Démolies « : la bonne vie

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Le mépris de classe, auquel répond la jalousie, provoque parfois des folies furieuses, des passages à l’acte. Le crime ancillaire a déjà suscité des œuvres marquantes, à commencer par une pièce de Jean Genet ; mais les événements, les enjeux sociaux qui nous sont présentés par Olivier Vonlanthen dans ce premier roman, Notre-Dame-des-Démolies, n’a guère à voir avec l’assassinat commis durant les années 1930 par les sœurs Papin.

Un jour de 1968 à Montpellier, Marthe attrape un couteau de cuisine et tue Madame, sa patronne. Elle appelle aussitôt la police et l’enquête commence. Un roman noir. Inexplicable autrement que par un entrechoc entre les voix de la psychose et celle de la réalité. L’héroïne, si l’on peut dire, est née près de Fribourg, à Ueberstorf.

Un souvenir intense « Comment une dame de compagnie suisse s’est-elle retrouvée nounou d’une famille de diplomates iraniens au Maroc ? Il est bien sûr question quelque part de survivre, de faire ce qu’elle sait faire, Marthe, se mettre au service de. Et elle a bonne réputation dans cette mise à l’épreuve de son corps, elle sait si bien se plier en quatre, mettre au sol ses genoux de paysanne suisse, se taire par peur de gêner, racler les poêles jusqu’à la trame, accueillir les gamins à la sortie de l’école. » Retour en Europe. Bientôt, les tourments s’emparent de l’esprit de Marthe. Le narrateur, qui n’est autre que son neveu, n’en avait pas conscience quand il était tout petit, mais il en garde le souvenir intense : « Elle se met à psalmodier, les lèvres à peine ouvertes, le Sub tuum praesidium. Elle est assise sur le rebord du lit, dos aux enfants, qui ne voient d’elle qu’un corps sombre, sans tête, sans bras, sans jambes, assombri encore par la laine épaisse d’une robe dont la silhouette semble gonfler… » Vonlanthen glisse entre les chapitres des repères chronologiques, un registre d’écrou, des paroles de Gabby Marchand, auteur-compositeur fribourgeois, des mots de Maupassant. Mieux que des collages, des mises en relief. À la folie.

Source de l’article : reforme.net