Droits humains : le Maroc veut améliorer ses indicateurs

Droits humains : le Maroc veut améliorer ses indicateurs

Le Maroc veut mieux mesurer l’effectivité des droits humains. Au-delà des réformes et des textes, l’enjeu est désormais d’évaluer ce qui change réellement dans la vie des citoyens. À Rabat, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) a ouvert ce jeudi 29 janvier 2026, un chantier : Définir des indicateurs de référence afin de suivre l’application des droits et mesurer leur impact.

Consacré à cette thématique, l’atelier a été animé par Amina Bouayach, présidente du CNDH, et Abdelhamid Benkhatab, professeur de science politique à l’Université Mohammed V. Les deux intervants ont en effet plaidé pour des outils de mesure plus précis, capables de traduire les politiques publiques en résultats vérifiables.

De l’effort à l’impact

Intervenant lors de cette rencontre, Amina Bouayach a rappelé que le Conseil a mené, depuis 2019, plusieurs actions couvrant des dimensions juridiques et non juridiques. « Des efforts importants ont été réalisés » , a-t-elle déclaré, citant des programmes de politiques publiques et des initiatives jugées pertinentes.

Mais la présidente du CNDH a aussi pointé une limite : malgré ces efforts, l’impact concret reste difficile à établir. L’observation de la réalité, dit-elle, ne permet pas toujours de constater des effets visibles sur le terrain. Bouayach a insisté en effet sur la nécessité de mesurer les réformes « dans la réalité vécue par les citoyennes et les citoyens » , estimant que l’évaluation doit devenir un réflexe de gouvernance, et non un exercice ponctuel.

Indicateurs de référence

Pour la présidente du CNDH, l’élaboration d’indicateurs précis et « scientifiques » doit renforcer l’action en matière de protection, de promotion et de prévention des violations. « Ces indicateurs doivent servir de référence nationale » , a-t-elle souligné, en précisant que cette référence a vocation à être partagée avec les partenaires internationaux et régionaux dans leurs évaluations respectives.

Amina Bouayach a également défendu le rôle des indicateurs dans l’amélioration des politiques publiques. Le Conseil, rappelle-t-elle, avait déjà qualifié dans son rapport annuel 2023 cette démarche de « chaînon manquant » dans la méthodologie de l’action publique au Maroc. L’objectif est de disposer de données quantitatives et qualitatives permettant de comprendre les causes de l’échec de certains programmes, et de mieux corriger les trajectoires. Dans la même logique, Bouayach a insisté sur un principe : les engagements ne peuvent plus se limiter à des déclarations. Ils doivent se mesurer à partir de « données objectives, précises et vérifiables » , capables d’établir ce qui a été réalisé et ce qui ne l’a pas été.

Évaluer l’accès aux droits

Même analyse du côté d’Abdelhamid Benkhatab. L’universitaire a rappelé que la question des droits humains ne se résume pas aux textes, mais à leur effectivité. Il a mis en avant deux axes d’évaluation : l’accès réel des citoyens à leurs droits, et le degré d’engagement de l’État et des institutions. « Nous sommes encore en retard lorsqu’il s’agit de développer des indicateurs précis » , a-t-il déclaré, soulignant que le Maroc doit mieux mesurer l’application effective des droits et leur impact sur la population.

’initiative du CNDH vise ainsi à unifier les concepts, standardiser et harmoniser les critères et mettre en place un cadre national de suivi, d’évaluation, de protection et de promotion des droits humains. Un travail collectif, associant les secteurs gouvernementaux, les institutions constitutionnelles, le système statistique national, l’université, la société civile et des partenaires internationaux.

Ouvrir le débat

Bouayach a d’ailleurs présenté cet atelier comme une étape avancée dans le processus, marquant le passage de la question « que mesurons-nous ? » à celle de « comment mesurons-nous ? » . L’objectif, explique-t-elle, est de passer du cadre théorique à l’opérationnel, et d’ouvrir un débat public participatif autour d’un outil commun.

La présidente du CNDH a enfin insisté sur l’esprit dans lequel ces indicateurs doivent être conçus : comme des outils d’appui, et non de classement. Ils doivent permettre de mettre en lumière les inégalités structurelles, d’identifier les catégories qui restent en retrait, et d’accompagner des politiques publiques plus inclusives, « qui ne laissent personne de côté » , conclut-elle. En filigrane, le CNDH assume une nouvelle orientation : ne plus seulement énoncer les droits, faire des constats mais en mesurer l’effectivité, avec des indicateurs capables d’éclairer les décisions, d’ajuster les politiques publiques et de rapprocher les engagements de leur traduction concrète.

Source de l’article : lobservateur.info

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