Développement territorial intégré : un chantier encore méconnu, mais stratégique pour le Maroc

Alors que le Maroc s’engage dans des mutations économiques et sociales profondes, le concept de développement territorial intégré gagne en importance parmi les décideurs publics, les collectivités locales et les acteurs du développement. Une enquête Sunergia met en lumière ce chantier encore peu connu du grand public, mais considéré comme un levier stratégique pour une croissance plus équilibrée, inclusive et durable.

Le développement territorial intégré ne se limite pas à une politique sectorielle ou à un simple projet d’infrastructure. Il s’agit d’une approche holistique, qui vise à mobiliser simultanément les ressources économiques, sociales, environnementales et institutionnelles d’un territoire, afin d’optimiser les dynamiques locales et de réduire les disparités entre régions.

Contrairement aux stratégies traditionnelles, souvent centrées sur un secteur (agriculture, industrie, tourisme), cette approche propose de penser l’ensemble des facteurs du développement comme des composantes interdépendantes.

Elle repose sur trois grands principes :

– Coopération entre parties prenantes : autorités, entreprises, société civile.

– Adaptation aux spécificités locales : forces et contraintes propres à chaque territoire.

– Vision à long terme : planification et coordination des politiques publiques à différents niveaux.

Pourquoi ce concept reste-t-il encore méconnu ?

Selon l’enquête, malgré son importance reconnue par les experts et les institutions internationales (Banque mondiale, OCDE, ONU), le développement territorial intégré demeure relativement peu visible dans le débat public. Plusieurs facteurs expliquent cette situation :

– Son caractère transversal, difficile à saisir pour un non-spécialiste.

– Une communication limitée des institutions publiques sur ses objectifs concrets.

– Une perception encore largement sectorielle des politiques publiques au niveau local.

Dans la pratique, de nombreux projets dits « de développement local » peuvent revêtir des éléments d’intégration territoriale sans être explicitement formulés comme tels.

Quels bénéfices pour le Maroc ?

Pour le Maroc, confronté à des défis structurels d’équité territoriale et de cohésion sociale, le développement territorial intégré peut offrir plusieurs avantages concrets :

1. Réduction des déséquilibres régionaux

Les disparités entre zones urbaines et rurales, ou entre régions du Nord et du Sud du pays, restent un enjeu majeur. En coordonnant les politiques d’emploi, d’éducation, d’infrastructures et de services sociaux, cette approche peut contribuer à atténuer ces écarts et encourager une croissance plus équilibrée.

2. Renforcement de l’attractivité des territoires

Les territoires dotés d’une vision intégrée sont mieux armés pour attirer des investissements privés. Une démarche qui combine infrastructures, qualité de vie, formation et innovation est plus susceptible de retenir les talents et de dynamiser l’économie locale.

3. Amélioration de la planification publique

Une gestion intégrée permet une meilleure synchronisation des politiques publiques (aménagement du territoire, développement économique, transition écologique). Cela réduit les doublons et augmente l’efficacité des dépenses publiques.

Vers une généralisation de l’approche au Maroc ?

Des initiatives locales et régionales montrent que le Maroc commence à s’orienter vers ce type de dynamique. Plusieurs plans de développement régionaux intègrent déjà des dimensions économiques, sociales et environnementales. Cependant, l’enjeu reste de rassembler ces démarches sous une même stratégie nationale claire et cohérente, tout en adaptant chaque politique aux réalités propres à chaque territoire.

En parallèle, l’impulsion donnée par la réforme de la régionalisation avancée place les collectivités territoriales au cœur du développement intégré. Cela suppose, pour les décideurs, une coordination renforcée entre l’État, les autorités locales et les forces socio-économiques du territoire.

Pour que le développement territorial intégré devienne une réalité au Maroc, plusieurs conditions sont nécessaires :

– Renforcer la gouvernance locale : appuyer les collectivités dans la planification, la gestion et l’évaluation des projets intégrés.

– Renforcer les compétences locales : formation des acteurs territoriaux aux outils de planification stratégique.

– Mobiliser des financements adaptés : combiner ressources publiques, investissements privés et appuis internationaux.

– Instaurer des mécanismes de coordination : plateformes interinstitutionnelles pour assurer la cohérence des politiques.

Dans un monde marqué par des contrastes croissants, où les grandes métropoles se développent plus vite que les zones rurales ou périphériques, le développement territorial intégré apparaît comme une réponse pertinente aux défis du XXIᵉ siècle. Il offre une perspective où croissance économique et cohésion sociale ne s’opposent pas, mais se renforcent mutuellement.

Pour le Maroc, cette approche reste encore partiellement explorée. Toutefois, à mesure que les acteurs politiques, économiques et sociaux en comprennent les bénéfices, elle pourrait devenir un outil majeur de transformation des territoires, garantissant un développement plus équitable, plus résilient et véritablement adapté aux besoins des populations locales.

Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc