Dé-risking: pourquoi l’Afrique revient dans les flux de capitaux internationaux
Sur fond de tensions géopolitiques et de concentration de certaines chaînes d’approvisionnement, de nombreuses entreprises cherchent à diversifier leurs sources de production.
Depuis plusieurs années, une évolution discrète mais significative se dessine dans les flux de capitaux internationaux. Après une décennie marquée par une perception élevée du risque dans de nombreuses économies africaines, les investisseurs semblent progressivement réévaluer leurs positions. Cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition des chaînes d’approvisionnement industrielles et de diversification géographique des investissements.
Les données récentes sur les investissements directs étrangers illustrent cette dynamique. Après environ 53 milliards de dollars en 2023, les IDE à destination de l’Afrique ont fortement progressé en 2024 pour atteindre près de 97 milliards de dollars, avant de revenir autour de 59 milliards en 2025. Au-delà de ces fluctuations annuelles, ces flux témoignent d’un regain d’intérêt pour plusieurs secteurs stratégiques du continent.
Les minerais stratégiques illustrent particulièrement la dynamique en cours.
Ce changement s’inscrit notamment dans un mouvement plus large de dé-risking. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et la concentration de certaines chaînes d’approvisionnement, de nombreuses entreprises cherchent désormais à diversifier leurs sources de production. Pour certaines industries, l’Afrique apparaît progressivement comme une composante possible de cette diversification.
Les minerais stratégiques illustrent particulièrement cette dynamique. La demande mondiale pour des métaux essentiels à l’électrification des économies, notamment le cuivre et le cobalt, pousse les industriels à sécuriser leurs approvisionnements à long terme. Le corridor minier reliant la République démocratique du Congo et la Zambie constitue à cet égard un exemple significatif. Cette région concentre une part importante des réserves mondiales de ces minerais et attire aujourd’hui des investissements considérables dans l’extraction et les infrastructures logistiques.
Le développement de la mine de cuivre de Kamoa-Kakula, en RDC, illustre l’ampleur de ces investissements. Ce projet, développé notamment par Ivanhoe Mines et Zijin Mining, mobilise plusieurs milliards de dollars afin d’accroître les capacités de production et de renforcer les infrastructures nécessaires à l’exploitation et à l’exportation des minerais.
Au-delà de ce secteur, les besoins en infrastructures restent considérables dans de nombreuses économies africaines et, selon la BAD, leur déficit annuel de financement sur le continent est estimé à 100 milliards de dollars. Les projets liés aux réseaux électriques, aux ports ou aux transports nécessitent ainsi des montages financiers complexes associant capitaux privés, banques internationales, institutions de financement du développement ainsi que des partenariats public-privé.
Le corridor ferroviaire de Lobito, reliant les régions minières de la RDC et de la Zambie au port angolais de Lobito, illustre cette dynamique. Ce projet vise à renforcer les infrastructures logistiques nécessaires à l’exportation de minerais stratégiques et mobilise des investissements internationaux importants.
Dans ce cadre, les grandes places financières internationales jouent un rôle croissant dans la structuration de ces projets. Banques d’affaires, gestionnaires d’actifs et investisseurs institutionnels participent de plus en plus à des consortiums associant capitaux privés, financement du développement et instruments de réduction du risque.
Les investisseurs institutionnels pourraient d’ailleurs jouer un rôle croissant dans ces dynamiques. Les fonds d’infrastructure et certains fonds de pension recherchent aujourd’hui des actifs de long terme capables de générer des revenus relativement stables. Les domaines énergétiques, logistiques ou portuaires en Afrique peuvent correspondre à ce type d’investissement lorsque les projets sont correctement structurés.
Certaines places financières régionales cherchent également à se positionner comme plateformes d’investissement pour le continent. Casablanca Finance City s’est ainsi progressivement imposée comme un hub financier africain accueillant banques internationales, fonds d’investissement et institutions financières opérant sur plusieurs marchés du continent.
Pour les investisseurs basés dans les grandes places financières internationales, y compris en Suisse, ces évolutions ouvrent de nouvelles perspectives. A mesure que ceux-ci cherchent à diversifier leurs portefeuilles et à accéder à des rendements de long terme, certains projets africains pourraient susciter un intérêt croissant.
Source de l’article : Allnews



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