Désinflation confirmée : le Maroc referme le cycle des tensions sur les prix en 2025
Après plusieurs années dominées par une flambée inédite des prix, alimentée par les chocs énergétiques, les perturbations logistiques mondiales et la volatilité des matières premières, l’année 2025 marque un tournant clair pour l’économie marocaine. L’inflation y confirme son net reflux, s’installant à un niveau historiquement bas et traduisant une normalisation progressive du coût de la vie.
Selon les données officielles du Haut-Commissariat au Plan, l’indice des prix à la consommation a progressé en moyenne annuelle de 0,8 % en 2025 par rapport à 2024, un rythme modéré qui consacre la sortie du cycle inflationniste exceptionnel observé au cours des exercices précédents. Cette évolution résulte d’une hausse de 0,8 % des prix des produits alimentaires et de 0,5 % des produits non alimentaires, confirmant une dynamique globale de désinflation, sans rupture brutale ni phénomène de déflation généralisée.
Décembre 2025 : la désinflation s’ancre dans les données mensuelles
Le mois de décembre 2025 vient renforcer ce diagnostic. L’IPC y recule de 0,1 % par rapport au mois de novembre, confirmant l’installation d’un régime désinflationniste. Cette évolution mensuelle est portée par une baisse de 0,3 % des prix des produits alimentaires, tandis que les produits non alimentaires affichent une stabilité parfaite sur la période.
Dans le détail, les baisses les plus marquées concernent les huiles et graisses, dont les prix chutent de 3,9 % sur un mois, les fruits avec un repli de 2,8 %, ainsi que les viandes, en baisse de 1,2 %. À l’inverse, certaines composantes alimentaires enregistrent des hausses ponctuelles, notamment les poissons et fruits de mer (+3,3 %), les légumes (+2,8 %), le lait, le fromage et les œufs (+0,6 %), ainsi que le café, le thé et le cacao (+0,4 %), traduisant des ajustements saisonniers plus que des tensions structurelles.
Du côté des produits non alimentaires, la seule baisse notable concerne les carburants, dont les prix reculent de 0,5 % sur le mois, contribuant directement à la détente de l’indice global.
L’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et ceux soumis à des tarifs publics, suit la même trajectoire. Elle enregistre une baisse mensuelle de 0,2 % en décembre, confirmant l’absence de pressions inflationnistes diffuses dans l’économie.
Une inflation annuelle modérée, tirée par des dynamiques sectorielles contrastées
Sur l’ensemble de l’année 2025, la progression moyenne de 0,8 % de l’IPC masque toutefois des évolutions sectorielles contrastées. Le poste du transport se distingue par une baisse annuelle marquée de 2,6 %, reflétant l’atténuation des coûts énergétiques sur les marchés internationaux et leur transmission progressive aux prix domestiques.
À l’opposé, les restaurants et hôtels enregistrent la hausse la plus soutenue parmi les composantes non alimentaires, avec une progression annuelle de 3,3 %, traduisant un ajustement tarifaire dans les services, secteur plus exposé aux coûts salariaux et à la reprise de la demande. L’enseignement affiche également une hausse annuelle notable de 2,3 %, en lien avec les revalorisations de frais scolaires intervenues à la rentrée académique.
Les autres postes évoluent à des rythmes plus contenus : le logement, l’eau, l’électricité et les autres combustibles progressent de 1,8 %, l’habillement et les chaussures de 0,9 %, la santé de 0,3 %, tandis que les communications, les loisirs et la culture affichent des variations négatives ou quasi nulles.
L’inflation sous-jacente annuelle moyenne s’établit, elle aussi, à 0,8 % en 2025, confirmant que la modération des prix ne se limite pas aux seuls produits volatils, mais concerne l’ensemble du panier de consommation.
Des disparités territoriales toujours présentes
Sur le plan géographique, la dynamique inflationniste demeure hétérogène. Les hausses annuelles les plus importantes sont observées à Fès, où l’IPC progresse de 1,7 %, à Kénitra avec 1,3 % et à Guelmim avec 1,2 %. Settat affiche une hausse de 1,1 %, suivie de Tétouan à 1,0 %, tandis que Rabat et Errachidia enregistrent chacune une progression de 0,9 %.
À l’inverse, certaines villes connaissent des évolutions nettement plus contenues. Casablanca affiche une hausse annuelle de 0,7 %, Agadir et Tanger de 0,8 %, Meknès et Dakhla de 0,5 %, Beni-Mellal de 0,4 %, et Marrakech se distingue par une progression très limitée de 0,2 % sur l’année.
Une crédibilité monétaire confortée
Cette trajectoire d’inflation modérée conforte la crédibilité de la politique monétaire menée par Bank Al-Maghrib. Le maintien de l’inflation sous-jacente à un niveau inférieur à 1 % traduit l’absence de tensions structurelles durables et valide l’orientation prudente adoptée par la Banque centrale. La décision du Conseil de BAM de maintenir le taux directeur à 2,25 % en décembre s’inscrit dans cette logique d’équilibre entre maîtrise des prix et soutien à l’activité, et les analystes anticipent désormais une stabilité de ce taux à court terme.
Vers une nouvelle phase macroéconomique
Au-delà des chiffres, l’année 2025 apparaît comme celle du retour à la visibilité économique. Une inflation faible et maîtrisée redonne des repères aux ménages comme aux entreprises, favorisant la reprise de l’investissement productif et la restauration progressive du pouvoir d’achat. Cette stabilisation des prix ouvre la voie à un cercle vertueux, dans lequel la consommation soutient la production, l’investissement et l’emploi, sans recréer de tensions inflationnistes.
Si les risques exogènes demeurent – volatilité des cours internationaux de l’énergie, aléas climatiques affectant la production agricole – les fondamentaux actuels suggèrent que la séquence inflationniste exceptionnelle des dernières années appartient désormais au passé. En 2025, le Maroc referme ainsi un cycle et s’inscrit à nouveau dans un régime d’inflation basse, compatible avec la stabilité macroéconomique et une croissance plus prévisible et structurellement plus saine.
Source de l’article : Le Desk



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