Dopage : le Maroc durcit son dispositif réglementaire en 2026

À compter du 1er janvier 2026, le Maroc applique une nouvelle liste des substances et méthodes interdites en matière de dopage, publiée au Bulletin officiel. Cette réforme, alignée sur les standards de l’Agence mondiale antidopage, renforce les contrôles, élargit les interdictions et vise à préserver l’éthique sportive dans un contexte de dopage de plus en plus technologique.

À l’heure où le dopage se complexifie, mêlant manipulations génétiques, pharmacologie de pointe et détournement de produits médicaux, le Maroc a décidé de resserrer l’étau sur les pratiques interdites en matière de performance sportive. Une nouvelle version de la liste des substances et méthodes dopantes interdites, calquée sur les standards de l’Agence mondiale antidopage (AMA), a été publiée au Bulletin officiel n°7468 du 25 décembre 2025. Ce texte est entré en vigueur le 1er janvier 2026, marquant une étape importante dans l’arsenal réglementaire antidopage du Royaume.

Une vision plus large du dopage

Au-delà du simple usage de substances chimiques pour améliorer les performances, la réglementation marocaine 2026 prend désormais en compte les procédés de manipulation biologique, génétique ou physique ayant pour objectif de modifier artificiellement les capacités physiologiques des athlètes.

Ainsi, les transfusions sanguines, les manipulations de l’hémoglobine ou de ses dérivés, ou encore l’inhalation de gaz comme le dioxyde de carbone ou l’ozone dans un but non thérapeutique, sont formellement interdites. Le texte interdit explicitement les procédés utilisant des appareils ou systèmes d’administration unidose d’oxygène visant à améliorer la performance, sauf à des fins diagnostiques, médicales ou de recherche encadrée.

De même, les injections intraveineuses dépassant 100 millilitres sur une période de 12 heures, en dehors d’un cadre hospitalier ou chirurgical validé, sont bannies. L’objectif est d’éradiquer les techniques de « micro-dopage » qui échappaient jusqu’à présent aux radars des contrôles antidopage classiques.

L’alerte génétique : le Maroc s’aligne sur les enjeux du futur

Dans une démarche d’anticipation, le texte marocain interdit toute forme de dopage génétique ou cellulaire, même à visée expérimentale. Il est désormais proscrit d’utiliser des acides nucléiques, leurs analogues ou dérivés, pour modifier l’expression d’un gène ou en introduire un nouveau.

Cette interdiction couvre aussi les techniques de transfert, d’édition ou d’extinction de gènes (comme le CRISPR), qu’elles soient réalisées sur l’athlète lui-même ou sur des cellules transférées.

Le texte vise également les organites cellulaires modifiés, tels que les mitochondries ou ribosomes, qui pourraient être détournés à des fins dopantes. Cette avancée positionne le Maroc parmi les pays en veille active sur les risques émergents en matière de dopage scientifique.

Un inventaire élargi de substances prohibées

Le BO 7468 met à jour une liste exhaustive de stimulants, narcotiques, cannabinoïdes, corticoïdes et bêtabloquants considérés comme substances dopantes, que ce soit en compétition ou hors compétition, selon les cas.

Parmi les stimulants interdits figurent des substances bien connues comme la cocaïne, les amphétamines, le MDMA (ecstasy), le modafinil, ou encore des composés fréquemment retrouvés dans certains compléments alimentaires non autorisés, tels que le DMAA, l’octodrine, ou la synephrine.

Du côté des opioïdes, la réglementation interdit toute utilisation de puissants analgésiques comme la diamorphine (héroïne), le fentanyl, la morphine ou le tramadol, largement utilisés pour masquer la douleur et favoriser la poursuite de l’effort.

Cannabinoïdes et corticoïdes : autorisations sous conditions

Les cannabinoïdes naturels ou synthétiques, tels que le THC ou ses dérivés, sont proscrits. Toutefois, une exception est maintenue pour le CBD (cannabidiol), à condition qu’il soit pur et sans trace de THC. Pour les glucocorticoïdes, l’interdiction s’applique uniquement aux voies d’administration systémiques (orale, injectable, sublinguale), notamment durant les compétitions. L’usage local (nasal, cutané, oculaire) reste possible, dans le cadre de traitements validés.

Des disciplines sportives spécifiques visées par l’interdiction des bêtabloquants

Enfin, la législation distingue certaines disciplines dans lesquelles l’usage de bêtabloquants, entre autres termes médicaments qui réduisent le rythme cardiaque et le stress, est interdit même en dehors des compétitions. Il s’agit notamment des sports de précision tels que le tir, la plongée, le golf, le billard, la fléchette ou les sports mécaniques.

Parmi les substances concernées figurent l’aténolol, le propranolol, le bisoprolol ou encore le métoprolol, fréquemment prescrits dans des contextes médicaux mais susceptibles d’offrir un avantage déloyal en compétition.

Dopage : quand les seuils font la différence

L’un des éléments clés de la nouvelle réglementation antidopage adoptée par le Maroc pour 2026 réside dans la définition de seuils de tolérance mesurables pour certaines substances. Ces seuils permettent aux laboratoires antidopage de faire la distinction entre une consommation accidentelle, thérapeutique ou volontairement dopante.

Voici les principaux repères à connaître :

• Pseudoéphédrine : cet ingrédient actif courant dans les décongestionnants nasaux est interdit si sa concentration dans les urines dépasse 150 microgrammes par millilitre. En dessous, il est considéré comme compatible avec un usage médical modéré.

• Éphédrine et méthyléphédrine : souvent présentes dans des produits contre l’asthme ou la toux, elles deviennent suspectes au-delà de 10 microgrammes/mL.

• Cathine (d-norpseudoéphédrine) : naturelle dans le khat, elle est interdite si sa concentration dépasse 5 microgrammes/mL, notamment pour prévenir les cas de dopage involontaire liés à certaines infusions ou compléments.

• Epinéphrine (adrénaline) : tolérée uniquement si elle est administrée localement (gouttes ophtalmiques, sprays nasaux), ou en association avec un anesthésique local. Son usage injectable ou systémique sans justification thérapeutique est prohibé.

• THC (cannabis) : la réglementation reste stricte. Toute trace détectée en compétition est considérée comme infraction, à l’exception du cannabidiol (CBD) pur, exempt de THC, autorisé sous réserve de certification.

S.N. / Les Inspirations ÉCO

Source de l’article : LesEco.ma