Dattes et Ramadan : les volumes en hausse, les prix toujours élevés
À l’approche du mois de ramadan, la datte s’impose comme un produit phare de la consommation des ménages. Si la production nationale est en hausse cette année, les enjeux liés aux prix, à l’accessibilité et à la dépendance aux importations demeurent au cœur des préoccupations. La filière se retrouve une nouvelle fois mise à rude épreuve à l’aube du mois sacré.
Une production record de dattes est prévue pour la campagne agricole 2025-2026. En effet, selon les chiffres avancés par le ministère de l’Agriculture, cette dernière devrait dépasser les 160.000 tonnes, soit une hausse de 55% par rapport à la saison précédente. Il s’agit de l’une des meilleures performances jamais enregistrées dans le Royaume.
Ce succès est le fruit de l’amélioration des conditions climatiques ainsi que des efforts soutenus des agriculteurs et des professionnels, dans le cadre du Plan Maroc Vert et de la stratégie Génération Green 2020-2030. Pour rappel, la production est passée de 90.400 tonnes en 2008 à 160.000 tonnes en 2025.
Cette performance exceptionnelle témoigne de la dynamique continue de la filière phoenicicole, s’imposant comme un levier fondamental pour le développement et la durabilité des zones oasiennes. Notons que la production est fortement concentrée dans la région de Drâa-Tafilalet, qui représente 76% du total national. Elle est suivie des régions de l’Oriental et de Souss-Massa (11% chacune), et de Guelmim-Oued Noun (2%).
Prix et accessibilité pour les consommateurs
Malgré l’augmentation de la production, la question des prix demeure au cœur des préoccupations des ménages. À l’approche de ramadan, période de forte consommation, la datte Mejhoul atteint fréquemment des niveaux élevés, dépassant parfois les 100 dirhams le kilo, en fonction de la qualité, de la taille et de l’origine.
Les variétés locales plus courantes affichent des prix plus accessibles, généralement entre 25 et 50 dirhams/kg, mais restent elles aussi sensibles aux tensions du marché.
Dans un contexte marqué par la hausse générale des prix des produits alimentaires, cette situation pèse sur le pouvoir d’achat des consommateurs. Pour de nombreuses familles, la datte est un produit essentiel du ramadan, tant pour sa dimension religieuse que culturelle. Toutefois, face aux contraintes budgétaires, certains ménages sont contraints de réduire les quantités achetées ou d’opter pour d’autres variétés.
Dépendance paradoxale
Malgré une production nationale en nette progression, le Maroc demeure structurellement dépendant des importations de dattes, notamment à l’approche du mois sacré. Chaque année, le Royaume en importe des volumes importants, estimés à près de 100.000 tonnes en 2025, principalement en provenance de Tunisie, d’Égypte et de certains pays du Golfe.
Cette dépendance s’explique par plusieurs facteurs : la préférence des consommateurs pour certaines variétés étrangères, mais aussi des écarts de prix qui rendent parfois les dattes importées plus accessibles que certaines productions locales haut de gamme.
Face à ce déséquilibre, il devient crucial de réfléchir à des mécanismes de régulation qui permettent de protéger le marché national tout en valorisant la production locale. La question centrale ne serait-elle pas celle de la mise en place d’un quota équilibré entre exportations et importations ? La stratégie nationale vise à développer progressivement les exportations, avec un objectif ambitieux d’atteindre 70.000 tonnes exportées d’ici 2030.
Encadrer les exportations et les importations pourrait jouer un rôle déterminant dans la maîtrise des prix des dattes sur le marché national. Sans quota, les producteurs et les opérateurs sont naturellement incités à orienter les meilleures variétés vers l’export car les marges y sont plus élevées. Réduire la dépendance aux importations limite par ailleurs l’effet inflationniste des coûts extérieurs.
Les dattes importées intègrent des coûts de transport, de logistique, de change. Ces éléments se répercutent sur les prix de vente. Ainsi, en privilégiant la production nationale, les prix deviennent plus stables sur le marché intérieur.
Des indicateurs révélateurs
La filière du palmier dattier occupe une place stratégique dans l’agriculture nationale. Selon les données de la tutelle, la superficie totale qui lui est dédiée s’élève à 70.000 hectares (ha) à l’échelle nationale, dont 60.000 ha dans les oasis traditionnelles et 10.000 ha dans les zones d’extension.
S’ajoute à cela un potentiel d’extension estimé à 10.000 ha supplémentaires. Cela ouvre à la filière des perspectives de croissance importantes, ceci d’autant plus que la filière génère, sur le plan économique, un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 2 milliards de dirhams. Elle constitue de ce fait un pilier de l’emploi rural avec une opportunité de 3,6 millions de journées de travail par an.
In fine, malgré une production nationale record qui traduit le dynamisme de la filière phoenicicole, l’accessibilité des dattes pour le mois de ramadan reste freinée par des prix élevés et une forte dépendance aux importations, mettant en lumière les défis structurels à relever à court terme.
Corentin Nado (Stagiaire) / Les Inspirations ÉCO
Source de l’article : LesEco.ma



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