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Du froid au chaud pour deux ultras montréalais

Du froid au chaud pour deux ultras montréalais

Mais pourquoi? C’est souvent la question qui vient à l’esprit des non-initiés lorsqu’ils ont affaire à un adepte de courses de type ultramarathons (ou ultras).

Les ultras de la course répondront probablement tous qu’il s’agit d’une question de dépassement de soi pour expliquer leur désir de consacrer la majeure partie de leur temps libre à l’entraînement, ainsi qu’une bonne partie de leur budget, et ce, pour aller souffrir pendant des heures.

Et c’est exactement ce que m’ont répondu deux Québécois d’adoption qui s’attaqueront aux 270 km du Marathon des Sables en avril prochain.

Il y a peu de moments dans le quotidien où l’on se sent aussi dans le moment présent que dans ce genre de course, m’explique Julien Dauplais, un ingénieur de 33 ans. Il y a aussi la sécrétion d’endorphine qui arrive après course, pendant la course, et qui est vraiment très forte. Mais ce que je recherche beaucoup, c’est d’apprendre à me connaître davantage et, dans ce genre de sport, on repousse constamment nos limites, et il y a un moment où le mental doit prendre le dessus parce que, physiquement, ça devient dur.

Ça permet de sortir de plus en plus de sa zone de confort, et donc aussi de grandir. Le fait de repousser son mental comme ça aide pour plusieurs choses dans le quotidien, je trouve.

C’est vraiment une passion, ajoute son acolyte Julien Conte. Dès que je vais courir, et encore plus sur la longueur, c’est là que je me sens revivre. J’oublie tout ce qui se passe et c’est mon moment à moi. Je pense qu’on doit être un peu fou de rechercher ce genre de défi, parce que c’est sûr que c’est quand même des courses assez intenses. C’est sûr que l’on doit aimer souffrir et je pense que c’est ça aussi que l’on aime. Derrière la souffrance, il y a quelque chose de bon après et on se sent bien, dit le gestionnaire de programme de 44 ans.

Il faut être bon joueur et souligner que les courses de type ultras ne sont plus l’affaire de quelques personnes intenses et passionnées. Selon le site web ultrarunning.com, 1992 événements de courses de ce genre ont eu lieu en Amérique du Nord l’an dernier. En comparaison, c’était 295 en 2005. Pour ce qui est du nombre de participants, en 20 ans, il est passé de 12 717 à 102 592 l’an dernier, toujours en Amérique du Nord.

Au Québec, selon les chiffres du site iskio.ca, 18 584 coureurs ont participé aux 13 événements d’ultramarathons en sentier organisés en 2025 dans la province.

Ce qui est clair en analysant les statistiques de ces deux sources, c’est que l’engouement pour les courses de ce type est en constante augmentation.

Le dépassement de soi n’a pas encore atteint un plateau.

De la neige au sable

Et il semble que, lorsqu’on y goûte, on y revient.

Revenons d’ailleurs à nos deux Julien. En se lançant dans l’aventure marocaine, ils savent à quoi s’attendre, étant donné qu’ils ont l’habitude des longues distances. Ils ont couru lors de la Diagonale des Fous (170 km), sur l’île de la Réunion, et de plusieurs événements incontournables au Québec, entre autres.

Leur prochain défi sera un peu différent, toutefois, puisque le Marathon des Sables – Legendary [le nom complet de la course la plus longue] consiste à courir la distance dans le désert du Sahara en autosuffisance alimentaire. Les participants doivent donc transporter une charge de 8 à 10 kilos (de 18 à 22 livres) dans leur sac à dos. Et, autre particularité importante, la course se fait en étapes.

La course est composée en 6 étapes, sur 7 jours, pour un total de 270 km, explique Julien Dauplais. Donc, ça va être 32 km la première journée, 42 km la deuxième, 32 km la troisième, et ensuite, c’est 100 km sur 2 jours, puis 42 km et 21 km. Une fois que l’on a terminé notre épreuve de la journée, on se retrouve avec les autres athlètes et on a du temps avec eux, peut-être à la différence d’autres épreuves. On est dans le désert, coupé du monde, et ce côté-là crée de l’entraide et des rapprochements.

Le fastpacking, c’est un type de course que j’affectionne, ajoute Julien Conte. C’est de la distance, mais c’est aussi, surtout, le partage, de rester ensemble dans le bivouac, de s’entretenir, de s’écouter et de partager. J’en ai fait deux [demi-Marathons des Sables] et elles m’ont vraiment marqué.

Au cours des quatre derniers mois, les deux Julien ont ajusté leur entraînement normal d’environ 150 km de course par semaine en ajoutant un sac à dos avec une charge comparable à ce qu’ils traîneront dans le désert.

Outre la gestion des ampoules aux pieds, les deux Montréalais, qui se sont entraînés dans les conditions hivernales québécoises, testeront aussi leur adaptabilité à la chaleur.

On a eu un hiver assez rude en termes de journées de neige, mais en termes de froid aussi. Je crois que le record que l’on a fait, on a couru à -38, et là, on va aller sur du 40 ou 45 degrés, peut-être; c’est quand même un gros extrême, un 70 degrés de différence, fait valoir Julien Dauplais.

C’était notre but de courir dans toutes les conditions, que ce soit tempête, neige, poudreuse, poursuit le gestionnaire de programme. C’est sûr qu’il y a beaucoup de contrastes entre ce que l’on va vivre et notre entraînement, mais il y a quand même un point qui est important et qui va nous aider, c’est que la neige ressemble beaucoup au sable, donc les appuis ne sont pas stables du tout.

Je pense que ça va nous aider [d’avoir couru dans le froid], et nous endurcir pour la course quand on aura des températures beaucoup plus chaudes, et au niveau de la nuit, ça va nous aider aussi, puisque là-bas, la grosse différence va se faire entre la journée, où il fait 40 degrés, et la nuit, où il peut faire 10, 12 degrés.

Par ailleurs, si l’idée de courir au froid pour performer au chaud peut sembler contre-intuitive, le physiologiste québécois Dominique Gagnon, qui s’intéresse à l’entraînement au froid depuis plusieurs années, avance l’hypothèse que de s’activer lors de températures froides pourrait effectivement offrir des avantages métaboliques uniques, lesquels auraient des effets sur la santé et l’endurance.

Les deux coureurs n’auraient donc pas perdu leur temps en défiant les trottoirs glacés de Montréal, mais sachez qu’ils arriveront aussi quelques jours à l’avance au Maroc, question de s’acclimater.

Seul, mais ensemble

En discutant avec les deux coureurs de longue distance, un point ressort, et c’est celui de l’esprit de communauté.

Pour la majorité des gens, l’image de l’ultramarathonien en sentier est souvent celle d’un coureur qui affronte les éléments et la douleur, en solitaire dans un sentier en pleine nuit, et qui se bat avec lui-même pour ne pas arrêter.

Ce type de course, ce sont aussi des athlètes qui s’encourageront avant, pendant et après, qui n’hésitent pas à remonter le moral d’un compétiteur qu’ils croisent et qui semble sur le point de craquer.

C’est ça qui est vraiment fort et qui m’attire, analyse Julien Conte. On passe tellement par toutes les émotions; ça peut être de la joie, des pleurs, de la haine, on se remémore plein de bons moments… Il y a des moments difficiles où l’on ressent de la douleur, et il y a quelqu’un qui nous croise et qui nous encourage, et après, on redonne ça, et ces moments-là, c’est très fort.

Ce sont aussi des mois d’entraînement et de préparation avec d’autres passionnés.

Il n’y a pas que la course; c’est tout le trajet qu’il y a pour arriver qui est super important, et c’est vrai qu’il y a une communauté à Montréal qui est incroyable, souligne Julien Dauplais. Il y a plein de moments de partage dans tout ce chemin par rapport à tous ces rendez-vous hebdomadaires que l’on a avec différents groupes dans la communauté, et ça, c’est vraiment trop cool. C’est sûr que, si c’était juste individuel, ou même juste nous deux, ce serait plus compliqué. Là, on a beaucoup de personnes que l’on voit régulièrement avec tous les entraînements, et ça aide beaucoup quand même.

Leurs objectifs pour ce Marathon des Sables légendaire? Le terminer, aller au bout d’eux-mêmes et faire de belles rencontres.

Et si on revient à la question : mais pourquoi?

La réponse est : pour un peu tout ça.

Source de l’article : Radio-Canada

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