux, qui s’aggravent à cause des bouleversements liés à la grossesse.

C’est quoi l’Afrique subsaharienne ?

L’Afrique subsaharienne regroupe l’ensemble des pays situés au sud du désert du Sahara. Cette zone comprend 48 pays et environ 1,3 milliard d’habitants répartis entre l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe. Elle se distingue de l’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte), séparée par la barrière naturelle du Sahara.

D’où vient ce chiffre ?

Contacté, le service de communication du bureau Unfpa de Dakar a reconnu que ce chiffre provient bien de l’institution. Cependant, « ce texte [Ndlr : le chiffre] n’est pas une citation du directeur régional de l’Uufpa. C’est une campagne de communication préparée par notre siège que notre bureau régional a publié » , a précisé l’institution.

Dans le post publié à l’occasion de cette campagne, il est mentionné que « 70 % [Ndlr : et non plus de 70 %] des décès survenant pendant la grossesse et l’accouchement se produisent en Afrique subsaharienne » . Capture d’écran du post effectué par l’Unfpa.

Par des recherches avancées sur Internet, Le Soleil a retrouvé un rapport conjoint de l’Oms, de l’Unfpa et de la Banque mondiale publié en avril 2025. Ce document, qui dresse une évolution de la mortalité maternelle dans le monde pour la période de 2000 à l’an 2023, révèle qu’environ 260.000 femmes dans le monde sont décédées pendant ou après une grossesse ou un accouchement.

Il y est aussi mentionné que, même si la mortalité maternelle en Afrique subsaharienne a baissé de « 40 % entre 2000 et 2023 » , et de 71 % en Asie du Sud sur la période, il n’en demeure pas moins qu’ « environ 70 % des décès maternels (182.000) sont survenus en Afrique subsaharienne » . Ce qui correspond aux chiffres avancés par le service de communication de l’Unfpa.

L’Asie du Sud, avec environ 17 %, soit 43.000 décès maternels, est la seconde partie du monde où on en compte le plus. L’Oms indique avoir obtenu ces données à partir des enquêtes nationales des 183 États membres de l’Oms ayant une population supérieure à 100.000 habitants.

Sauf erreur ou omission, Le Soleil n’a pas trouvé d’autres documents récents de portée mondiale avançant des données contraires sur le sujet.

Les conflits, facteurs aggravants de risques

Toujours selon les données de 2023, le taux de mortalité maternelle atteint 346 décès pour 100.000 naissances vivantes dans les pays à faible revenu, soit 35 fois plus que dans les pays riches où ce taux s’établit à seulement 10 pour 100.000.

Cette fracture se traduit par un risque dramatique : une femme dans un pays pauvre a une chance sur 66 de mourir d’une cause maternelle au cours de sa vie, contre une sur 7.933 dans les pays à revenu élevé.

Les zones de conflit et de fragilité institutionnelle aggravent cette situation. En 2023, 37 pays touchés par des conflits ou une fragilité sociale concentraient 61 % des décès maternels mondiaux, alors qu’ils ne représentent que 25 % des naissances vivantes.

Le taux de mortalité y culmine à 504 décès pour 100.000 naissances dans les zones de conflit, contre 99 dans les contextes stables, soulignant l’impact dévastateur de l’instabilité sur la santé maternelle.

Au Sénégal, les mères âgées de 45-49 ans sont les plus touchées

Si l’Oms note une baisse des décès maternels en Afrique, la situation est encore difficile.

Selon un rapport du ministère sénégalais de la Santé portant sur les « indicateurs de santé reproductive, maternelle, néonatale et infantile » publié en 2023, le Sénégal a enregistré une diminution progressive de son ratio de mortalité maternelle au cours des trois dernières décennies.

De 850 décès pour 100.000 naissances vivantes enregistrés entre 1986 et 1987, le ratio est passé à 501 pour 100.000 en 1997, puis 315 en 2015 et 236 en 2017. Toutefois, ces progrès n’ont pas permis au pays d’atteindre l’objectif du cinquième Objectif du Millénaire pour le Développement fixé à 122 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes à l’horizon 2015.

Avec un ratio de 315 cette année-là, le Sénégal demeurait encore loin de la cible internationale, malgré les avancées significatives accomplies.

Le rapport provisoire issu du 5e Recensement général de la population effectué en 2023 et publié en juillet 2024 estime le ratio national de mortalité maternelle à 213 pour 100.000.

Les auteurs notent une « surmortalité » des mères âgées de 45-49 ans, avec 374 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes.

Ce résultat révèle un risque de décès maternel plus élevé chez les mères ayant un âge avancé, qui concerne davantage les mères âgées de 40-44 ans avec 290 décès maternels et les jeunes mères (15-19 ans) avec 209 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes.

Cependant, celles âgées de 20-29 ans sont moins exposées au risque, avec moins de 200 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes.

La mortalité maternelle varie selon la région de résidence. Elle est plus élevée dans les régions de Kédougou (340 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes), Kolda (317), Saint-Louis (312) et Ziguinchor (309).

Par ailleurs, le niveau de mortalité est au-dessus de la moyenne nationale (213) dans les régions de Tambacounda (218) et de Dakar (215).

En revanche, dans les autres régions, elle se situe en dessous du niveau national, avec une valeur qui s’établit en deçà de 200 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes.

De plus, la région de Fatick affiche le niveau de mortalité maternelle le plus faible (138 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes).

Causes et complications de la mortalité maternelle

Au Sénégal comme dans de nombreux pays, la mortalité maternelle reste un défi majeur de santé publique.

Selon Bigué Ba Mbodj, présidente de l’Association des Sages-femmes du Sénégal, les principales causes directes de ces décès sont les hémorragies, l’hypertension artérielle, les complications obstétricales, les infections et les avortements non sécurisés.

À celles-ci s’ajoutent des causes indirectes telles que l’anémie, le paludisme, les cardiopathies et le diabète, qui aggravent l’état de santé des femmes enceintes.

La majorité des décès surviennent pendant la grossesse, l’accouchement ou le post-partum, et laissent souvent des séquelles importantes chez les survivantes, notamment des incapacités comme les fistules obstétricales ou des troubles de santé mentale.

Les complications néonatales restent également fréquentes.

Mme Mbodj souligne que ces drames sont largement liés aux « trois retards » : retard dans la décision de chercher des soins, retard d’accès aux structures de santé et retard dans la prise en charge médicale.

Pour y remédier, plusieurs stratégies sont mises en œuvre, notamment le renforcement des soins prénatals et postnataux, amélioration des soins obstétricaux d’urgence, promotion de la planification familiale et d’une bonne alimentation chez la femme enceinte.

L’accès équitable à des sages-femmes qualifiées, notamment dans les zones reculées, demeure essentiel, tout comme leur formation continue et leur recrutement en nombre suffisant.

La déclaration de l’Unfpa, selon laquelle « l’Afrique subsaharienne concentre plus de 70 % des décès maternels dans le monde » est globalement correcte. Il fallait juste nuancer en soulignant que ce taux n’excède pas les 70 %.

Selon l’Oms, même si la mortalité maternelle en Afrique subsaharienne a baissé de « 40 % entre 2000 et 2023 » , et de 71 % en Asie du Sud sur la même période, il n’en demeure pas moins qu’ « environ 70 % des décès maternels (182.000) sont survenus en Afrique subsaharienne » . Ce qui correspond aux chiffres avancés par le service de communication de l’Unfpa.

Source de l’article : lesoleil.sn

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