Démolitions à Casablanca : Le Conseil communal interpellé sur l’avenir des familles, commerçants et artisans
À Casablanca, la mise en œuvre du projet dit de « l’Avenue royale » continue de susciter de vives tensions politiques, sociales et associatives. En cause : les opérations de démolition de marchés collectifs et d’évacuation d’immeubles classés menaçant ruine, accusées de plonger des milliers de commerçants, d’artisans et de familles dans une précarité accrue, en l’absence de garanties claires sur leur avenir.
Au Conseil communal de la métropole, le groupe du Parti de la justice et du développement (PJD) a officiellement saisi la présidente de l’instance, Nabila Rmili, afin d’inscrire des points jugés urgents à l’ordre du jour de la prochaine session. Dans une correspondance adressée à la maire, les élus du parti dénoncent des « situations sociales dramatiques » engendrées par les opérations de démolition, menées, selon eux, sans vision globale ni accompagnement structuré.
Le groupe critique notamment le « flou entourant les motifs des démolitions » ainsi que l’absence de stratégie permettant de faire face à leurs conséquences sociales et économiques. Des milliers de commerçants et de petits artisans, soulignent-ils, se retrouvent aujourd’hui confrontés à un avenir incertain, faute de solutions concrètes concernant la reconstruction de nouveaux marchés ou la définition de mécanismes d’indemnisation clairs pour les personnes affectées.
Les élus du PJD attirent également l’attention sur l’accélération du rythme des évacuations et des démolitions visant des bâtiments classés « menaçant ruine » . Ces opérations, relèvent-ils, se déroulent dans un climat marqué par le doute et l’opacité, tant du côté des citoyens que des acteurs de la société civile et des médias. En ligne de mire : l’absence de visibilité sur les programmes de relogement et les garanties effectives des droits des occupants.
S’appuyant sur l’article 40 de la loi organique n°113.14 relative aux communes, le groupe demande la convocation de la commission de l’urbanisme afin d’examiner ces dossiers, ainsi que la saisine formelle du président de ladite commission. Il plaide pour que la prochaine session du Conseil se concentre sur deux axes prioritaires : d’une part, l’évaluation de la situation des commerçants et artisans affectés par la démolition des marchés dans les différents arrondissements, accompagnée de propositions de solutions alternatives ; d’autre part, l’évaluation du programme de traitement des immeubles menaçant ruine à l’échelle de l’ensemble du territoire communal, assortie de propositions « réalistes » pour sortir de l’impasse actuelle.
Pour le PJD, cette initiative relève du rôle de contrôle et de suivi des politiques territoriales dévolu aux élus locaux. Elle vise, selon ses termes, à livrer une « image fidèle » de la réalité du terrain, afin de permettre au Conseil communal de débattre de solutions concrètes, loin de la « zone grise » dans laquelle s’opèrent actuellement ces interventions.
Une interpellation parlementaire sur le cadre juridique
Le débat a également gagné l’hémicycle. La députée de la Fédération de la gauche démocratique (FGD), Fatima Tamni, a adressé une question écrite au ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, l’exhortant à clarifier le fondement juridique des vastes opérations d’évacuation et de démolition engagées dans les quartiers de la vieille ville de Casablanca depuis décembre 2025.
Dans son interpellation, la parlementaire rappelle que ces opérations s’inscrivent dans le cadre du projet de « l’Avenue Royale » et interviennent dans un contexte d’accélération des chantiers, en prévision de l’accueil de grandes manifestations sportives internationales. Elle souligne toutefois que, dans de nombreux cas, ces mesures sont mises en œuvre sur la base de « simples notifications verbales » .
Selon la députée, les habitants et les commerçants concernés se voient accorder des délais extrêmement courts — parfois de quelques jours seulement — pour quitter les lieux, sans qu’aucune décision administrative écrite ne leur soit remise. Cette situation les prive, de facto, de toute possibilité de recours judiciaire ou de contestation fondée sur un cadre légal explicite.
Aussi, Fatima Tamni met en garde contre l’impact humain de ces opérations, menées en pleine période hivernale et au cours de l’année scolaire. Une conjoncture qui, selon elle, accentue la vulnérabilité de centaines de familles, de commerçants et d’artisans. Elle s’interroge également sur le respect, par le Royaume, de ses engagements internationaux relatifs au « droit à un logement décent » et à la prévention des déplacements forcés, ainsi que sur la conformité de ces procédures aux règles encadrant l’expropriation pour cause d’utilité publique.
Dans ce contexte, la députée demande des éclaircissements sur les textes réglementaires et les décisions administratives qui encadrent les opérations de démolition et de relogement, sur les critères d’accès à l’indemnisation et à une compensation équitable, ainsi que sur les mécanismes de contrôle censés garantir la transparence. Elle interroge également le gouvernement sur les mesures mises en place pour protéger les familles vulnérables et les petits commerçants contre le risque de précarisation et de perte de logement.
L’élue conclut sa question en pointant l’absence de communication publique, claire et transparente, avec les personnes concernées. Elle insiste sur la nécessité de lier responsabilité et reddition des comptes, et de respecter les droits constitutionnels relatifs à l’accès à l’information et au logement.
Une mobilisation politique et associative élargie
Sur le terrain, la contestation s’organise. À Casablanca, des formations politiques, des associations de défense des droits humains et des organisations syndicales ont annoncé la création d’un front unifié pour faire face à ce qu’elles qualifient d’ « opérations de relogement anarchiques et inhumaines » . Une mobilisation qui intervient alors que les autorités accélèrent les préparatifs de la capitale économique en vue de l’accueil de la Coupe du monde 2030.
Ces organisations — réunissant 17 partis de gauche, des associations et des syndicats — ont dénoncé, dans un communiqué conjoint, la relance du projet de « l’Avenue Royale » . Sous le slogan « Ne touchez pas à la vieille ville » , le texte qualifie le projet de « corrompu et enlisé en raison de dossiers de détournement de fonds publics » . Il souligne que les autorités cherchent désormais à le concrétiser dans un « délai record » de 18 mois, après un échec qui s’étend sur près de quarante ans.
Selon le communiqué, les autorités locales relevant de la préfecture de Casablanca-Anfa procèdent à des opérations d’évacuation et de destruction jugées « illégales et inhumaines » dans les quartiers de « Derb Negliz » (quartier des anglais), « Kechbar » et « Al B’hira » . Ces interventions seraient menées sans concertation ni information préalable des habitants, et reposeraient, là encore, sur de « notifications verbales » accordant un délai n’excédant pas quinze jours pour libérer les lieux.
Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc



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