Dynamique industrielle La menace des turbulences géopolitiques
L’appareil productif marocain semble retrouver progressivement des couleurs. Les résultats de l’enquête trimestrielle de conjoncture réalisée par le haut-commissariat au Plan (HCP) confirment cette tendance : au quatrième trimestre 2025, la production industrielle a globalement progressé dans plusieurs branches, traduisant une reprise mesurée mais réelle de l’activité économique.
Cette évolution concerne notamment l’industrie manufacturière, véritable colonne vertébrale du tissu productif national.
Selon les appréciations des chefs d’entreprise interrogés, la production dans ce secteur aurait enregistré une augmentation, portée par la hausse d’activité dans plusieurs branches, dont l’industrie automobile, l’industrie chimique, la métallurgie et la fabrication de produits minéraux non métalliques.
Dans le même temps, les carnets de commandes ont été jugés d’un niveau normal et le taux d’utilisation des capacités de production s’est établi autour de 74%, ce qui témoigne d’un fonctionnement relativement soutenu des installations industrielles. Mais cette reprise reste nuancée.
Certaines branches ont enregistré un recul, notamment l’industrie alimentaire ou encore la fabrication d’équipements électriques. Par ailleurs, les entreprises demeurent confrontées à plusieurs contraintes structurelles. L’enquête révèle ainsi que 35% des entreprises manufacturières ont rencontré des difficultés d’approvisionnement en matières premières, principalement d’origine étrangère. Cette dépendance vis-à-vis des importations constitue un rappel clair de la forte insertion de l’industrie marocaine dans les chaînes de valeur mondiales.
Les autres composantes de l’appareil industriel présentent, elles aussi, des évolutions contrastées. L’industrie extractive a connu une certaine stabilité, notamment en raison d’une stagnation de la production des phosphates.
Dans l’énergie, la production a enregistré un recul lié à la baisse de l’activité dans la branche de production et distribution d’électricité, de gaz et de vapeur. Quant aux activités environnementales, elles ont également affiché une stabilité, notamment dans le captage et la distribution d’eau.
Du côté du secteur de la construction, l’activité a progressé au quatrième trimestre 2025. Cette amélioration s’explique principalement par la hausse d’activité dans les branches du génie civil et des travaux de construction spécialisés.
Le taux d’utilisation des capacités de production s’est établi à 69%, ce qui traduit une mobilisation relativement significative des moyens de production.
Cependant, là encore, la situation reste contrastée : 31% des entreprises du secteur ont jugé la situation de leur trésorerie « difficile » et près de 9% ont signalé des difficultés d’approvisionnement en matières premières.
Un pari sur l’avenir…
Ces résultats traduisent donc une phase de consolidation progressive de l’économie industrielle marocaine. Les entreprises investissent, les carnets de commandes se maintiennent à un niveau jugé normal et certaines branches connaissent un regain d’activité.
Les dépenses d’investissement réalisées en 2025 ont d’ailleurs principalement été consacrées au remplacement d’une partie des équipements et à l’extension de l’activité, signe que les industriels continuent de parier sur l’avenir.
Les perspectives pour le début de l’année 2026 confirment cette orientation globalement positive.
Les chefs d’entreprise anticipent, pour le premier trimestre 2026, une progression de la production dans l’industrie manufacturière, notamment dans les branches de l’industrie alimentaire, de l’industrie chimique et de la fabrication de produits métalliques. Cette évolution devrait s’accompagner d’une légère augmentation des effectifs employés.
Dans la construction également, les anticipations font ressortir une hausse de l’activité, notamment dans les branches de la construction de bâtiments et du génie civil, accompagnée d’une augmentation de l’emploi. Autrement dit, les industriels et les acteurs du BTP semblent envisager l’année 2026 avec un certain optimisme, porté par la consolidation de la demande et la poursuite des investissements.
… Mais un horizon assombri
Pourtant, cet horizon relativement favorable se heurte à une réalité de plus en plus préoccupante : la montée des tensions géopolitiques internationales. La guerre impliquant les Etats-Unis et Israël face à l’Iran ravive les inquiétudes sur la stabilité du Moyen-Orient, une région qui demeure au cœur des équilibres énergétiques mondiaux.
L’expérience économique montre que chaque crise majeure dans cette zone se traduit presque immédiatement par des secousses sur les marchés pétroliers.
La récente flambée des prix du pétrole, qui a dépassé la barre symbolique des 100 dollars le baril, constitue à cet égard un signal d’alerte pour les économies importatrices d’énergie. Le Maroc, dont la facture énergétique reste largement dépendante des marchés internationaux, se trouve particulièrement exposé à ce type de choc.
Le renchérissement des coûts énergétiques se répercute en effet rapidement sur l’ensemble de la chaîne productive : transport, logistique, production industrielle et prix des intrants. Dans un tel scénario, l’inflation importée pourrait regagner en intensité et la dynamique industrielle actuelle pourrait se retrouver fragilisée.
Les entreprises manufacturières, déjà confrontées à des difficultés d’approvisionnement en matières premières étrangères, pourraient voir ces tensions s’aggraver en cas de perturbations majeures des routes commerciales.
La fermeture du détroit d’Ormuz et les perturbations au niveau du canal de Suez, deux artères majeures du commerce maritime mondial, illustrent parfaitement ce risque.
Cela entraîne mécaniquement une hausse des coûts de transport et des délais d’approvisionnement, affectant directement les industries dépendantes des importations intermédiaires.
Le secteur de la construction, lui aussi, pourrait ressentir les effets de ces turbulences. Très sensible aux fluctuations des prix de l’énergie et des matériaux, le BTP verrait ses coûts de production augmenter, ce qui pourrait ralentir certains projets ou peser sur la rentabilité des entreprises.
Pour autant, l’économie marocaine dispose de certains amortisseurs. La diversification progressive du tissu industriel, l’essor des énergies renouvelables et l’intégration croissante dans les chaînes de valeur régionales constituent autant de leviers susceptibles d’atténuer l’impact d’un choc externe prolongé.
Par ailleurs, les investissements réalisés ces dernières années dans les infrastructures logistiques, portuaires et industrielles contribuent également à renforcer la capacité de l’économie nationale à absorber les chocs extérieurs.
Mais dans une économie globalisée, aucun pays ne peut se considérer totalement à l’abri des secousses internationales.
En ce premier trimestre, le Maroc doit donc composer avec une dynamique industrielle qui cherche à se consolider et un contexte géopolitique mondial où les tensions militaires et énergétiques pourraient rapidement rebattre les cartes.
Plus globalement, la solidité des fondamentaux nationaux est confrontée aux secousses d’un ordre économique mondial en recomposition.
Source de l’article : laquotidienne.ma



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