Dossier du Sahara marocain : l’Institut Elcano analyse le tournant stratégique de l’Espagne
À la lumière d’une analyse de l’Institut royal Elcano, l’évolution de la position de l’Espagne sur le Sahara marocain apparaît comme le résultat d’un choix stratégique assumé, guidé par le réalisme diplomatique et par la place centrale occupée par le Maroc dans l’équilibre sécuritaire et politique du flanc sud de l’Europe.
Selon cette analyse, publiée le 7 janvier 2026, Madrid a progressivement ajusté sa posture sous l’effet combiné de considérations géopolitiques, de l’évolution des rapports de force internationaux et de la centralité stratégique du Maroc dans son environnement méridional. Cette inflexion, loin de relever d’une conjoncture passagère, s’inscrit dans une lecture pragmatique des intérêts fondamentaux de l’État espagnol, dans un contexte où la stabilité du sud de l’Europe est devenue un enjeu prioritaire.
L’Institut souligne que le tournant opéré en mars 2022, lorsque le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a qualifié le plan d’autonomie marocain de « proposition la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le différend régional autour du Sahara, constitue l’aboutissement d’un long processus de maturation politique.
Ce positionnement marque une rupture assumée avec une neutralité formelle observée pendant près de quarante-cinq ans. Il traduit surtout, selon l’Institut Elcano, une prise de conscience accrue du rôle central du Maroc dans des domaines jugés stratégiques par l’Espagne, notamment la sécurité régionale, la gestion des flux migratoires, la coopération économique et la lutte contre le terrorisme.
Lire aussi : Sécurité euro-méditerranéenne : le Maroc au centre de la coordination policière avec l’Espagne et l’Allemagne
D’après l’analyse, cette inflexion répond avant tout à une logique de réalisme diplomatique. L’Espagne a dû composer avec une configuration géopolitique profondément transformée, marquée par l’alignement croissant de plusieurs grandes puissances en faveur de la solution d’autonomie proposée par le Royaume du Maroc.
Le rapport rappelle ainsi que les États-Unis, la France et, plus récemment, plusieurs capitales européennes considèrent désormais cette option comme la voie la plus praticable pour parvenir à une solution durable, dans le cadre du processus onusien conduit sous l’égide des Nations unies.
L’Institut met également en exergue la centralité du Maroc dans l’environnement stratégique méridional de l’Espagne. La proximité géographique, l’intensité des échanges humains et économiques, ainsi que l’interdépendance sécuritaire entre les deux pays font du Royaume un partenaire incontournable pour Madrid.
Le document souligne, à cet égard, que le Maroc dispose d’une capacité d’influence significative sur plusieurs dossiers sensibles pour l’Espagne, notamment le contrôle des flux migratoires, la coopération antiterroriste et la sécurité maritime. Dans ce contexte, le maintien d’une relation de confiance durable apparaît, selon l’Institut, comme un impératif stratégique.
L’étude estime par ailleurs que ce repositionnement ouvre de nouvelles perspectives pour l’Espagne. En soutenant une solution d’autonomie avancée, Madrid pourrait jouer un rôle constructif dans l’accompagnement et la crédibilisation d’un modèle de gouvernance doté de larges compétences, inspiré de sa propre expérience en matière d’autonomies régionales. Cette approche permettrait, selon l’analyse, de concilier pragmatisme diplomatique et stabilité régionale.
En conclusion, l’Institut Elcano considère que l’ajustement de la position espagnole sur le Sahara marocain ne relève pas d’un revirement improvisé, mais d’une lecture stratégique cohérente. Dans un environnement régional marqué par l’incertitude, l’Espagne aurait fait le choix du réalisme et de la responsabilité, en reconnaissant la centralité du Maroc comme acteur clé de la stabilité au sud de la Méditerranée.
Source de l’article : Maroc Diplomatique



Laisser un commentaire