Du Botswana à l’Open d’Australie juniors, l’incroyable histoire du Franco-Botswanais Ntungamili Raguin

Du Botswana à l’Open d’Australie juniors, l’incroyable histoire du Franco-Botswanais Ntungamili Raguin

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Du Botswana à l’Open d’Australie juniors, l’incroyable histoire du Franco-Botswanais Ntungamili Raguin

Premier Botswanais de l’histoire à jouer et gagner un match en Grand Chelem juniors, Ntungamili Raguin, 17 ans, a un parcours unique. Né au Botswana, où il a découvert le tennis, il vit en France depuis qu’il a 8 ans, possède la double nationalité mais a choisi de représenter son pays d’origine. Son père raconte.

Ntungamili Raguin à Melbourne, mardi. (P. Lahalle/L’Équipe)

Du Botswana à l’Open d’Australie juniors, l’incroyable histoire du Franco-Botswanais Ntungamili Raguin

Premier Botswanais de l’histoire à jouer et gagner un match en Grand Chelem juniors, Ntungamili Raguin, 17 ans, a un parcours unique. Né au Botswana, où il a découvert le tennis, il vit en France depuis qu’il a 8 ans, possède la double nationalité mais a choisi de représenter son pays d’origine. Son père raconte.

Quentin Moynet à Melbourne publié le 28 janvier 2026 à 20h57

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Quand on l’a contacté mardi, il n’a pas hésité malgré la température caniculaire (45 °C). Avec son entraîneur Killian Sinclair, Ntungamili Raguin a traversé tout Melbourne Park depuis le National Tennis Centre, où il venait d’effectuer ses soins, pour nous rejoindre au centre de presse. La récente attention médiatique dont il fait l’objet n’effraie pas l’adolescent de 17 ans, au contraire. « Au pays, je suis dans le journal et à la radio, glisse-t-il dans un grand sourire dont il se départit rarement. J’aime bien qu’on parle de moi ! Là-bas, ce n’est pas trop une pression parce que je sais que, quoi que je fasse, ils seront contents de mon résultat. » Là-bas, c’est chez lui, au Botswana. Dans ce pays enclavé de l’Afrique australe, on parle l’anglais et le tswana. Pourtant, Raguin s’exprime dans un français parfait. « Vous pouvez m’appeler Mathieu, c’est mon prénom en France. » Né à Gaborone, la capitale, il a vécu à Francistown (à la frontière du Zimbabwe) jusqu’à ses huit ans avant que sa famille ne déménage dans l’est de la France. Son père est Français, sa mère Botswanaise. Lui, possède la double nationalité. Il s’entraîne désormais à Aix-en-Provence et, l’été dernier à Roland-Garros, il est devenu vice-champion de France 16 ans.

Il a préféré le Bostwana au pôle France

Pourtant, l’actuel 75e mondial juniors a décidé de représenter le Botswana. Issu des qualifications, il est devenu dimanche le premier Botswanais de l’histoire à jouer, et gagner, un match en Grand Chelem juniors. Jeudi, il jouera son huitième de finale contre le Brésilien Luis Miguel, 3e mondial. « Quand j’avais 14 ans, la France m’a demandé de jouer pour elle et d’aller au Pôle France, mais je préférais jouer pour le Botswana, explique-t-il. J’ai grandi là-bas, j’y suis né. J’ai plus un sentiment d’appartenance au Botswana. » Son père, Dominique Raguin, nous raconte le parcours unique de son fils : « J’ai rencontré ma femme botswanaise au restaurant universitaire de Besançon en 1999. Elle voulait enseigner le français et était venue pour un stage au Centre de linguistique appliquée. Moi, j’étais en Staps. On a terminé nos études ensemble en Ontario, au Canada, où on a eu deux premiers enfants, puis on s’est établi au Botswana.

L’école de tennis de Francistown (Botswana) a été créée par Dominique Raguin, le père du joueur de tennis Ntungamili. (DR)

On vivait à Francistown quand j’ai eu l’idée de retaper deux terrains et de lancer une école de tennis. J’ai quitté mon poste de directeur des opérations d’une multinationale sud-africaine pour reconstruire le club et en devenir le directeur sportif. J’avais un permis de travail et un salaire local, c’est-à-dire qu’on gagne en général quatre ou cinq fois moins qu’un expatrié. On vivait bien, mais chichement. » Quand Ntungamili sortait de son école anglophone, il rejoignait des enfants qui ne parlaient pas un mot d’anglais. Ils jouaient pieds nus, grimpaient aux arbres, allaient à la rivière, faisaient des courses avec des pneus de camion « Le club-house était envahi par les termites, il n’y avait plus d’eau, plus d’électricité. Il fallait quémander pour avoir des câbles électriques, un tuyau. Puis piocher, aller sur le toit, réparer les gouttières avec de l’adhésif goudronné… Taper la balle sur des terrains qui ont coûté 300 000 € ou sur un parking, s’il y a un filet, des lignes au sol et quelqu’un de compétent pour coacher, le gamin apprendra la même chose. Bon, au début ç’a été compliqué : on ne trouvait pas les bonnes balles ni les chaussures de tennis pour les gamins.

Mathieu avait 4 ans. Il a grandi sur ces terrains de tennis, il y passait ses après-midis avec son frère et sa soeur. Il rigolait tout le temps. On habitait dans un quartier populaire, dans une toute petite maison que nous avait laissée la mère de ma femme. Les enfants partageaient une chambre de 2 m sur 3,50 m. C’était juste pour dormir. Le reste du temps, ils étaient dehors. Quand Ntungamili sortait de son école anglophone, il rejoignait des enfants qui ne parlaient pas un mot d’anglais. Ils jouaient pieds nus, grimpaient aux arbres, allaient à la rivière, faisaient des courses avec des pneus de camion.

Ntungamili Raguin à 4 ans à Francistown. (DR)

J’ai commencé à organiser des tournois, d’abord à Francistown, puis à Gaborone, à 400 km. Ensuite, on est allés au Zimbabwe, à Bulawayo, Harare et Mutare. Douze heures en voiture et jusqu’à quatre heures pour passer la frontière terrestre. À Mutare, quand les jeunes attendaient leur tour pour jouer, ils grimpaient aux arbres et se chamaillaient avec les singes. » Au Botswana, ils ne parlaient français qu’avec moi. Le plus compliqué pour eux, ç’a été de s’intégrer au système scolaire français. C’était comme s’installer sur la Lune ! « On a aussi fait des déplacements mémorables en Afrique du Sud, jusqu’à Le Cap : 23 heures de route ! Un voyage sur deux jours. Tout ça, c’était avec les moyens du bord. Les gamins dormaient parfois alignés sur des matelas dans une salle à manger. À chaque fois, pendant les trajets en voiture, on faisait un arrêt, soit sur un site historique, soit dans un musée, soit dans une réserve naturelle avec des animaux. Pour qu’ils aient toujours quelque chose à raconter à leur retour, même s’ils n’avaient pas eu de bons résultats sportifs. Par contre, ils étaient prévenus, si les résultats scolaires baissaient, ils ne participaient pas aux déplacements suivants.

Ntungamili Raguin (au milieu) avec son frère et sa soeur. (DR)

On s’est installés en France en 2017 parce qu’on avait besoin d’un environnement plus structuré. Mathieu avait 8 ans. On s’est posés dans l’Est, à Montbozon (Haute-Saône), un village de 350 ou 400 habitants, près de chez mes parents, instituteurs à la retraite qui ont aidé nos enfants à avoir un bon niveau de français très vite. Au Botswana, ils ne parlaient français qu’avec moi. Le plus compliqué pour eux, ç’a été de s’intégrer au système scolaire français. C’était comme s’installer sur la Lune !

Dans les écoles anglophones en Afrique, c’est très centré sur l’épanouissement humain de chaque enfant, tout le monde est valorisé, on les encourage à se développer. Dans le système français, et ce n’est pas une critique, c’est très centré sur la note. L’enfant est assis, il doit faire ce qu’on lui demande. Au début, mes enfants ne comprenaient pas pourquoi il fallait être à l’école de 8 heures à 18 heures. Pourquoi en hiver, il faisait nuit quand ils partaient à l’école et nuit quand ils en revenaient. » Mathieu est binational, il est parfaitement bilingue français-anglais. Mais il est très Botswanais dans sa culture précoce et dans son for intérieur « En 2019, on est partis à Aix-en-Provence. Le tennis prenait de plus en plus de place et on a sorti Mathieu du système scolaire pour le mettre au CNED (Centre national d’enseignement à distance). Mais il y a trois ans, on trouvait qu’il commençait à se renfermer, qu’il manquait de contact social donc on l’a remis dans une école avec un programme à horaires aménagés pour aller au tennis l’après-midi. Et là, il a repris le CNED parce qu’on savait qu’il allait voyager beaucoup plus pour disputer des tournois. Il a le bac de français à la fin de l’année scolaire, et comme il a pris du retard avec tous ses déplacements, il va avoir une période consacrée aux révisions et un bloc d’entraînement. Ce n’est pas très fun, mais il sait qu’il n’a pas le choix.

Ntungamili Raguin champion d’Afrique 14 ans au Maroc, en 2023. (DR)

Mathieu est binational, il est parfaitement bilingue français-anglais et parle aussi le tswana. Mais il est très Botswanais dans sa culture précoce et dans son for intérieur. Mes enfants ont grandi au Botswana. Là-bas, ils ont des copains d’enfance avec lesquels ils ont appris à jouer au tennis et fait de grands voyages. Par exemple, Mark Nawa, qui a été champion d’Afrique en double, est un gamin qui a grandi avec les miens à Francistown. Il a été élevé par une maman seule qui gérait un supermarché. Elle travaillait 7 jours sur 7, partait à 6h30 le matin et rentrait après 20 heures. Après le tennis, on l’emmenait chez nous et si sa maman ne pouvait pas le récupérer, il partageait un lit avec nos enfants. Il était tout le temps à la maison. » Mathieu a vécu quelque chose qui n’était pas du tout prévu : la Coupe Davis au Botswana. Cette expérience a, je pense, été un très gros déclic pour lui. Quand il est revenu, il avait changé « Changer de nationalité sportive, pour eux, ça aurait voulu dire se couper de ça, de toutes ces aventures, de toutes ces histoires. Ils sont bien sûr également Français, mais le choix de représenter le Botswana s’est fait naturellement. On ne voulait pas risquer de tout chambouler en changeant de nationalité sportive. Ils étaient déjà perturbés par le changement scolaire, donc on a préféré garder la continuité au niveau institutionnel et se centrer sur un cadre très structuré en France avec la Ligue PACA, le programme de Thomas Enqvist, le coach Killian Sinclair, le préparateur physique Benjamin Senac et une base d’entraînement au Set Club à Aix.

Ntungamili Raguin (en bas à droite) en Coupe Davis avec le Botswana, en 2025. (DR)

En août dernier, Mathieu a vécu quelque chose qui n’était pas du tout prévu : la Coupe Davis au Botswana. Ils étaient dans le groupe 5 Afrique, avec quinze sélections, et on a eu la chance que ce soit organisé au pays. Au fur et à mesure des matches, il y a eu un engouement national monstrueux, la vraie ambiance de Coupe Davis, et l’équipe est montée en groupe 4. Cette expérience a, je pense, été un très gros déclic pour lui. Quand il est revenu, il avait changé.

À Melbourne, il reçoit un soutien incroyable de la communauté botswanaise. Voir un joueur botswanais à l’Open d’Australie, les gens n’en dorment plus ! Donc ils viennent au stade le soutenir. Lundi, le jour de ses 17 ans, ils ont fêté son anniversaire, ils ont organisé un petit quelque chose, c’était sympa. Pour Mathieu, c’est comme s’il avait sa famille avec lui. » Ntungamili Raguin au Botswana. (DR)

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Source de l’article : L'Équipe

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