Culture d’avocats: le Maroc domine les exportations en Afrique
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D’après la FAO, les exportations de la filière marocaine d’avocats ont augmenté de 90 % d’une année à l’autre pour s’établir à 141 000 tonnes. Une embellie qui permet au Royaume de supplanter le Kenya et l’Afrique du Sud, devenant ainsi pour la première fois le leader des exportations africaines d’avocats. Décryptage.
Le Maroc a placé 100 000 tonnes d’avocats sur le marché international au terme de sa campagne de commercialisation de 2024-2025. avait révélé Abdellah El Yamlahi, président de l’Association Marocaine de l’Avocat (MAVA), au site spécialisé FreshPlaza. En cette année 2026, la culture de l’avocat bat tous les records. Selon la FAO, les exportations de la filière marocaine ont augmenté de 90 % d’une année à l’autre pour s’établir à 141 000 tonnes. Une embellie qui permet au pays d’Afrique du Nord de supplanter le Kenya et l’Afrique du Sud, devenant ainsi pour la première fois le leader des exportations africaines d’avocats. Cette performance est due à une amélioration de la production locale.
En mai dernier, l’Association Marocaine de l’Avocat (MAVA) soulignait que les principales zones de production du Royaume chérifien ont bénéficié de conditions climatiques plus favorables durant la campagne de 2024/2025. Dans un rapport en juin 2024, le groupe néerlandais Rabobank expliquait que la superficie consacrée à l’avocat au Maroc a triplé pour s’établir à 12 000 hectares entre 2018 et 2023.Cette dynamique est le fruit d’investissements structurels réalisés ces dernières années. Des données du ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, citées par la FAO, font état d’une expansion de 40 % des superficies récoltées entre 2022 et 2024, accompagnée d’une hausse de 17 % de la production et de 34 % des exportations. Dans les détails, la superficie plantée aujourd’hui est estimée à plus de 8000 hectares.
Les côtes du pays, de Larache à Rabat sont les principales régions de production car elles offrent un climat propice à la culture de l’avocat qui ne supporte pas le froid. Trois variétés sont présentes au Maroc : la Hass réputée pour sa peau épaisse est exportée parce qu’elle tient longtemps, la Fuerte et la Zunato à peau fine sont réservées au marché local à 7 dh le kilo. A l’exportation ce prix peut atteindre jusqu’à 20 dh le kilo si on ajoute la main d’œuvre, le transport et l’emballage. Et selon les prévisions la production d’avocats risque ainsi de doubler pour atteindre 80 000, voire 100 000 tonnes par an. Cependant, devant cette activité croissante, le spectre de l’insécurité hydrique menace les affaires. L’avenir de la production d’avocats au Maroc est incertain en raison de la forte consommation d’eau de cette culture. Il faut d’ailleurs noter que les principaux exportateurs, sont notamment le Kenya, l’Afrique du Sud et le Maroc, qui comptent tous trois pour plus de 75 % des expéditions annuelles du continent. « Il y a un enjeu de sécurité hydrique » Pour le président de la Comader Rachid Benali, « la culture de l’avocat au-delà des emplois, offre au Maroc d’importantes devises » , martèle Benali. En chiffre, selon les données du MAVA le secteur de l’avocat emploie aujourd’hui près de 40.000 personnes, réparties entre les exploitations, les stations de conditionnement et les unités d’exportation. Les exportations marocaines génèrent environ 350 millions d’euros par an, un chiffre qui pourrait atteindre 500 millions d’euros dans les prochaines années, selon le président. Contacté par Challenge, Mostafa Chehhar, directeur du Domaine vert au Groupe Crédit Agricole, nous confie que « le secteur de l’avocat est aujourd’hui le fer de lance des produits marocain agricoles à l’export. » J’ai toujours milité pour la préservation de cette culture malgré les conjonctures climatiques, c’est une culture qui rapporte beaucoup de devises au Maroc. Elle permet à l’agriculture marocaine d’être compétitive. « .
Et d’ajouter : » Il faut cependant développer davantage des méthodes rigoureuses de gestion de l’eau même si les conditions climatiques sont aujourd’hui favorables à cette culture « . Pour le président du MAVA Abdellah El Yamlahi, cette performance du Maroc est due à de gros investissements réalisés dans le secteur. » En 2025 il y a eu une véritable augmentation des surfaces de production. On a enregistré des investissements dans des surfaces de 300 à 600 hectares « , nous confie Yamlahi.
Il faut rappeler que cette performance du Maroc change le classement africain. Supplanté par le Maroc, le Kenya recule à la deuxième place avec environ 105.164 tonnes exportées, en baisse de 19 % sur un an, pénalisé par de lourdes contraintes logistiques liées aux perturbations du trafic maritime en mer Rouge. L’Afrique du Sud, troisième exportateur africain, a également vu ses expéditions reculer de 6 % à 80.423 tonnes, pour des raisons similaires. Pour rappel, la hausse globale des volumes d’exportations d’avocats enregistrée en Afrique en 2025 s’aligne sur la dynamique mondiale. Le rapport estime en effet également que les exportations mondiales ont augmenté de 13 % l’année écoulée, pour atteindre environ 3,3 millions de tonnes. » L’un des avantages du Maroc par rapport à ces concurrents, c’est bien sûr sa proximité avec l’Europe. On a des pas des défis logistiques comme ses pays « , précise le président du MAVA.
Des perspectives prometteuses à l’horizon 2030
Un marché stratégique pourrait rebattre les cartes pour les exportateurs marocains d’avocats : les États-Unis. Dans un contexte de tensions commerciales où le Mexique, principal fournisseur du marché américain, se retrouve sous pression, le Maroc dispose d’un avantage comparatif notable. Le Royaume n’est soumis qu’à un droit de douane de 10 %, malgré l’existence d’un accord de libre-échange. Selon Elyamlahi, des négociations phytosanitaires sont en cours depuis deux ans afin d’ouvrir ce marché. Les premières expéditions sont attendues dès la prochaine saison, ou au plus tard en 2027.
Parallèlement, la stratégie d’expansion géographique vise d’autres débouchés, notamment le Canada, ainsi que des marchés arabes comme la Jordanie et l’Arabie saoudite, où la concurrence reste vive, en particulier face aux origines d’Afrique de l’Est. Les pays scandinaves, encore peu exploités, offrent également un potentiel important. Cette diversification est jugée essentielle pour endiguer la pression baissière sur les prix, la fenêtre de commercialisation des avocats marocains demeurant inchangée. Les tentatives d’allongement de la saison via des variétés comme Lamb Hass ou Maluma n’ayant pas abouti, la Hass continuera de dominer, représentant 90 % des volumes. L’enjeu réside désormais dans l’absorption de la hausse attendue des volumes, estimés à 150 000 tonnes dès la prochaine saison et 200 000 tonnes d’ici 2030, seuil considéré comme un point de saturation. Dans ce contexte, l’amélioration de la qualité s’impose comme le principal défi. Il s’agit de dépasser les standards actuels de la classe 1 en travaillant l’esthétique du fruit (réduction des tâches), le timing de récolte, la gestion phytosanitaire et la logistique post-récolte. L’objectif est de diffuser ces bonnes pratiques à l’ensemble des producteurs, y compris les plus petits, afin de transformer la qualité en levier collectif de valorisation de l’origine Maroc.
Source de l’article : Challenge.ma



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